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Pachinian confirme avoir demandé la démission de la directrice du Musée du Génocide arménien

Pachinian confirme avoir demandé la démission de la directrice du Musée du Génocide arménien

La directrice du Musée-Institut du Génocide arménien, Edita Gzoyan, a remis sa démission sur instruction du Premier ministre Nikol Pachinian, a confirmé ce dernier le 12 mars lors d’un point presse au gouvernement. Le chef du gouvernement estime que les actions de la responsable culturelle ont contredit la ligne de politique étrangère de l’Arménie et constituent, selon ses termes, une « provocation ».

L’affaire a suscité de nombreuses interrogations après l’annonce, la veille, que Gzoyan avait rédigé une lettre de démission. Aucun acte juridique officiel confirmant son départ n’avait toutefois été publié au moment de l’annonce, et ni le musée ni le ministère de l’Éducation, de la Science, de la Culture et des Sports n’avaient initialement précisé les raisons de cette décision.

Une visite du vice-président américain à l’origine de la polémique

La controverse trouve son origine dans la visite en Arménie du vice-président américain J.D. Vance, arrivé à Erevan le 10 février dans le cadre d’un déplacement officiel. Lors de sa visite au mémorial du Génocide arménien à Tsitsernakaberd, il était accompagné par Edita Gzoyan.

À cette occasion, la directrice du musée lui a offert un livre consacré à la question de l’Artsakh (Haut-Karabakh), sujet hautement sensible dans la politique arménienne contemporaine.

Selon plusieurs sources, Gzoyan a également présenté au vice-président américain les trois khatchkars (croix de pierre) installés dans le complexe mémoriel en hommage aux Arméniens victimes des pogroms anti-arméniens survenus à la fin de l’ère soviétique dans les villes de Soumgaït (1988), Kirovabad/Gandzak (1988) et Bakou (1990), alors en Azerbaïdjan.

Elle aurait aussi évoqué l’histoire des cinq combattants arméniens enterrés près du Mur du souvenir, morts durant les premières années de la guerre du Karabakh au début des années 1990. Selon le récit présenté au visiteur américain, ces événements auraient été replacés dans une continuité historique avec le génocide des Arméniens de 1915.

Une question liée à la nouvelle ligne politique sur le Karabakh

Pour Nikol Pachinian, cette démarche entre directement en contradiction avec la position actuelle du gouvernement arménien.

Depuis la défaite militaire de 2020 et surtout depuis la prise totale du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en septembre 2023, le gouvernement arménien a progressivement abandonné la rhétorique officielle du « mouvement du Karabakh » qui avait dominé la politique nationale depuis la fin des années 1980.

Le Premier ministre a récemment déclaré que ce mouvement ne faisait plus partie de l’agenda politique de l’État arménien, insistant sur la nécessité de recentrer la politique étrangère sur la souveraineté territoriale de l’Arménie et la normalisation régionale.

Dans ce contexte, offrir à un responsable étranger un ouvrage sur la question du Karabakh a été interprété par le chef du gouvernement comme un geste politique incompatible avec la ligne officielle.

Pachinian : « La politique étrangère est menée par le gouvernement »

Lors de son intervention devant la presse, Pachinian a justifié sa décision par la nécessité de préserver la cohérence de la politique étrangère arménienne.

« Quand le Premier ministre du pays dit qu’il n’y a pas de mouvement du Karabakh, que signifie offrir à un invité étranger un livre sur la question de l’Artsakh ? Combien de personnes peuvent mener la politique étrangère dans ce pays ? », a-t-il déclaré.

Le chef du gouvernement a rappelé que la politique étrangère relève exclusivement du gouvernement et que tout responsable public contredisant cette ligne s’expose à être relevé de ses fonctions.

« En République d’Arménie, la politique étrangère est conduite par le gouvernement. Je suis le chef du gouvernement et c’est notamment moi qui la mène. Tout fonctionnaire qui dira quelque chose en contradiction avec cette politique sera démis de ses fonctions. Sommes-nous un État ou un cercle amateur où chacun expérimente ses idées ? C’est un État », a affirmé Pachinian.

Un débat plus large sur mémoire et diplomatie

L’affaire relance un débat sensible en Arménie : la place de la mémoire historique dans la diplomatie contemporaine.

Le Musée-Institut du Génocide arménien, créé en 1995, est l’une des institutions les plus importantes du pays pour la recherche et la commémoration du génocide de 1915. Il joue également un rôle central dans la diplomatie mémorielle de l’Arménie, notamment lors des visites de dirigeants étrangers au mémorial de Tsitsernakaberd.

Cependant, dans le contexte actuel de négociations de paix avec l’Azerbaïdjan et de repositionnement stratégique de l’Arménie, les autorités cherchent à éviter toute initiative susceptible d’être interprétée comme une remise en cause de la nouvelle orientation politique.

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