Par Ani Paitjan
Le parti « Mère Arménie » participera aux élections à l’Assemblée nationale conjointement avec « Arménie prospère » (BHK) dans le cadre du programme « Une proposition pour l’Arménie ». L’annonce officielle a été faite le 15 février lors du congrès du parti.
Le chef de « Mère Arménie », Andranik Tevanyan, a indiqué qu’à l’issue de discussions et d’un dialogue, ils avaient jugé positivement le programme « Une proposition pour l’Arménie » de Gagik Tsarukyan et qu’ils participeront ainsi aux prochaines élections parlementaires sous cette bannière.
Il a déclaré que « Mère Arménie » deviendra co-auteur du programme et l’enrichira par ses propres idées et solutions.
Deux formations issues de l’opposition post-2018
L’alliance s’inscrit dans la recomposition progressive du paysage politique arménien depuis la révolution de 2018 qui a porté au pouvoir le Premier ministre Nikol Pachinian et affaibli les anciennes élites politiques et économiques. « Mère Arménie » et « Arménie prospère » appartiennent toutes deux au camp de l’opposition, mais représentent des sensibilités différentes.
« Mère Arménie » est une formation relativement récente, structurée autour d’Andranik Tevanyan, politologue et ancien député de la faction d’opposition « Hayastan ». Le parti s’est fait connaître du grand public lors des élections municipales d’Erevan en 2023, où sa liste avait obtenu un score significatif, permettant à Tevanyan de devenir une figure visible de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire.
Sur le plan idéologique, le mouvement adopte une ligne national-conservatrice : critique de la politique étrangère actuelle, défense d’un État plus souverain, accent mis sur les questions de sécurité et de statut des Arméniens du Haut-Karabakh après l’exode de 2023. Le parti attire notamment un électorat urbain politisé, une partie des anciens soutiens du bloc « Hayastan », ainsi que des segments de la diaspora sensibles aux enjeux identitaires et géopolitiques.
« Arménie prospère » (BHK), en revanche, est une formation bien plus ancienne et institutionnalisée. Fondé en 2004 par l’homme d’affaires et philanthrope Gagik Tsarukyan, le parti a longtemps été l’un des piliers du système politique arménien pré-2018. Souvent classé comme populiste ou centriste, il combine un discours social — hausse des aides, soutien aux couches modestes — avec un positionnement pragmatique en politique étrangère.
Historiquement, le BHK a oscillé entre participation au pouvoir et opposition modérée. Avant la révolution de velours, il était perçu comme un parti « système », proche des autorités mais disposant d’une base électorale autonome, notamment dans les régions rurales et parmi les électeurs économiquement vulnérables, sensibles aux réseaux caritatifs et économiques de Tsarukyan.
Depuis 2018, la formation cherche à se repositionner comme une alternative au gouvernement, sans toutefois adopter la rhétorique la plus radicale de l’opposition. Son électorat repose surtout sur les régions, les petites villes et les classes populaires, tandis que « Mère Arménie » vise davantage les milieux urbains et politisés. L’alliance apparaît donc comme complémentaire : un parti de cadres politiques et idéologiques d’un côté, une machine électorale territoriale de l’autre.
Un programme présenté comme une « arche de Noé » politique
Les deux formations participeront aux élections sous la bannière du programme « Une proposition pour l’Arménie ». Tevanyan a affirmé que son parti contribuera à la rédaction et au contenu du projet politique, se présentant désormais comme co-auteur.
Gagik Tsarukyan avait précédemment décrit son programme électoral comme une « arche de Noé » politique et sociétale, destinée à rassembler différentes idées et propositions issues de multiples courants. Cette formulation traduit la stratégie du BHK : agréger des groupes politiques et sociaux variés afin de constituer un pôle d’opposition large face au parti au pouvoir, Contrat civil.
Dans le contexte actuel, marqué par les débats sur la sécurité, les relations avec la Russie et l’Occident, la normalisation régionale et les conséquences de la guerre de 2020 puis de la crise du Karabakh en 2023, les questions de souveraineté, de politique sociale et de gouvernance devraient dominer la campagne.
Les élections législatives auront lieu le 7 juin. Pour l’opposition, le scrutin est perçu comme un test majeur : soit une consolidation du pouvoir de Nikol Pachinian, soit l’émergence d’un bloc parlementaire capable de peser réellement sur l’orientation politique du pays.
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