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L'Azerbaïdjan établit un budget militaire record de 5 milliards de dollars

L'Azerbaïdjan établit un budget militaire record de 5 milliards de dollars

Par Vahram Revazyan, économiste et chercheur

Traduction par Ani Paitjan

La décision de l’Azerbaïdjan d’allouer un montant record de 5 milliards de dollars aux dépenses militaires dans son budget 2025 souligne un pari risqué dans un contexte d’incertitudes économiques. Cette augmentation intervient alors que le pays est aux prises avec une baisse des revenus pétroliers et la détérioration des marges budgétaires dans le budget pour soutenir les dépenses publiques.

Le budget 2025 prévoit des prix du pétrole à 70 dollars le baril, un niveau nettement supérieur aux références utilisées ces dernières années. Cette hypothèse laisse peu de marge pour absorber les chocs, en particulier compte tenu des prévisions du marché mondial qui suggèrent une offre excédentaire potentielle sur le marché pétrolier. Si les prix du pétrole tombent en dessous du niveau prévu, la stabilité budgétaire de l’Azerbaïdjan dépendra encore plus fortement de son Fonds pétrolier national (SOFAZ), qui fait déjà face à des difficultés financières. Notamment, les prévisions internationales pour les prix du pétrole en 2025 oscillent autour de 75 dollars le baril, ce qui indique que le budget ne comprend presque aucune marge de manœuvre. Si les prix du pétrole descendent en dessous de 70 dollars le baril, l’Azerbaïdjan pourrait être contraint d’augmenter encore les transferts du SOFAZ au budget de l’État.

Dépenses militaires à un niveau record

En octobre 2025, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a soumis au parlement un projet de budget de l’État qui allouait 4,9 milliards de dollars aux dépenses militaires, soit une augmentation d’un milliard de dollars par rapport au projet précédent du ministère des Finances. Cette charge supplémentaire est entièrement placée sur le Fonds pétrolier national d’Azerbaïdjan (SOFAZ), faisant passer sa contribution au budget de l’État de 7,5 milliards de dollars à 8,5 milliards de dollars. Selon le ministère des Finances, cette augmentation a été ordonnée par le président, invoquant la nécessité de répondre à « la militarisation accélérée de l’Arménie ».

Au cours des discussions parlementaires, le ministre des Finances Samir Sharifov a prévu une baisse des revenus pétroliers et gaziers en raison de l’épuisement des réserves. Il a également noté que l’augmentation du budget militaire provenait d’Aliyev lui-même, laissant entendre subtilement des inquiétudes quant à la durabilité de cette mesure. Le président de la Chambre des comptes d’Azerbaïdjan a exprimé des inquiétudes similaires, soulignant l’hypothèse sans précédent de prix du pétrole de 70 dollars le baril sous-jacent au budget, une augmentation marquée par rapport aux références de 50 et 60 dollars utilisées les années précédentes. Cette projection optimiste laisse peu de marge de manœuvre en cas de choc économique si les prix du pétrole chutent en dessous des attentes.

Risques économiques et dépendance au pétrole

La dépendance du gouvernement azerbaïdjanais à l’égard des prix élevés du pétrole pour équilibrer son budget souligne les vulnérabilités structurelles de son économie et sa forte dépendance aux exportations d’hydrocarbures. Alors que les revenus du pétrole et du gaz représentent actuellement près de la moitié du budget de l’État, la réduction prévue à 40 % d’ici 2028 ne se matérialisera probablement pas comme prévu. Au lieu de cela, la diminution attendue des transferts de revenus pétroliers au budget de l’État sera compensée par la dévaluation du manat, garantissant que les revenus liés au pétrole continueront de constituer environ 50 % des recettes budgétaires, bien qu’à taux de change ajustés.

A ces défis s’ajoute l’absence de marge financière dans le budget 2025. Au cours des années précédentes, les hypothèses prudentes concernant les prix du pétrole ont permis au gouvernement d’allouer des fonds supplémentaires lorsque les prix du marché dépassaient les attentes. Le budget 2025, cependant, réduit cette marge, augmentant le risque d’instabilité budgétaire si les prix du pétrole tombent en dessous des 70 dollars prévus le baril.

Environ 90 % des revenus pétroliers et gaziers de la SOFAZ proviennent du champ pétrolier Azeri-Chirag-Gunashli (ACG), dont la production devrait diminuer. Malgré une nouvelle plateforme visant à stabiliser l’extraction, la production du champ ACG chute plus rapidement que prévu. Les revenus de ce champ sont prévus à 4,5 milliards de dollars en 2025, avec 0,5 milliard de dollars supplémentaires en paiements de bonus, marquant la dernière année de ces paiements dans le cadre des contrats existants. À partir de 2026, la SOFAZ sera confrontée à une baisse de revenus encore plus marquée en raison d’une baisse accélérée de la production d’ACG.

Le budget officiel de la SOFAZ pour 2025 ne reflète qu’un déficit de 100 millions de dollars, qui semble être basé sur des hypothèses trop optimistes. Ce point de vue est corroboré par le fait que la Chambre des comptes d’Azerbaïdjan n’a pas publié son analyse détaillée habituelle des hypothèses budgétaires de la SOFAZ, telles que les prix projetés du pétrole et du gaz, qui ont été divulguées publiquement au cours des années précédentes.

Des défis socio-économiques croissants

La combinaison de la baisse des revenus pétroliers, de la dépendance croissante à l’égard de la SOFAZ et de l’augmentation des dépenses publiques crée une situation économique précaire pour l’Azerbaïdjan. La stratégie du gouvernement visant à augmenter les dépenses militaires dans ce contexte de défis fait écho à la mauvaise gestion qui a conduit à des turbulences économiques pendant la crise de 2014-2016, suivie d’une agression militaire contre le Haut-Karabakh en avril 2016. Avec la détérioration des réserves financières, le pays risque de subir d’importants chocs socio-économiques dans les années à venir.

Au-delà des défis économiques, plusieurs facteurs géopolitiques peuvent encourager l’Azerbaïdjan à agir de manière agressive contre l’Arménie. La présidence Trump pourrait réduire l’engagement des États-Unis dans le Caucase du Sud, les questions intérieures devenant prioritaires. Le durcissement attendu des sanctions américaines pourrait affaiblir l’influence régionale de l’Iran et sa capacité à maintenir des politiques proactives. La Turquie continue de soutenir les opérations militaires de l’Azerbaïdjan dans le cadre de sa stratégie visant à contrebalancer l’influence russe et iranienne. De plus, l’attention constante de la Russie sur l’Ukraine limite sa capacité à affirmer son influence dans le Caucase du Sud, ce qui pourrait donner à l’Azerbaïdjan l’occasion de poursuivre ses objectifs.

Conséquences pour l’Arménie

Le budget militaire croissant de l’Azerbaïdjan et ses vulnérabilités économiques, associés aux facteurs géopolitiques évoqués, créent un mélange instable qui pourrait accroître la probabilité d’un nouveau conflit avec l’Arménie. Bien que l’ampleur et la portée d’un tel conflit restent spéculatives, même des affrontements limités pourraient s’intensifier au-delà des escarmouches précédentes, comme celles observées en septembre 2022. Il est important de noter que le coût du lancement d’une attaque et de sa réussite a augmenté depuis ces affrontements, ce qui rend les actions militaires futures potentiellement plus difficiles.

Le budget 2025 de l’Azerbaïdjan, tout comme ses politiques fiscales en 2014, indique un pic dans le cycle économique. Après le ralentissement économique de 2014, l’Azerbaïdjan a eu recours à une escalade des tensions, un schéma qui pourrait se répéter si le cercle vicieux se répète. L’intensification de la militarisation depuis 2020 suggère un calcul stratégique à plus long terme, indiquant que l’Azerbaïdjan pourrait à nouveau utiliser le conflit comme un outil pour gérer les pressions économiques et politiques internes.

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