La Turquie a accéléré les travaux préparatoires du poste-frontière d’Alican, situé à la frontière avec l’Arménie, selon le site turc YesilIgdir.
Le gouverneur de la province d’Iğdır, Fırat Taşolar, s’est rendu sur place pour superviser les travaux de modernisation et d’infrastructure en cours et s’informer de l’état d’avancement du projet. Accompagné d’une délégation technique, il a inspecté les installations le long de la ligne frontalière ainsi que les voies de passage, indiquant que les travaux devraient être achevés dans un délai relativement court.
D’après la source, l’ouverture du poste vise à dynamiser le commerce frontalier, raccourcir les routes logistiques vers le Caucase et faciliter les flux touristiques.
Mais derrière cette annonce technique se cache un dossier bien plus vaste : la possible réouverture d’une frontière fermée depuis plus de trente ans.
La frontière terrestre entre l’Arménie et la Turquie a été fermée unilatéralement par Ankara en 1993, au plus fort de la première guerre du Haut-Karabakh, en soutien à l’Azerbaïdjan. Depuis lors, les deux pays — pourtant voisins immédiats — n’entretiennent pas de relations diplomatiques normales, n’ont pas d’ambassades et ne possèdent aucun commerce terrestre direct. Pour l’Arménie, enclavée, cela signifie dépendre presque entièrement de la Géorgie pour son accès routier vers l’Europe et les ports de la mer Noire.
Le poste d’Alican correspond, côté arménien, au passage de Margara, dans la région d’Armavir, à quelques dizaines de kilomètres d’Erevan. Les deux points sont reliés par un pont datant de l’époque soviétique. Ce pont n’a été ouvert qu’une seule fois depuis sa fermeture : en février 2023, après le séisme dévastateur en Turquie, lorsque l’Arménie a envoyé des équipes de secours et de l’aide humanitaire. Des camions arméniens avaient alors traversé la frontière pour la première fois depuis 1993 — un geste hautement symbolique dans une relation longtemps figée.
Depuis 2021, Ankara et Erevan ont engagé un processus de normalisation. Des représentants spéciaux ont été nommés, puis des rencontres ont eu lieu entre ministres des Affaires étrangères et dirigeants. Les deux parties ont annoncé un accord de principe pour ouvrir la frontière, dans un premier temps, aux citoyens de pays tiers et aux détenteurs de passeports diplomatiques. Aucun calendrier précis n’a toutefois été publié.
Erevan affirme de son côté que le poste de Margara est déjà entièrement prêt à fonctionner. Les travaux observés aujourd’hui côté turc suggèrent qu’Ankara se prépare également techniquement à une ouverture possible — même si la décision reste politique.
Car le dossier dépasse largement la seule question du transport. La fermeture de la frontière est liée à plusieurs facteurs sensibles : la question du génocide arménien de 1915, que la Turquie refuse de reconnaître, ainsi que la relation stratégique étroite entre Ankara et Bakou. Pour de nombreux analystes, l’évolution des relations arméno-turques reste indirectement dépendante du processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan après la guerre de 2020 et les événements de 2023 au Haut-Karabakh.
Une éventuelle ouverture aurait néanmoins des effets immédiats. L’Arménie accéderait plus directement aux ports méditerranéens turcs, les coûts d’importation baisseraient et une nouvelle route commerciale vers l’Europe apparaîtrait. À plus long terme, les échanges humains — tourisme, commerce, contacts culturels — pourraient reprendre pour la première fois depuis une génération.
Le 14 janvier, le Premier ministre Nikol Pashinyan a déclaré que « des événements allaient se produire » dans les relations avec la Turquie. Dans ce contexte, la modernisation du poste d’Alican n’annonce pas encore l’ouverture de la frontière, mais elle montre que les deux États commencent à se préparer concrètement à une décision qui, elle, reste encore à prendre.
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