Par Gevorg Tosunyan, #CivilNetCheck
Le 4 mars, Arman Tatoyan, chef de l’initiative « Ailes de l’unité », a convoqué une conférence de presse d’urgence, affirmant qu’après le 31 juillet 2025, les forces armées azerbaïdjanaises avaient mené de nouvelles incursions sur le territoire de l’Arménie et installé de nouvelles positions.
«Après le 31 juillet 2025, les forces armées azerbaïdjanaises ont mené de nouvelles incursions sur le territoire de l’Arménie et installé de nouvelles positions.»
«De nouvelles incursions ont eu lieu en République d’Arménie, et les autorités arméniennes l’ont caché à notre population», a déclaré Tatoyan, précisant que les données qu’il présentait reposaient sur des images satellites.
Il a également affirmé que « les autorités azerbaïdjanaises, sachant que la signature du soi-disant accord de paix TRIPP (The Trump Route for International Peace and Prosperity) était attendue aux États-Unis le 8 août, ont rapidement lancé ces actions ». Selon Tatoyan, cela a été fait en partant du calcul qu’«après la signature, elles ne pourraient plus recourir à de tels actes». D’après lui, cela concerne en particulier la direction de Vardenis, dans la région de Gegharkunik, ainsi que le secteur de Jermuk, dans la région de Vayots Dzor, où les forces azerbaïdjanaises ont construit de nouvelles positions et de nouveaux ouvrages d’ingénierie.
Le même jour, le 4 mars, à l’Assemblée nationale, le ministre de la Défense Suren Papikyan, répondant à la question d’un député, a rejeté les affirmations de Tatoyan, déclarant que « celui-ci ment ».
#CivilNetCheck a examiné les preuves présentées par Arman Tatoyan.
Vardenis : l’installation d’une position azerbaïdjanaise près de la mine de Sotk
Comme premier exemple de « nouvelle incursion », Arman Tatoyan présente l’une des positions azerbaïdjanaises situées dans la commune de Vardenis, dans la région de Gegharkunik, dans la zone adjacente à la mine de Sotk (coordonnées : 40.18816° N, 45.97800° E).
« C’est la nouvelle position. En outre, on voit bien la période : avant le 31 juillet 2025, cette position n’existait pas selon les images satellites. Et d’après les images satellites, nous voyons que cette position a été installée au plus tard le 19 août », a affirmé Tatoyan.
Selon le chef de l’initiative «Ailes de l’unité», dans cette zone, les forces armées azerbaïdjanaises avaient pénétré sur le territoire arménien après 2020, et il s’agit désormais de la construction d’une nouvelle position dans ce même secteur.
«Il s’agit déjà de l’installation d’une nouvelle position à l’intérieur du territoire de la République d’Arménie, d’une incursion à l’intérieur des frontières arméniennes», note Tatoyan.

Il y a plusieurs mois déjà, #CivilNetCheck avait publié une enquête sur le déploiement des positions azerbaïdjanaises le long de la ligne frontalière arméno-azerbaïdjanaise et sur l’occupation de territoires arméniens. Dans le cadre de cette étude, nous avions utilisé comme frontière légale (de jure) les cartes topographiques à l’échelle 1:100 000 de l’état-major général des forces armées de l’Union soviétique datant des années 1970-1980, sur la base desquelles nous avions reconstitué la ligne frontalière et l’avions intégrée sur la plateforme Google Earth.
Voir : Cartographie de l’occupation : 241 km² de territoire arménien restent sous contrôle azerbaïdjanais
Dans cette étude, nous avions également examiné la position mentionnée par Tatoyan. Les images satellites Sentinel-2 montrent que des travaux de construction de route ont commencé dans ce secteur à partir du 27 juillet 2025, et qu’au 19 août, la position était déjà achevée.
Comme Tatoyan l’a lui-même indiqué, lors des agressions menées en mai 2021 et en septembre 2022, les forces armées azerbaïdjanaises avaient déjà pénétré dans le territoire souverain de l’Arménie dans cette zone. La nouvelle position qu’il présente se trouve en retrait par rapport à des positions azerbaïdjanaises plus profondes établies à cette époque, dans la même direction, sur la ligne frontalière arméno-azerbaïdjanaise. Depuis lors, la partie azerbaïdjanaise contrôlait déjà aussi bien la route menant à la position arménienne que la localité de Sotk.

A droite: les nouvelles positions de l'Azerbaïdjan qui ont été construites en août 2025.
Ainsi, selon la frontière légale définie par les cartes de l’état-major soviétique, la distance entre cette frontière et l’extrémité de cette position azerbaïdjanaise à l’intérieur du territoire arménien est de 46 mètres, et jusqu’à l’angle oriental de la position (AH D-2) de 55 mètres. Les autres angles de la position se trouvent du côté azerbaïdjanais.

Ligne blanche: La frontière tracée selon Google
Ligne rouge: La frontière juridique de la République de l'Arménie
Curseurs rouges: Les positions azerbaïdjanaises dans les frontières de la République d'Arménie
À environ 300 mètres de cette position se trouve une position arménienne dont les points de tir ne franchissent pas la frontière de jure.
En pratique, dans ce secteur, la partie azerbaïdjanaise a bien construit une nouvelle position durant la période mentionnée par Tatoyan, du côté azerbaïdjanais de la ligne frontalière, mais une partie de celle-ci franchit bien la frontière légale de la République d’Arménie.
L’affirmation concernant la construction d’une route
Poursuivant sa présentation des données sur la direction de Vardenis, Tatoyan affirme que la partie azerbaïdjanaise a amélioré, sur le territoire arménien, les routes menant à ses positions.
«Vous voyez la route qu’ils ont nouvellement construite pour aller vers leurs positions […]. Je souligne encore une fois que tout cela […] constitue des améliorations réalisées après le 31 juillet», indique Tatoyan en montrant la route nouvellement construite.

La route (coordonnées : 40.18082° N, 45.95614° E) est effectivement nouvelle : elle a été construite dans une zone où l’Azerbaïdjan avait avancé à la suite d’une attaque antérieure, zone qui est sous le contrôle des positions azerbaïdjanaises. L’étude de #CivilNetCheck montre que la construction de cette route a commencé après le 8 août 2025. Sur les images satellites, elle est déjà partiellement visible à partir du 19 août.
Les abris construits près de la frontière
L’ancien médiateur a également évoqué des « abris spéciaux » construits par l’Azerbaïdjan dans le secteur de Vardenis. Selon lui, ils se trouvent à seulement quelques mètres de la frontière de l’Arménie (coordonnées : 40°10’16.07″N 45°58’22.47″E).
« Avant le 31 juillet (2025, ndlr), ceux-ci n’existaient pas. Jusqu’au 19 août, ils avaient déjà effectué de très importants travaux de fortification visibles sur les images satellites », a déclaré Tatoyan.

En réalité, les ouvrages de fortification mentionnés par Tatoyan existaient déjà avant juillet 2025. Ils sont clairement visibles, par exemple, sur les images satellites du 19 juin 2025.

La partie azerbaïdjanaise avait déjà construit une position dans ce secteur en 2022, et les abris mentionnés par Tatoyan ont été construits à côté de cette position, sans franchir la frontière légale. En même temps, il convient de constater qu’une partie des tranchées de cette position, construite plus tôt, franchit bien la frontière légale de la République d’Arménie.
En outre, notre précédente enquête avait montré que l’Azerbaïdjan disposait, dans cette zone, de positions plus profondes à l’intérieur du territoire arménien, tandis que les abris en question se trouvent à l’arrière de celles-ci.

Jermuk : les ouvrages de fortification azerbaïdjanais
Arman Tatoyan évoque ensuite les changements intervenus dans la zone passée sous contrôle azerbaïdjanais dans le secteur de Jermuk après l’incursion de septembre 2022.
L’ancien médiateur présente les travaux réalisés dans cette zone, à proximité de la route menant aux positions azerbaïdjanaises (coordonnées : 39°56’12.91″N, 45°45’27.83″E).
« Ils ont ici construit des positions destinées à des sections de mortiers. Ce ne sont pas de simples travaux d’ingénierie, mais des ouvrages réalisés dans un but spécifique, à proximité immédiate de Jermuk, sur notre territoire souverain. Avant le 4 août (2025, ndlr), ils avaient déjà été spécialement construits, et très rapidement, on voit clairement qu’ils l’ont été dans la précipitation », affirme Tatoyan.

Cependant, les images satellites attestent que la construction de ces ouvrages de fortification a commencé à l’été 2024, et qu’ils sont déjà entièrement visibles en août de la même année.
Ces structures se trouvent elles aussi sur le territoire de jure de la République d’Arménie, mais dans une zone passée sous contrôle de l’Azerbaïdjan après l’incursion de 2022. Il est à noter que, depuis ces structures en direction de Jermuk, la partie azerbaïdjanaise dispose de positions avancées encore plus en avant.

Les travaux sur deux positions
Tatoyan parle ensuite de travaux de fortification réalisés sur deux positions situées dans la zone occupée du secteur de Jermuk, affirmant qu’ils ont eux aussi été construits « dans la précipitation ». Dans ce cas, il ne précise pas de chronologie exacte, mais sa présentation donne l’impression qu’ils auraient également été réalisés en juillet-août 2025.

Or, ces positions ne sont pas nouvelles. Elles ont déjà été évoquées à plusieurs reprises auparavant et sont visibles sur les images satellites au moins depuis 2023 (coordonnées : 39°54’28.61″N, 45°43’0.41″E et 39°54’18.69″N, 45°42’58.04″E).
Quant aux travaux de fortification, les structures montrées par Tatoyan sont déjà visibles sur les images satellites à partir de juin 2025, et aucune nouvelle modification n’a eu lieu dans ce secteur après cette date.
Il convient de rappeler que, dans les territoires de la République d’Arménie passés sous contrôle de l’Azerbaïdjan à la suite des attaques lancées depuis 2021, des travaux de fortification et d’infrastructure de grande ampleur ont été menés, sujet sur lequel CivilNetCheck a écrit à de nombreuses reprises.
Ainsi, l’étude de #CivilNetCheck montre qu’une partie des exemples présentés par Tatoyan concerne effectivement des positions ou des structures azerbaïdjanaises situées sur le territoire de jure de l’Arménie. Cependant, une part importante d’entre elles n’a pas été construite en juillet-août 2025, mais existait déjà auparavant. C’est pourquoi les relier au document signé aux États-Unis le 8 août et les présenter comme des actions menées durant cette période est trompeur.
Dans le même temps, l’affirmation du ministre de la Défense Suren Papikyan, selon laquelle Tatoyan « ment », ne correspond pas non plus à la réalité, puisque, dans les cas présentés, la partie azerbaïdjanaise a bien effectué des travaux dans ces secteurs, mais la chronologie de certains d’entre eux a été présentée de manière erronée.
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