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L’Azerbaïdjan pourrait offrir une alternative énergétique à l’Arménie, selon Aliyev

L’Azerbaïdjan pourrait offrir une alternative énergétique à l’Arménie, selon Aliyev

Par Ani Paitjan

Le projet TRIPP pourrait aller bien au-delà d’une simple liaison routière et ferroviaire. Bakou envisage d’utiliser cet axe traversant l’Arménie pour transporter de l’électricité, des hydrocarbures et des données numériques entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan.

“Le projet TRIPP, outre la voie ferrée et l’autoroute, pourrait à l’avenir également servir au passage de câbles à fibre optique, de lignes électriques ainsi que d’oléoducs et de gazoducs”, a déclaré le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev le 11 août, lors d’une visite au Nakhitchevan.

Dans un entretien accordé à la télévision publique azerbaïdjanaise, Aliyev a surtout mis l’accent sur le volet énergétique du projet. Selon lui, Bakou dispose déjà d’un plan pour construire une ligne électrique reliant le territoire principal de l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan via l’Arménie.

“Nous disposons d’un projet prêt pour la construction de lignes électriques reliant la partie principale de l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan en passant par le territoire arménien », a-t-il affirmé. Le président azerbaïdjanais assure également que des spécialistes de son pays ont déjà étudié le tracé envisagé en Arménie et identifié les emplacements où devraient être installées les infrastructures électriques nécessaires. « Nous espérons que la partie arménienne ne retardera pas non plus cette question”, a-t-il ajouté.

Aliyev présente cette future interconnexion non seulement comme un projet stratégique pour l’Azerbaïdjan, mais également comme une possible alternative énergétique pour l’Arménie. Pour étayer son argument, il a évoqué l’avenir de la centrale nucléaire arménienne de Metsamor, dont Bakou et Ankara critiquent régulièrement la prolongation de la durée d’exploitation.

“La centrale nucléaire est vieillissante et représente un danger pour l’ensemble de la région”, a déclaré Aliyev, rappelant les préoccupations exprimées à plusieurs reprises par l’Azerbaïdjan et la Turquie. Selon lui, sa durée de fonctionnement “ne peut pas être prolongée indéfiniment” et sa fermeture placerait l’Arménie face à une crise énergétique. Dans cette perspective, estime-t-il, disposer d’une source alternative d’approvisionnement “ne pourrait être que bénéfique”.

Les déclarations du président azerbaïdjanais interviennent alors que l’Arménie prévoit de maintenir en activité la centrale de Metsamor dans les prochaines années tout en travaillant sur différentes options pour remplacer à terme son unité nucléaire actuelle. Erevan considère le nucléaire comme un élément essentiel de sa sécurité énergétique.

Mais l’énergie n’est qu’une partie des ambitions affichées par Bakou autour du TRIPP. Aliyev a également consacré une partie de son entretien aux infrastructures ferroviaires du Nakhitchevan. Selon lui, des travaux ont déjà commencé dans les secteurs proches de la frontière arménienne afin de préparer et moderniser le réseau.

Bakou n’exclut pas de faire appel à des investisseurs étrangers pour financer ces infrastructures. Aliyev a évoqué la possibilité de créer un consortium international chargé de participer à la modernisation du réseau ferroviaire du Nakhitchevan, tout en posant une condition claire: l’Azerbaïdjan devra en conserver le contrôle.

“Il est possible de créer un consortium international pour moderniser les chemins de fer du Nakhitchevan, à condition que la participation de contrôle appartienne à l’Azerbaïdjan”, a-t-il déclaré. Selon lui, Bakou est favorable à la participation d’investisseurs, mais serait également capable de réaliser le projet sans financement extérieur.

Le Nakhitchevan dispose déjà d’un réseau ferroviaire hérité de la période soviétique. Celui-ci est toutefois largement coupé des anciennes connexions régionales depuis plusieurs décennies. Bakou estime donc nécessaire de moderniser les infrastructures existantes et de réhabiliter les tronçons ferroviaires situés à proximité de la frontière avec l’Arménie.

L’Azerbaïdjan avait déjà abordé la question de ces infrastructures avec une délégation européenne dirigée par Magdalena Grono, représentante spéciale de l’Union européenne pour le Caucase du Sud et la crise en Géorgie.

Un projet né des accords de Washington

Le projet TRIPP s’inscrit dans le processus de normalisation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et dans les discussions sur le déblocage des communications régionales. Son principe est de permettre une liaison entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan à travers le sud de l’Arménie, dans la région de Syunik.

La question de cette liaison constitue depuis plusieurs années l’un des dossiers les plus sensibles des négociations entre Erevan et Bakou. L’Azerbaïdjan réclame depuis la guerre de 2020 une connexion terrestre sans entrave avec le Nakhitchevan. Les autorités arméniennes ont, de leur côté, rejeté à plusieurs reprises toute logique de « corridor » impliquant une limitation de la souveraineté arménienne sur son propre territoire. Erevan affirme que les routes passant par l’Arménie doivent rester sous la juridiction et la souveraineté du pays.

Le projet TRIPP cherche précisément à fournir un cadre à cette ouverture des communications. Au-delà du transport ferroviaire et routier, les déclarations d’Aliyev montrent que Bakou envisage désormais cette route comme une infrastructure beaucoup plus large, susceptible d'accueillir des réseaux électriques, numériques et, potentiellement, des infrastructures destinées au transport d'hydrocarbures.

L'énergie devient un nouvel élément du dossier

L’idée d’une ligne électrique entre l’Azerbaïdjan continental et le Nakhitchevan n’est pas nouvelle. L’enclave azerbaïdjanaise est séparée du reste du pays par le territoire arménien et partage des frontières avec l’Arménie, l’Iran et la Turquie. Ces dernières années, Bakou a également développé des projets énergétiques reliant le Nakhitchevan à la Turquie.

Les propos d’Aliyev ajoutent toutefois une dimension supplémentaire : une infrastructure traversant l’Arménie pourrait non seulement servir l’Azerbaïdjan, mais aussi, selon lui, devenir une source d'approvisionnement pour le marché arménien.

Cette perspective intervient alors que l’avenir de la centrale nucléaire arménienne de Metsamor constitue un enjeu stratégique pour Erevan. La centrale fournit une part importante de l’électricité produite dans le pays et les autorités arméniennes cherchent depuis plusieurs années à prolonger son exploitation dans des conditions de sécurité renforcées, tout en préparant son remplacement à plus long terme.

Erevan étudie notamment différentes options pour construire une nouvelle capacité nucléaire. La question est particulièrement sensible pour l’Arménie, qui ne dispose pas de ressources importantes en hydrocarbures et dépend largement des importations pour son approvisionnement en gaz.

Une dépendance énergétique que l’Arménie cherche à diversifier

La Russie reste historiquement un acteur central du système énergétique arménien, notamment dans le secteur gazier. Dans le même temps, l’Arménie importe également du gaz iranien dans le cadre d'un mécanisme d'échange gaz-électricité : l'Iran fournit du gaz à l'Arménie, qui lui livre en retour de l'électricité.

Ces dernières années, Erevan a parallèlement accéléré le développement de l’énergie solaire afin de diversifier son mix énergétique. L’objectif affiché est de réduire progressivement la vulnérabilité du pays face à une dépendance excessive à une seule source ou à un seul fournisseur.

C’est dans ce contexte que la proposition évoquée par Aliyev prend une dimension géopolitique. Une éventuelle interconnexion avec l’Azerbaïdjan pourrait théoriquement offrir une source supplémentaire d’électricité à l’Arménie. Mais une telle coopération supposerait un niveau de confiance politique qui reste encore à construire après plusieurs décennies de conflit.

Le Syunik au cœur des nouvelles routes régionales

Le débat dépasse d’ailleurs largement la seule question énergétique. Situé entre l’Azerbaïdjan continental et le Nakhitchevan, le Syunik est devenu l’un des principaux points de convergence des projets de transport concurrents ou complémentaires dans le Caucase du Sud.

L’Arménie promeut de son côté son projet « Carrefour de la paix », présenté par le gouvernement de Nikol Pachinian comme un moyen de rouvrir les routes et les voies ferrées avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, tout en développant les connexions avec la Géorgie et l’Iran. Erevan insiste sur quatre principes : souveraineté, juridiction nationale, réciprocité et égalité.

L’Iran suit également de très près les discussions concernant les infrastructures dans le sud de l’Arménie. Téhéran a régulièrement souligné l’importance du maintien des frontières internationales existantes et s’oppose à tout changement géopolitique susceptible d’affecter sa connexion terrestre avec l’Arménie.

Le chemin de fer, autre pièce majeure du puzzle

La remise en service des anciennes voies ferrées pourrait également transformer les échanges régionaux. À l’époque soviétique, les réseaux ferroviaires de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan et du Nakhitchevan étaient interconnectés. Une partie de ces infrastructures est aujourd’hui inutilisée ou nécessite d’importants travaux de reconstruction.

Pour Bakou, la modernisation du réseau du Nakhitchevan permettrait de préparer une future connexion avec l’Azerbaïdjan continental. Pour Erevan, la réouverture des voies pourrait, à terme, offrir de nouvelles possibilités d'accès ferroviaire aux marchés régionaux.

Les déclarations d’Aliyev sur un éventuel consortium international montrent également que Bakou envisage une participation de capitaux étrangers aux infrastructures nécessaires. Le président azerbaïdjanais a néanmoins clairement posé une condition : l’Azerbaïdjan entend conserver le contrôle de ces investissements sur son territoire.

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