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L’utilisation sûre de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques figure parmi les priorités de l’Arménie, déclare Mirzoyan

L’utilisation sûre de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques figure parmi les priorités de l’Arménie, déclare Mirzoyan

Par Ani Paitjan

Le 23 février à Genève, le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan a participé au segment de haut niveau de la Conférence du désarmement. Dans son intervention, il a affirmé que l’utilisation sûre et sécurisée de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques demeure l’une des priorités majeures de la politique d’État de l’Arménie.

« L’année 2026 sera décisive, puisque nos États se réuniront dans le cadre de la 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. L’Arménie réaffirme son engagement indéfectible à remplir les obligations qu’elle a assumées au titre du Traité et souligne la nécessité d’une mise en œuvre équilibrée et complète de ses trois piliers : la non-prolifération, le désarmement et l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire », a déclaré Mirzoyan.

Une centrale soviétique devenue pilier énergétique

Au-delà de la diplomatie internationale, les propos du ministre renvoient à une réalité très concrète : pour l’Arménie, le nucléaire n’est pas un choix technologique abstrait, mais une question de sécurité nationale.

Le pays ne possède ni pétrole ni gaz en quantité exploitable et dépend largement des importations d’énergie, principalement du gaz russe acheminé via la Géorgie. Dans ce contexte, la centrale nucléaire de Metsamor — officiellement appelée centrale nucléaire arménienne — constitue depuis des décennies la colonne vertébrale du système électrique national.

Construite à l’époque soviétique dans les années 1970, elle comprend deux réacteurs de type VVER-440. Après le séisme de Spitak en 1988, les autorités soviétiques décidèrent de fermer la centrale par précaution, laissant le pays pratiquement sans production électrique stable. Les années 1992-1994 restèrent dans la mémoire collective comme celles de la « période sombre et froide » : pénuries d’électricité, chauffage inexistant, coupures quotidiennes de courant pouvant durer 18 heures par jour.

Face à l’effondrement énergétique, l’Arménie prit une décision exceptionnelle : redémarrer en 1995 l’un des réacteurs, une mesure rare à l’échelle mondiale. Depuis, la centrale produit environ un tiers de l’électricité du pays, tout en stabilisant les prix de l’énergie pour les ménages et l’industrie.

Prolonger jusqu’en 2036… puis remplacer

Mirzoyan a indiqué que le gouvernement entend maintenir l’énergie nucléaire comme composante clé du système électrique.

« Alors que la durée d’exploitation de la centrale nucléaire arménienne a été prolongée jusqu’en 2036, nous étudions les possibilités d’une transition progressive et sûre vers un nouveau bloc nucléaire », a-t-il précisé.

Cette prolongation n’a pas été automatique. Depuis le début des années 2000, l’Union européenne et plusieurs organisations internationales ont régulièrement exprimé leurs inquiétudes concernant l’âge de l’installation, située dans une région sismique. En réponse, l’Arménie a engagé un vaste programme de modernisation : renforcement antisismique, systèmes de refroidissement de secours, mise à niveau des protections et contrôles supervisés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Des inspections régulières de l’AIEA ont confirmé l’amélioration progressive des standards de sûreté.

Pour autant, Erevan reconnaît que la centrale actuelle ne pourra pas fonctionner indéfiniment. D’où la recherche active d’un nouveau réacteur.

Le pari des petits réacteurs modulaires

Le ministre a précisé que l’Arménie étudie désormais les technologies de petits réacteurs modulaires (SMR).

Ces réacteurs nouvelle génération, plus compacts et théoriquement plus sûrs, représentent un changement stratégique majeur : au lieu d’une grande centrale unique héritée de l’URSS, le pays envisage un modèle plus flexible, plus moderne et plus compatible avec un réseau électrique de taille limitée.

Plusieurs partenaires internationaux ont déjà manifesté leur intérêt — États-Unis, France, Corée du Sud ou encore Russie — chacun proposant ses technologies. Le choix sera autant géopolitique qu’énergétique : il déterminera pour plusieurs décennies les alliances industrielles et la dépendance technologique du pays.

L’objectif est double : sécuriser l’approvisionnement électrique et transformer l’Arménie en exportateur régional d’électricité vers la Géorgie et l’Iran.

Nucléaire, paix régionale et sécurité internationale

Selon Mirzoyan, les régimes de contrôle des armements ne peuvent être efficaces que s’ils reposent sur la transparence et la vérifiabilité.

Le ministre a également évoqué les évolutions régionales :

« Après les avancées enregistrées à Washington l’an dernier avec la signature d’une déclaration conjointe par le Premier ministre d’Arménie et le président d’Azerbaïdjan, une nouvelle page de paix et de coopération régionale s’est ouverte dans le Caucase du Sud. »

Pour Erevan, la stabilité régionale est directement liée à la question énergétique. Une Arménie électriquement stable peut développer le commerce, les interconnexions et les infrastructures avec ses voisins, ce qui constitue l’un des piliers des négociations économiques post-conflit.

L’IA militaire et la responsabilité humaine

Mirzoyan a aussi alerté sur les risques liés à l’intelligence artificielle dans les systèmes militaires.

« Le droit international humanitaire s’applique pleinement à tous les types d’armements, y compris ceux intégrant l’intelligence artificielle. Les décisions concernant l’emploi de la force doivent rester entre les mains humaines et ne peuvent être déléguées aux machines. »

L’Arménie insiste également sur la responsabilité des États dans les transferts d’armes : celles-ci ne doivent pas être fournies s’il existe un risque d’utilisation contre des civils ou en violation du droit international.

Une question existentielle pour le pays

Pour l’Arménie, la question nucléaire dépasse largement le cadre environnemental ou technologique. Elle touche à trois enjeux fondamentaux : indépendance énergétique, stabilité économique et sécurité nationale.

Dans un pays enclavé, aux frontières longtemps fermées et aux ressources naturelles limitées, la centrale de Metsamor a permis d’éviter l’effondrement énergétique dans les années 1990 et reste aujourd’hui un facteur majeur de souveraineté.

« Malgré l’environnement complexe et incertain d’aujourd’hui, nous pouvons travailler ensemble pour aborder les questions du désarmement et de la non-prolifération de manière équilibrée et durable », a conclu le ministre.

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