L’ancien maire d’Erevan, Hayk Marutyan, fera son retour sur le devant de la scène politique nationale. Il a été désigné candidat au poste de Premier ministre par le parti réformiste « Nouvelle force » en vue des élections législatives du 7 juin. L’annonce a été faite lors d’une réunion du parti tenue le 21 mars, à un moment où les forces politiques commencent à se positionner clairement pour le prochain scrutin.
Créé en 2024, « Nouvelle force » se présente comme un mouvement réformiste cherchant à capter un électorat désenchanté, à mi-chemin entre les partisans du pouvoir et les oppositions traditionnelles. Lors de la réunion, Grigor Yeritsyan, membre du conseil du parti, a brièvement présenté les sept axes principaux du programme, centrés notamment sur la gouvernance, la transparence et le renouvellement politique.
Mais au-delà du programme, c’est surtout la figure de Hayk Marutyan qui attire l’attention.
Acteur, humoriste et producteur bien connu du grand public arménien avant son entrée en politique, Marutyan avait incarné en 2018 une forme de renouveau aux côtés de Nikol Pachinian lors de la « révolution de velours ». Porté par la vague de contestation contre les élites en place, il avait été élu maire d’Erevan la même année, devenant l’un des visages civils du nouveau pouvoir.
Son mandat à la tête de la capitale, de 2018 à 2021, a été marqué par une image de gestionnaire pragmatique, parfois en décalage avec les dynamiques politiques plus larges du gouvernement. Progressivement, des tensions sont apparues entre Marutyan et l’équipe de Pachinian. Ces divergences, d’abord feutrées, se sont accentuées après la guerre de 2020, dans un climat politique particulièrement tendu.
Marutyan a notamment pris ses distances avec certaines décisions du pouvoir central, ce qui lui a valu des critiques au sein même de la majorité. À Erevan, le conseil municipal — dominé par les alliés de Pachinian — a fini par lui retirer son soutien. En décembre 2021, une motion de défiance est adoptée contre lui, entraînant sa démission le 22 décembre.
Ce départ marque une rupture nette avec le camp au pouvoir. Depuis, Marutyan s’est progressivement repositionné dans l’opposition, cultivant une image d’acteur indépendant, critique à la fois du gouvernement et des figures traditionnelles de l’opposition.
La création de son propre parti, « Nouvelle force », en 2024, s’inscrit dans cette logique. Le mouvement tente de se présenter comme une alternative « propre », portée par des visages nouveaux ou issus de la société civile, dans un paysage politique souvent polarisé.
Sa désignation comme candidat au poste de Premier ministre confirme ses ambitions nationales. Elle intervient dans un contexte où la confiance envers les institutions reste fragile, et où une partie de l’électorat cherche des figures capables de dépasser les clivages installés depuis 2018.
Reste à voir si Hayk Marutyan, dont la popularité repose encore largement sur son image publique et son passage à la mairie d’Erevan, parviendra à transformer cet atout en capital politique à l’échelle nationale. Les élections du 7 juin pourraient, à cet égard, constituer un test décisif pour cet ancien allié devenu critique du pouvoir.
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