Le tribunal a remplacé la détention provisoire appliquée à Gevorg Nersisyan, frère du Catholicos de tous les Arméniens Karékine II, ainsi qu’à son neveu Hambardzum Nersisyan, par des mesures préventives alternatives. L’information a été communiquée par leur avocat, Ara Zohrabyan.
« La mesure de détention visant le frère du Catholicos, Gevorg Nersisyan, et son neveu Hambardzum Nersisyan a été remplacée par une assignation à résidence de trois mois, une caution d’un million de drams et une interdiction de s’absenter », a déclaré l’avocat.
Les deux hommes avaient été arrêtés en novembre 2025, accusés d’avoir entravé une campagne électorale. Dans la communauté élargie de Vagharshapat — ville sainte de l’Église apostolique arménienne et siège du Saint-Siège d’Etchmiadzine — Harutyun Mkrtchyan, candidat du parti « République », avait affirmé sur Facebook que, le 1er novembre vers 16 h 10, Gevorg Nersisyan, accompagné de ses fils, avait perturbé une activité de campagne.
Un dossier judiciaire au cœur d’une crise Église-État
Cette affaire dépasse toutefois le simple cadre local. Elle s’inscrit dans un climat de tensions croissantes entre les autorités arméniennes et la direction de l’Église apostolique arménienne — l’une des institutions les plus influentes du pays et un acteur central de l’identité nationale depuis des siècles. En Arménie, où l’Église est constitutionnellement séparée de l’État mais conserve une forte autorité morale et sociale, toute procédure judiciaire impliquant des proches du Catholicos prend immédiatement une dimension politique.
Depuis plusieurs mois, les relations entre le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian et le Saint-Siège d’Etchmiadzine se sont nettement détériorées. Le gouvernement reproche à certains membres du clergé d’intervenir dans la vie politique, tandis que des responsables ecclésiastiques accusent les autorités d’exercer des pressions sur l’Église et de chercher à réduire son influence.
La situation s’est encore tendue récemment avec l’ouverture d’une procédure pénale visant directement le Catholicos Karékine II lui-même dans une autre affaire liée à un différend interne au sein du clergé. Bien que les détails restent limités, ses avocats ont dénoncé une démarche politiquement motivée.
Pourquoi cette affaire est sensible
En Arménie, le Catholicos — chef spirituel de l’Église apostolique — n’est pas seulement une figure religieuse. Il représente également un symbole d’unité nationale, particulièrement important après la perte du Haut-Karabakh en 2023 et la crise humanitaire qui a suivi l’exode de plus de 100 000 Arméniens de la région. Dans ce contexte de fragilité sociale et politique, toute confrontation publique entre le pouvoir civil et l’institution religieuse est scrutée avec attention par la société, la diaspora et les partenaires internationaux.
Le remplacement de la détention par une assignation à résidence est donc interprété par certains observateurs comme un possible geste d’apaisement judiciaire, même si l’enquête se poursuit. Les intéressés restent formellement accusés d’entrave à une activité électorale, infraction pénale dans le droit arménien.
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