Par Hayk Hovhannisyan, #CivilNetCheck
Le Trump Route for International Peace and Prosperity (TRIPP) est devenu la cible d’une campagne coordonnée de désinformation à la suite de la rencontre du 13 janvier à Washington entre le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, et le secrétaire d’État américain Marco Rubio.
Le projet TRIPP est une initiative soutenue par les États-Unis visant à établir un corridor de transit commercial à travers la province arménienne du Syunik. Cet itinéraire doit relier l’Azerbaïdjan continental à son enclave du Nakhitchevan, puis à la Turquie et à l’Europe.
Cette initiative fait suite à l’accord d’août 2025 entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur le déblocage des infrastructures régionales. Alors que des propositions antérieures laissaient entendre un statut extraterritorial, TRIPP repose strictement sur le principe de la souveraineté et de la juridiction arméniennes. Malgré cela, certains récits diffusés dans les médias arméniens et russophones présentent ce corridor commercial comme une couverture pour une présence militaire américaine, l’intervention de sociétés militaires privées (SMP) et une supposée « ukrainisation » de l’Arménie.
Accusations sur les sociétés militaires privées et la perte de territoire
Le 15 janvier, Alpha News a publié une interview de l’analyste militaire Anatoly Matviychuk, rédacteur en chef d’ANNA News, affirmant que le secrétaire d’État Rubio aurait évoqué le recours à des SMP américaines pour sécuriser le « pont Trump » lors de sa rencontre avec le ministre Mirzoyan.
« Rubio et Mirzoyan se sont rencontrés, et Rubio a parlé de la nécessité d’une société militaire privée pour assurer la sécurité du “pont Trump” », a déclaré Matviychuk. « Qu’est-ce qu’une société militaire privée ? C’est une présence militaire américaine dans la région. »
Le journal Golos Armenii a ensuite repris cette interview.
Aucune déclaration de ce type n’a été faite lors de la réunion à Washington. Marco Rubio a au contraire souligné que TRIPP ne portait pas atteinte à la souveraineté arménienne, qualifiant le projet de « modèle exemplaire » de coopération économique.
Le cadre de mise en œuvre de TRIPP (TIF), signé entre l’Arménie et les États-Unis, ne contient aucune mention d’une présence militaire. Si l’accord autorise la participation d’opérateurs privés dans les infrastructures de transport et les services à la clientèle (« front office »), toutes les décisions finales, inspections et fonctions de contrôle relèvent exclusivement des autorités étatiques arméniennes (« back office »). Le personnel de sécurité opérationnelle ne peut être employé que sous licence et juridiction arméniennes.
Matviychuk a également affirmé que TRIPP « couperait complètement une partie de l’Arménie du corps du pays pour la rattacher à l’Azerbaïdjan », une affirmation contredite par le programme officiel, qui insiste sur le respect de l’intégrité territoriale.
Ce récit s’appuie sur une fausse information diffusée en juillet 2025 par Periodista Digital, selon laquelle la route, baptisée « pont Trump », aurait été cédée aux États-Unis pour une durée de 99 ans. Le gouvernement arménien a officiellement démenti ces informations, les qualifiant de manifestations de « guerre hybride ».
Transit militaire et récits régionaux
Le 17 novembre 2025, le média d’État russe Sputnik Arménie a publié un commentaire de l’ancienne ambassadrice Dzyunik Aghajanian, affirmant que la route constituerait une base logistique de l’OTAN destinée au transport de matériel militaire en vue d’une éventuelle attaque contre l’Iran.
Or, le document TIF limite strictement l’utilisation de la route à des fins civiles et commerciales, sans aucune disposition relative au transit militaire ou au déploiement de troupes étrangères.
Le 15 janvier 2026, EADaily a qualifié le projet de « centre d’activité de forces hostiles » dirigé contre l’Iran. Cette affirmation repose sur une interprétation erronée d’une conférence de presse tenue le 14 janvier par l’ambassadeur d’Iran à Erevan. Si ce dernier a évoqué des préoccupations régionales, l’expression « forces hostiles » faisait référence à des manifestations près de l’ambassade iranienne, et non au projet TRIPP lui-même.
De la même manière, le 15 janvier, Sputnik Arménie a publié un commentaire du politologue Beniamin Matevosyan, selon lequel Washington aurait laissé entendre que « la frontière arméno-iranienne serait également placée sous contrôle américain ».
L’accord stipule explicitement que l’Arménie conserve un contrôle exclusif sur la sécurité nationale, l’application de la loi, les frontières et les douanes. Actuellement, des forces de gardes-frontières relevant de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) sont déployées dans le sud de l’Arménie, le long de la frontière iranienne.
Le récit de l’« ukrainisation » et les menaces
Le 22 décembre 2025, le commentateur de Sputnik Arménie Arman Abovyan a publié un article intitulé « L’anatomie de la trahison de l’Occident : l’Arménie tirera-t-elle les “leçons ukrainiennes” ? », décrivant l’Arménie comme un projet « anti-russe ».
Cette rhétorique s’est intensifiée lorsque le propagandiste russe Vladimir Soloviev, lors de son émission Solovyov LIVE du 10 janvier 2026, a qualifié un éventuel basculement de l’Arménie de « problème majeur » et s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles une « opération militaire spéciale » ne pourrait pas être lancée en d’autres points de la sphère d’influence de Moscou.
À la suite de vives réactions à Erevan, l’ambassadeur Sergey Kopyrkin a été convoqué au ministère arménien des Affaires étrangères le 12 janvier et s’est vu remettre une note de protestation. L’émission de Soloviev a été temporairement suspendue de diffusion.
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