Pashinyan s’en prend à une femme déplacée d’Artsakh lors d’un échange tendu dans le métro

Par Paul Vartan Sookiasian
Un trajet en métro du Premier ministre Nikol Pashinyanan à Erevan, dimanche, a dégénéré en altercation verbale, lorsqu’il s’est emporté contre une passagère déplacée du Haut-Karabakh. L’incident a commencé alors que Pashinyan, qui passe ses week-ends à faire campagne à travers l’Arménie en vue des élections législatives de juin, distribuait aux passagers des pins en forme de l’Arménie, et que l’une d’entre eux a refusé d’en prendre un.
La femme, identifiée par la suite comme Armine Mosiyan, originaire d’Artsakh, serait la fille du commandant de terrain Meruzhan Mosiyan, tué en 1993 lors de la première guerre du Haut-Karabakh. Elle a déclaré refuser le pin en raison de l’absence d’Artsakh sur celui-ci.
Pashinyan a alors tenté à nouveau de donner le pin au jeune fils de la femme, ce qui l’a poussée à exprimer son point de vue, accusant le Premier ministre de ne pas leur avoir permis de vivre en Artsakh.
La partie la plus explosive de l’échange s’est largement diffusée en ligne dans une vidéo où Pashinyan perd son sang-froid. Il rétorque avoir tout fait pour que les habitants d’Artsakh puissent y vivre, mais qu’ils l’ont accusé, lors du blocus de 2023 imposé par l’Azerbaïdjan, de ne pas leur permettre de fuir vers l’Arménie. Il réprimande Mosiyan, lui pointant le doigt et criant que des millions de dollars provenant des impôts des citoyens arméniens avaient été dépensés pour permettre aux Artsakhiotes de rester en Artsakh, et qu’à présent, alors qu’ils sont en Arménie, ils souhaitent retourner là d’où ils ont fui.
La vidéo se termine par Pashinyan lui criant de ne pas mépriser la carte de l’Arménie et ajoutant : «La prochaine fois, vous, les fuyards, n’osez pas dire que j’ai abandonné le Karabakh!»
Des observateurs ont critiqué Pashinyan pour avoir perdu son sang-froid ainsi que pour le choix de ses mots, largement perçus comme dénigrants à l’égard des Artsakhiotes. Des analystes comme Tigran Grigoryan ont mis en garde contre plusieurs manifestations de discours de haine visant les Artsakhiotes dans la société arménienne, notamment dans certains médias proches du parti au pouvoir.
Lundi, la Défenseure des droits de l’homme en Arménie, Anahit Manasyan, a également évoqué cette affaire, appelant les responsables publics et les figures politiques à faire preuve de sensibilité lorsqu’ils abordent des questions touchant les personnes déplacées et les réfugiés. Elle a souligné que « la rhétorique politique s’intensifie souvent en période électorale, ce qui peut parfois entraîner des attitudes insensibles à l’égard des groupes vulnérables », appelant à un respect mutuel au sein de la société.
Plus tard dans la même journée, dans une vidéo publiée sur Facebook, Pashinyan a présenté ses excuses à Mosiyan et à son fils, proposant de le faire en personne dans un lieu de leur choix. Mosiyan n’a pour l’instant pas réagi publiquement à cette proposition.
Le témoignage de Mosiyan, marquée par plusieurs guerres et le blocus de 2023, avait été relaté dans un article publié en 2024 par le média américain The Armenian Weekly. Elle y évoquait les files d’attente pour le pain, l’absence d’électricité et de gaz, ainsi que le manque total d’aide humanitaire. Une photo associée la montre réfugiée dans un sous-sol avec son fils, se protégeant des roquettes azerbaïdjanaises lors de l’attaque qui a déclenché l’exode massif.
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