Par Gevorg Tosunyan
Dans un coin du pénitencier d'Abovyan, une Péruvienne s'exerce à son vocabulaire arménien. Maria, condamnée à 15 ans de prison pour trafic de drogue en 2015, a fait de cet endroit improbable son foyer temporaire. Son histoire n'est que l'une des nombreuses qui résonnent dans les couloirs datant de l’époque soviétique du principal établissement correctionnel pour femmes d'Arménie.
« Je suis venue comme touriste », explique Maria, sa voix mêlant résignation et espoir. « Il y avait de la drogue dans mon sac. Je l'ai apportée sans le savoir. » Elle marque une pause, puis ajoute fermement : « J'essaie toujours d'être quelqu’un de bien. »
Bien qu'à des milliers de kilomètres du Pérou, Maria maintient un contact quotidien avec sa famille. Ses enfants et ses parents attendent son retour. Comme les autres détenues, elle dispose de vingt minutes par jour pour les appels téléphoniques et de communications vidéo mensuelles. Le temps s'écoule lentement ici, mais Maria s'occupe avec un peu d’artisanat et de la peinture. Elle a même reçu des certificats de félicitations pour son comportement irréprochable.

La vie derrière les barreaux
Le pénitencier d'Abovyan, qui héberge actuellement 27 condamnées et 45 détenues, est un établissement semi-ouvert où les femmes peuvent se promener dans le jardin et participer à diverses activités. Pourtant, comme le dit une détenue, « nos yeux t regardent au-delà de ces barreaux. »
Narine, qui purge depuis cinq ans une peine pour détournement de fonds, travaille à la cuisine de la prison et passe son temps libre à la salle de sport.
« La liberté est l'une des valeurs humaines les plus importantes. Eh bien, j'ai dérapé, je suis venue ici avec une étiquette sur la tête, mais je le regrette beaucoup », dit Narine, à qui il reste dix-huit mois à purger.
Si les femmes apprécient la liberté relative au sein de l'établissement, elles soulignent tout de même les problèmes et autres dysfonctionnements du centre. « Je ne dirais pas que les soins médicaux sont bons», note vaguement Narine.

La douleur d'une mère
L'histoire peut-être la plus poignante est celle d'Anush, qui a fait sont entrée entre ces murs à 45 ans . Elle aura bientôt 55 ans.
« Nous avons vieilli ici », dit-elle, ses mots chargés d'une décennie de souvenirs. À travers les appels téléphoniques et les visites occasionnelles, elle a vu ses enfants grandir et se marier de loin. Mais rien ne l'avait préparée à l'automne 2020, lorsque son fils a été blessé dans la guerre du Karabakh alors qu'elle attendait impatiemment de ses nouvelles derrière les barreaux.
« C'est un sentiment indescriptible pour n'importe quel parent », dit-elle, la voix tremblante. Bien qu'elle refuse de discuter des accusations à son encontre, qu'elle maintient ne pas accepter, Anush prévoit déjà de partager son histoire à travers un livre ou un film à sa libération.

Regarder vers l'avenir
Le changement arrive à Abovyan. L'établissement est en cours de rénovation, avec des projets de nouvelles salles de soutien psychologique et d'espaces améliorés pour les appels vidéo. Les dortoirs, les salles de classe, la salle de sport, la bibliothèque et les ateliers d'artisanat ont déjà été rénovés.
Des slogans éducatifs ornent encore chaque coin, vestige du passé soviétique de l'établissement. Depuis la salle de sport nouvellement rénovée, les détenues peuvent voir un vaisseau spatial peint en plein vol – peut-être un symbole d'espoir pour ces femmes qui rêvent de liberté.
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