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Samvel Karapetyan élu président du parti «Arménie forte»

Samvel Karapetyan élu président du parti «Arménie forte»

Le 11 février s’est tenu le congrès du parti de Samvel Karapetyan. L’information a été annoncée par la porte-parole du mouvement « Mer Dzevov » (« À notre manière »), Marianna Ghahramanyan.

Le congrès a élu un nouveau président ainsi qu’un conseil. Samvel Karapetyan a été élu à l’unanimité président du parti « Arménie forte ».

Le 12 février, une présentation officielle du parti aura lieu au complexe sportif et de concerts Karen Demirchyan, au cours de laquelle sera annoncé le nom du candidat du parti au poste de Premier ministre.

Selon les informations du registre électronique, le parti « Arménie forte » a été enregistré par Aleksan Aleksanyan, Ashot Farsyan et Lena Matevosyan. Tous trois sont membres de ce mouvement.

Le parti avait été créé à la fin de l’année dernière, le 8 décembre, sous le nom « Hayamet » (« pro-arménien »), puis rebaptisé « Arménie forte » le 16 janvier 2026.

Le parti est enregistré à l’adresse du bureau yérévanais du groupe de sociétés « Tashir », au 69 rue Teryan.

Contexte politique : un homme d’affaires qui entre frontalement en politique

L’entrée officielle de Samvel Karapetyan en politique marque une nouvelle étape dans la confrontation larvée entre certaines élites économiques et le pouvoir issu de la « révolution de velours » de 2018. Homme d’affaires milliardaire, propriétaire du groupe Tashir, Karapetyan a longtemps cultivé une image de mécène et d’investisseur actif en Arménie, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’immobilier et des infrastructures. Jusqu’à récemment, il évitait soigneusement l’arène partisane.

Depuis 2023-2024 toutefois, ses prises de position publiques sont devenues plus fréquentes et plus politiques, en particulier sur la sécurité nationale, la situation des déplacés du Haut-Karabakh et les relations avec la Russie. Dans plusieurs déclarations et interviews, il a critiqué la gestion de l’après-guerre de 2020 et surtout celle de la crise de 2023 ayant abouti à l’exode massif des Arméniens d’Artsakh. Sans toujours nommer directement le gouvernement, ses propos ont été largement interprétés comme visant la politique du Premier ministre Nikol Pashinyan.

Des relations de plus en plus tendues avec le gouvernement

Le pouvoir, de son côté, observe avec méfiance l’irruption d’un oligarque traditionnel dans la compétition politique. Depuis 2018, le gouvernement Pashinyan a construit sa légitimité en s’opposant précisément à l’ancien système politico-économique dominé par de grandes fortunes proches du pouvoir d’avant la révolution. L’apparition d’un parti structuré autour d’un grand groupe économique ravive ainsi un clivage central de la vie politique arménienne : celui entre « ancien système » et « nouvelle gouvernance ».

Ces derniers mois, plusieurs signaux ont illustré la montée des tensions. Des proches du gouvernement ont évoqué publiquement la nécessité d’éviter la « captation de la politique par les grandes entreprises », tandis que certains médias et commentateurs favorables à l’opposition ont présenté Karapetyan comme un acteur capable de fédérer les électeurs déçus par la politique étrangère et sécuritaire du gouvernement.

Le positionnement de Karapetyan est d’autant plus sensible qu’il intervient dans une période délicate pour les autorités : négociations de paix avec l’Azerbaïdjan, débat sur l’orientation géopolitique du pays, rapprochement avec l’Union européenne et refroidissement avec Moscou. Dans ce contexte, toute figure disposant de ressources financières importantes, d’un réseau médiatique et d’une visibilité sociale peut rapidement devenir un pôle politique alternatif.

Une candidature potentiellement structurante

L’annonce prochaine du candidat du parti au poste de Premier ministre donnera une indication sur l’ambition réelle du projet. Plusieurs observateurs n’excluent pas que Karapetyan lui-même se positionne, ce qui transformerait son initiative d’un simple mouvement d’influence en véritable défi électoral.

Pour le gouvernement Pashinyan, l’émergence d’« Arménie forte » représente ainsi moins un parti supplémentaire qu’un nouveau type d’opposition : moins idéologique que matérielle, reposant sur des ressources économiques, des réseaux diasporiques et une critique centrée sur la sécurité nationale et la stabilité de l’État.

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