L'Arménie, autrefois connue comme le pays du cognac, connaît une renaissance. Celle du vin. Les traditions viticoles oubliées et parfois perdues refont surface. Ces dernières années, l'industrie a connu une croissance significative, avec l'apparition de plus en plus de vignobles et de variétés de vins.

L’exploitation en expansion
Le niveau des exportations de vin a systématiquement augmenté chaque année au cours des dix dernières années. Par exemple, le volume total des exportations en 2023 s'élevait à 4,4 millions de litres, tandis que l'Arménie a considérablement élargi la géographie des exportations à environ trente à six pays.
Selon Zaruhi Muradyan, la directrice de la fondation Vine and Wine, une agence créée par le gouvernement arménien, le regain d'intérêt pour la vinification a commencé il y a 15 ans.

“Grâce à des investissements, certaines entreprises ont prouvé que l'Arménie avait un grand potentiel pour produire des vins de qualité. Et puis le renouveau a commencé et nos vins ont remporté des grands prix sur diverses plateformes internationales, honorant ainsi à la fois l'Arménie et les variétés et terroirs arméniens. Ainsi, au fil des années, l’intérêt des investisseurs a augmenté et ces dernières années, ils ont commencé à investir davantage dans l’industrie vitivinicole.”
Cependant, selon Muradyan, malgré le fait qu'à l'époque de l'Union soviétique, l'Arménie était définie comme un producteur de cognac en raison de son économie planifiée, les recherches scientifiques suggèrent que la vinification était répandue dans le pays depuis l'Antiquité.
Vinification ancestrale
Un pressoir à vin et des pots de fermentation datant d'il y a environ 6 000 ans ont été découverts dans une grotte d’Areni, dans le sud-est d’Arménie en 2011. Il s’agit de la trace la plus ancienne de vinification. Ce qui fait de l’Arménie le premier domaine viticole au monde.
Pour Victoria Aslanian, la PDG d'ArmAs, un établissement vinicole, il n’y a rien de surprenant à cela compte tenu des éléments qui composent la terre d’Arménie.
“Tout d’abord, nous sommes situés sur le quarante-cinquième parallèle, ce qui, dans le monde vitivinicole, est considéré comme « la magie de la quarante-cinquième. A cette latitude, le sol, qui est volcanique, est riche en minéraux qui nourrissent les raisins. Les hivers froids permettent au vin de se reposer. Les étés chauds permettent la maturation et les nuits d'été fraîches donnent un équilibre parfait sucré-acide,” détaille la directrice exécutive.

Arménie, pays de Cocagne
Grâce à un climat et une terre propice et beaucoup de dur labeur, l’Arménie a toutes les chances de fournir au niveau international des vins de la plus haute qualité. Selon Stefan Baghdasaryan, directeur exécutif de WinesofArmenia.com, les vins arméniens sont un nouvel arrivant sur la carte mondiale des vins.
“À l'heure actuelle, l'avantage concurrentiel réside dans la singularité des variétés, la singularité de leur profil aromatique, le nez : ce que le terroir arménien offre à ces variétés. Et si vous êtes amateur de vin aux États-Unis et que vous recherchez quelque chose de nouveau, les vins arméniens sont la nouveauté,” explique-t-il.

Manque de mains d’oeuvre dans le secteurs
Pourtant, ce ne sont pas les obstacles qui manquent pour atteindre cet objectif ambitieux. Les défis sont à la fois humains et économiques, voire politiques. Adam Ghaplanyan, un viticulteur qui a lancé l'entreprise de ses rêves seulement après sa retraite, estime que le potentiel de l'Arménie est immense, mais que les opportunités sont soit limitées, soit inexploitées, même si les choses évoluent année après année.
“Nous manquons de main d’œuvre. Il n’y a pas assez de monde dans le secteur du vin. Autrement dit, si mon vigneron démissionne, je ne pourrai pas le remplacer immédiatement. J'ai du mal à trouver des marketeurs ou bien des gens prêts à travailler dans les champs. Ce sont tous des défis. Pendant les vendanges et la production du vin, tout doit fonctionner comme une horloge, et l'Arménie n'est pas réputée pour sa ponctualité…,” regrette le viticulteur.

Diversification du marché
En surmontant les difficultés, l'Arménie et l'industrie vinicole arménienne génèrent des bénéfices sous la forme de nouveaux emplois, de programmes de formation, de développement économique et de tourisme, comme l’explique Victoria Aslanyan, mais les difficultés restent lourdes.
“En fait, les défis liés aux problèmes de logistique et aux marchés de vente sont nombreux. Quatre-vingts pour cent de notre production est exportée vers la Russie et nous sommes fortement dépendants du marché russe. Donc les problèmes politiques ont une forte influence, il y a de fortes fluctuations. Nous mettons donc en œuvre des programmes différents. Par exemple en Europe, nous avons loué un entrepôt, créé une plateforme en ligne pour que nos vins soient disponibles dans toute l'Europe,” explique-t-elle.

Pour Victoria Aslanyan, l’un des éléments cruciaux de la reconnaissance du vin arménien réside dans sa diaspora: “ C’est peut-être notre outil le plus puissant, et pas seulement la diaspora, mais en général les gens qui parlent arménien. Nous pourrons améliorer nos conditions en créant, exportant, vendant et surtout ayant une marque reconnaissable. Et par marque, j'entends l'Arménie, la reconnaissance du pays, et ensuite seulement le vin arménien.”
Par Anya Eganyan et Ani Paitjan
Civilnet











