Par Ani Paitjan
L’union nationale-civique « HayaQve » participera aux élections législatives de 2026. Cette annonce a été faite le 18 février lors d’une conférence-présentation par le coordinateur de l’union, Avetik Chalabyan, qui a précisé que leurs forces seraient combinées avec celles d’autres organisations idéologiquement proches afin de se présenter «en front commun».
«Si nous ne sommes pas convaincus que nous allons gagner les élections, il vaut mieux nous retirer et transférer nos voix à une autre force politique plutôt que de permettre à ce régime de se reproduire grâce à nos voix. Nous irons unis, en coordonnant nos efforts avec d’autres forces partageant nos idées», a déclaré Chalabyan, ajoutant que s’unir au sein de grandes alliances idéologiques est une nécessité absolue.
Évoquant les forces politiques dirigées par Gagik Tsarukyan et Samvel Karapetyan, Chalabyan a indiqué qu’il considère une coopération possible uniquement après les élections, lorsqu’il sera clair quel mandat les électeurs auront accordé à chaque force.
«Le véritable moment de coopération arrive lorsque tu comprends autour de quel cap politique commun tu peux t’accorder», a-t-il expliqué.
Selon Chalabyan, les forces d’opposition doivent tout faire pour empêcher la reproduction du pouvoir actuel à l’Assemblée nationale, y compris en utilisant la possibilité d’un second tour prévu par la Constitution. Il a ajouté que leur objectif est de former un pouvoir qui conduira le pays sur la voie d’un développement stable et de la sécurité.
Un mouvement civique devenu acteur politique
Derrière cette annonce électorale se cache en réalité un phénomène politique relativement nouveau en Arménie. «HayaQve» — que l’on peut traduire approximativement par «Vote arménien» — n’est pas né comme un parti classique, mais comme une initiative civique lancée en 2023, dans le contexte des conséquences de la guerre de 2020 et surtout après l’exode massif des Arméniens du Haut-Karabakh à l’automne 2023.
Le mouvement s’est d’abord fait connaître par une campagne nationale de collecte de signatures visant à modifier la législation pénale arménienne. Ses initiateurs demandaient notamment que soit criminalisée toute reconnaissance officielle du Haut-Karabakh comme faisant partie de l’Azerbaïdjan, ou toute renonciation à des droits territoriaux jugés fondamentaux pour l’État arménien.
Autrement dit, avant d’entrer dans l’arène électorale, HayaQve s’inscrivait d’abord dans un combat juridique et identitaire. Sa transformation en force politique organisée est intervenue progressivement, au fur et à mesure que la crise sécuritaire et les négociations régionales ont pris une place centrale dans la vie publique.
À la tête du mouvement, un profil atypique
Le mouvement est coordonné par Avetik Chalabyan, une figure inhabituelle dans la politique arménienne. Économiste et analyste financier de formation, longtemps actif au sein de la diaspora, il s’est d’abord fait connaître comme expert, commentateur et fondateur d’initiatives éducatives et civiques en Arménie plutôt que comme homme d’appareil partisan.
Depuis les années 2010, Chalabyan intervient régulièrement dans les débats publics sur la stratégie de sécurité nationale, la place de l’Arménie dans son environnement géopolitique et la réforme de l’État. Sa notoriété a fortement augmenté en 2022, lorsqu’il a été arrêté dans une affaire liée à un présumé achat de voix lors d’élections étudiantes à l’Université d’État d’Erevan — une procédure que ses soutiens ont qualifiée de politique. Cet épisode l’a installé durablement parmi les figures d’opposition.
Une orientation centrée sur la souveraineté et la sécurité
HayaQve est difficile à classer selon les catégories gauche-droite traditionnelles. Le mouvement se définit avant tout par une ligne « souverainiste » centrée sur les questions de sécurité nationale.
Ses représentants critiquent les concessions territoriales envisagées dans le cadre du processus de paix avec l’Azerbaïdjan et estiment que la politique actuelle met en danger la sécurité à long terme de l’Arménie. Ils plaident pour un renforcement de l’armée, une doctrine de dissuasion plus affirmée et un État davantage stratégique.
Sur le plan sociétal, le mouvement adopte également un discours valorisant l’identité nationale et le rôle historique de l’Église arménienne, sans toutefois se présenter comme un parti religieux. Sur le plan international, sa position se veut pragmatique : ni explicitement pro-russe, ni clairement pro-occidentale, mais fondée sur l’idée que les alliances doivent servir les intérêts de l’État plutôt qu’une orientation idéologique.
Entre le pouvoir actuel et l’ancienne opposition
HayaQve cherche aussi à se distinguer de l’opposition traditionnelle associée aux anciens présidents Robert Kocharyan et Serzh Sargsyan. Le mouvement critique à la fois le gouvernement actuel et les pratiques politiques antérieures à 2018, se présentant comme une «nouvelle opposition» issue de la société civile plutôt que des élites politiques post-soviétiques.
Son électorat potentiel semble se situer parmi des milieux urbains éduqués, des membres de la diaspora récemment installés en Arménie, ainsi que parmi certains anciens partisans de la révolution de 2018 devenus critiques de la politique gouvernementale, notamment sur les questions de sécurité.
La participation annoncée aux élections de 2026 constitue ainsi une étape importante: elle marque la transformation d’une mobilisation civique née dans un contexte de crise nationale en tentative d’alternative politique structurée sur la scène parlementaire arménienne.
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