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Les centrales nucléaires modulaires américaines séduisent Erevan : pourquoi l’Arménie réfléchit à un nouveau modèle énergétique

Les centrales nucléaires modulaires américaines séduisent Erevan : pourquoi l’Arménie réfléchit à un nouveau modèle énergétique

Par Ani Paitjan

L’Arménie se trouve aujourd’hui à un moment charnière de sa politique énergétique. Pays enclavé, sans ressources significatives d’hydrocarbures et dépendant depuis des décennies d’importations de gaz — principalement russes — le pays a toujours considéré l’électricité comme une question de sécurité nationale autant que d’économie. Dans ce contexte, la perspective de construire une nouvelle centrale nucléaire constitue l’une des décisions industrielles les plus importantes depuis l’indépendance.

C’est dans ce cadre que le président de la Commission de régulation des services publics (PSRC), Mesrop Mesropyan, a déclaré le 16 février lors d’une conférence de presse que les centrales nucléaires modulaires américaines (SMR, Small Modular Reactors) pourraient être plus adaptées à l’Arménie que les centrales nucléaires traditionnelles de grande puissance.

Selon lui, la centrale modulaire en projet, grâce à ses systèmes de sécurité passive, à sa production industrielle en usine et à sa flexibilité, apparaît « plus attractive » pour le pays.

« La centrale nucléaire modulaire américaine présente un certain nombre d’avantages qui rendent ce type d’installation plus intéressant pour l’Arménie. Le premier est qu’elle fonctionne avec un mécanisme d’arrêt passif : en situation d’urgence, aucune intervention humaine ne sera nécessaire pour le refroidissement », a expliqué Mesropyan.

Autrement dit, contrairement aux centrales classiques — dont la sécurité repose en partie sur des systèmes actifs nécessitant alimentation électrique et intervention humaine — les nouveaux réacteurs sont conçus pour s’arrêter et se refroidir automatiquement grâce à des lois physiques simples, comme la gravité ou la convection naturelle. L’objectif est d’éviter des scénarios catastrophes semblables à ceux de Tchernobyl (1986) ou Fukushima (2011), qui ont profondément marqué l’opinion publique mondiale.

Le responsable a également précisé que 80 à 90 % des équipements seraient fabriqués en usine puis assemblés sur place « selon le principe du Lego ». Cette méthode industrielle réduit les erreurs humaines sur chantier, raccourcit les délais et abaisse les coûts — un facteur déterminant pour un pays aux ressources budgétaires limitées.

Pourquoi l’Arménie dépend du nucléaire

Aujourd’hui, environ 35 à 40 % de l’électricité arménienne provient d’une seule installation : la centrale nucléaire de Metsamor, située à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Erevan. Construite à l’époque soviétique et mise en service en 1976, elle constitue la seule centrale nucléaire du Caucase du Sud.

Après le tremblement de terre de Spitak en 1988, la centrale avait été arrêtée par précaution, plongeant le pays dans une crise énergétique profonde durant les années 1990. À l’époque, les Arméniens se souviennent encore des « années sombres » : coupures d’électricité quotidiennes, chauffage au bois dans les appartements urbains et paralysie industrielle. La remise en service de Metsamor en 1995 a donc été perçue comme un tournant vital pour la survie économique du pays.

Initialement conçue pour fonctionner 40 ans, la centrale aurait dû fermer en 2016. Mais faute d’alternative viable, son exploitation a été prolongée à plusieurs reprises. Une décision gouvernementale de 2021 prévoit son fonctionnement jusqu’en 2036, avec possibilité d’extension supplémentaire de 5 à 10 ans. Sa modernisation technique est actuellement assurée par la société russe Rosatom, qui fournit également le combustible nucléaire.

Répondre aux inquiétudes

Face aux critiques — certains experts et militants environnementaux craignant que l’Arménie serve de laboratoire pour des technologies encore peu déployées — Mesropyan a rejeté l’argument.

« Dans 15 pays du monde, 51 centrales nucléaires modulaires doivent actuellement être construites. Elles se trouvent au stade de conception et de certification — exactement la phase dans laquelle se situe notre option préliminaire. Critiquer et s’y opposer sur la base d’hypothèses fragiles avant même le début du projet n’est pas acceptable », a-t-il déclaré.

En réalité, l’intérêt pour les SMR dépasse largement l’Arménie. Les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et plusieurs pays d’Europe de l’Est les étudient activement. Leur principal avantage : ils produisent moins d’électricité qu’une grande centrale, mais peuvent être construits progressivement, module par module. Cela correspond mieux aux petits réseaux électriques, comme celui de l’Arménie, dont la consommation nationale est limitée.

Une question de flexibilité énergétique

Selon Mesropyan, disposer de plusieurs modules de faible puissance permettrait une gestion beaucoup plus fine du système électrique.

« Les centrales modulaires sont bien plus flexibles. Nous sommes aujourd’hui contraints de réduire la charge de notre centrale nucléaire existante à cause du fonctionnement des centrales solaires, ce qui constitue un très mauvais régime d’exploitation. Avec des centrales modulaires de petite taille, nous serons simplement libérés de ce problème », a-t-il expliqué.

Ce point est crucial. Depuis quelques années, l’Arménie développe rapidement l’énergie solaire, encouragée par la baisse des coûts des panneaux photovoltaïques. Mais ces installations produisent uniquement le jour et de manière variable. Or une grande centrale nucléaire est conçue pour fonctionner en continu. Les SMR, eux, peuvent être ajustés plus facilement, jouant un rôle complémentaire aux énergies renouvelables.

Sécurité énergétique et géopolitique

Mesropyan a également assuré que l’arrêt actuel de Metsamor pour maintenance ne provoquera pas de déficit, l’Arménie disposant de capacités de production excédentaires, notamment thermiques et hydrauliques.

« À tout moment, nous pouvons compenser l’arrêt d’une installation par d’autres capacités de production », a-t-il déclaré.

Au-delà de la technique, le choix du futur réacteur a aussi une dimension géopolitique. Erevan étudie actuellement les modèles proposés par la Russie, les États-Unis, la Chine, la Corée du Sud et la France, sans décision officielle à ce stade. Le dossier s’inscrit dans la diversification plus large des partenariats du pays, alors que l’Arménie cherche à réduire sa dépendance stratégique exclusive envers Moscou tout en conservant ses infrastructures existantes.

Le 3 février, le ministre de l’Administration territoriale et des Infrastructures, David Khudatyan, avait déjà annoncé que la future centrale serait modulaire.

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