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Les dirigeants du Haut-Karabakh condamnés en Azerbaïdjan

Les dirigeants du Haut-Karabakh condamnés en Azerbaïdjan

Par Paul Vartan Sookiasian

Sept anciens responsables du Haut-Karabakh détenus par l’Azerbaïdjan ont été condamnés jeudi par un tribunal militaire de Bakou. Cinq d’entre eux ont écopé de la prison à vie, tandis que deux autres ont été condamnés à 20 ans de réclusion, selon les médias azerbaïdjanais. Le tribunal les a reconnus coupables de chefs d’accusation incluant des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre, le « génocide » et le terrorisme.

Les responsables condamnés à la prison à vie sont l’ancien président Arayik Harutyunyan, l’ancien ministre des Affaires étrangères Davit Babayan, l’ancien président de l’Assemblée nationale Davit Ishkhanyan, l’ancien commandant adjoint de l’Armée de défense Davit Manukyan, ainsi que l’ancien commandant de l’Armée de défense de l’Artsakh Levon Mnatsakanyan.

Les deux autres dirigeants, les anciens présidents Arkady Ghukasyan et Bako Sahakyan, ont été condamnés à 20 ans de prison, le Code pénal azerbaïdjanais interdisant la réclusion à perpétuité pour les accusés âgés de plus de 65 ans. Le seul autre dirigeant encore détenu par l’Azerbaïdjan, l’ancien ministre d’État de l’Artsakh Ruben Vardanyan, a été jugé séparément et attend toujours le prononcé de sa peine.

Les dirigeants ont été arrêtés entre fin septembre et début octobre 2023. Ces arrestations ont suivi l’offensive militaire lancée par l’Azerbaïdjan le 19 septembre contre le Haut-Karabakh, après un blocus de neuf mois, offensive qui a provoqué l’exode massif de la population arménienne de la région.

Des civils du Haut-Karabakh capturés lors de la même opération ont également été condamnés jeudi. Madat Babayan et Melikset Pashayan ont écopé de 19 ans de prison, Garik Martirosyan de 18 ans, Davit Alaverdyan et Levon Balayan de 16 ans, ainsi que Gurgen Stepanyan et Erik Ghazaryan de 15 ans.

Au moins une partie des civils du Haut-Karabakh capturés lors de cette opération ont ainsi été condamnés le même jour, notamment Madat Babayan et Melikset Pashayan à 19 ans de prison, et Davit Alaverdyan à 16 ans.

Des défenseurs des droits humains ont largement dénoncé ces procédures comme des « procès factices ». L’an dernier, le Parlement européen a adopté à une écrasante majorité une résolution appelant à la « libération immédiate et inconditionnelle » des prisonniers.

Des organisations internationales de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, Amnesty International et Freedom House, estiment que l’Azerbaïdjan recourt largement à des poursuites à caractère politique et que les autorités exercent un contrôle sur le système judiciaire. Le Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe a, de son côté, déclaré que la torture et les mauvais traitements infligés aux détenus en Azerbaïdjan sont « répandus et non éradiqués ».

« Il s’agit du résultat d’un ordre politique, et les tribunaux azerbaïdjanais ont agi comme de simples validateurs de décisions politiques », a déclaré à CivilNet la défenseure des droits humains Siranush Sahakyan, en réaction aux verdicts.

Sahakyan a qualifié les condamnations de verdicts prédéterminés, les décrivant comme « des actes de vengeance personnelle à l’encontre d’individus qui ont exercé leur droit légitime à l’autodétermination ».

L’ancien défenseur des droits humains de l’Artsakh, Artak Beglaryan, a qualifié ces verdicts de « bilan de notre échec — et en particulier de l’échec des autorités arméniennes et de la communauté internationale — qui n’ont rien fait pour obtenir leur libération ni même pour protéger leurs droits procéduraux ».

Il a souligné l’absence d’observateurs internationaux et de diplomates lors du procès, ainsi que l’expulsion du Comité international de la Croix-Rouge d’Azerbaïdjan, qui constituait un lien vital entre les prisonniers et le monde extérieur.

« Je suis convaincu que nos compatriotes ont été soumis à la torture et continuent de l’être », a ajouté Beglaryan.

Il a également indiqué que ces condamnations ouvrent une fenêtre plus large pour une solution politique, une opportunité que, selon lui, les autorités arméniennes devraient saisir rapidement, notamment à l’approche de la visite du vice-président américain JD Vance en Arménie et en Azerbaïdjan la semaine prochaine.

En amont de cette visite, le catholicos Aram I de la Grande Maison de Cilicie a déclaré avoir demandé au vice-président américain d’œuvrer à la libération des prisonniers lors de son déplacement. L’Assemblée nationale française a également adopté hier une résolution appelant à leur libération, par 183 voix contre une.

Le mois dernier, l’Azerbaïdjan a libéré quatre autres prisonniers arméniens dans ce qui a été largement perçu comme un échange. Le même jour, l’Arménie a extradé deux mercenaires condamnés vers la Syrie via la Turquie.

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