Par Ani Paitjan
La commission des affaires de défense et de sécurité de l’Assemblée nationale arménienne a donné son feu vert, en deuxième lecture, à un projet sensible visant les citoyens âgés de 27 à 37 ans ayant échappé au service militaire obligatoire. Porté par le député Hayk Sargsyan, le texte entend clore un dossier qui empoisonne depuis des années les relations entre l’État, la diaspora récente et une partie de la jeunesse masculine arménienne.
Selon son auteur, les précédentes amnisties n’ont jamais permis de régler le problème structurel: près de 11 000 personnes restent officiellement recherchées pour avoir évité le service. Le nouveau projet se veut plus direct, plus lisible, et surtout plus incitatif.
Un barème clair entre service et contribution financière
Le cœur du texte repose sur un système de choix gradué, combinant service militaire et compensation financière :
- 2 ans de service militaire : sans paiement, option classique mais rarement choisie par cette tranche d’âge.
- 1 an de service : environ 10 millions de drams (≈ 23 000 €).
- 6 mois de service : environ 5 millions de drams (≈ 11 500 €).
- 1 mois de service : environ 2,5 millions de drams (≈ 5 800 €).
- Aucun service militaire : paiement unique de 15 millions de drams (≈ 35 000 €).
Ce barème reflète une logique assumée : plus la durée de service diminue, plus la contribution financière augmente. En creux, l’État reconnaît que pour une partie de ces citoyens — souvent installés à l’étranger, avec un emploi stable ou une famille — le retour prolongé sous les drapeaux est irréaliste.
Entre justice sociale et réalisme budgétaire
Le projet suscite déjà des débats. Ses partisans y voient un réalisme politique tardif mais nécessaire, permettant à l’État de récupérer à la fois des ressources humaines pour la réserve militaire et des fonds pour le budget de la défense. Ses détracteurs, eux, dénoncent une forme de « service militaire à deux vitesses », où les plus aisés peuvent littéralement payer leur sortie du système.
Les autorités répondent que l’objectif principal reste le rapatriement juridique et administratif de milliers de citoyens aujourd’hui bloqués dans une zone grise : impossibilité de rentrer au pays, difficultés de régularisation, rupture durable avec les institutions arméniennes.
Un second volet pour fidéliser les militaires professionnels
Dans le même temps, la commission a également validé un projet présenté par le ministre de la Défense, Suren Papikyan, visant à simplifier l’intégration et la fidélisation des militaires sous contrat.
Désormais, les participants au programme « Défenseur de la Patrie » ainsi que les diplômés des établissements militaires supérieurs seront dispensés d’examens supplémentaires pour leur certification professionnelle. Leur attestation reposera directement sur leurs résultats académiques, avec à la clé un accès immédiat à une rémunération plus élevée.
Par ailleurs, une prime pouvant atteindre 5 millions de drams (≈ 11 500 €) est instaurée pour les militaires acceptant de prolonger leur service, signe d’une volonté claire de stabiliser les effectifs dans un contexte sécuritaire toujours tendu.
Une réforme révélatrice d’un changement de doctrine
Pris dans son ensemble, ce paquet législatif marque un tournant : l’Arménie semble progressivement passer d’une logique punitive à une approche transactionnelle et fonctionnelle du service militaire. L’État cherche moins à sanctionner qu’à réintégrer, régulariser et optimiser — quitte à assumer des choix moralement discutables.
Reste une question centrale, encore sans réponse : ce modèle peut-il restaurer la confiance d’une génération longtemps en rupture avec l’institution militaire, ou ne fera-t-il que formaliser une fracture déjà profonde entre devoir civique et réalité sociale ?
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