Près d’un an et demi après le déplacement forcé des habitants de l’Artsakh, certains d’entre eux sont toujours confrontés au problème de l’emploi. Certains ont trouvé un travail, d’autres sont contraints d’occuper des emplois non qualifiés, et d’autres encore n’ont rien trouvé du tout. CivilNet s'est entretenu avec des résidents de l'Artsakh qui peinent à trouver un poste.
Margarita Abrahamyan a enseigné pendant 16 ans la langue et la littérature arménienne en Artsakh. Elle a également travaillé dans le système bancaire en tant que comptable pendant trois ans. Après l’attaque et l’invasion de l’Azerbaïdjan sur le reste du territoire de l’Artsakh en septembre 2023, elle a été forcée à l’exil, tout comme les 100 000 autres Artsakhiotes.
Depuis, elle a postulé à de nombreux endroits en Arménie pour trouver du travail, mais en vain. “J’ai ensuite participé à plusieurs cours, allant de formations de soft skills aux formations de travailleur social, afin de répondre aux exigences du marché du travail actuel, mais cela n’a rien donné non plus”, explique Margarita.
Contrairement à cette dernière, Ruzanna Asryan, qui travaillait comme professeure de langue et littérature russes en Artsakh, a trouvé un emploi, mais bien loin de sa spécialité. Après avoir travaillé dans une boulangerie pendant un certain temps, elle travaille actuellement dans une épicerie.

“Les salaires des enseignants ici sont bas. Je voulais trouver un travail dans une école mais ils m'ont dit que je devais passer un examen et un test en arménien, lié à la constitution et au code du travail (Ruzanna a des difficultés à parler l’arménien, ndlr.), j'ai refusé. Je veux travailler dans ma spécialité, mais pas à l’école.”
Marine Khachatryan, 58 ans, a travaillé comme employée à l'hôpital pour enfants “Arevik” de Stepanakert (capital d’Artsakh, ndlr.)pendant 30 ans. Après son arrivée à Erevan, elle a fait la plonge dans un restaurant et a travaillé pendant un certain temps dans une usine de confiserie à raison de 14 heures de travail par jour. Selon ses dires, elle était incapable de travailler autant d’heures avec une charge de travail aussi lourde.
Situation de l'emploi des résidents d'Artsakh en Arménie
En réponse à une enquête de CivilNet, le Comité des recettes de l'État d'Arménie a signalé qu'entre le 19 septembre 2023 et le 21 janvier 2025, 28 737 personnes déplacées de l'Artsakh étaient enregistrées comme employés embauchés/sous contrat, mais en décembre, le nombre de résidents de l'Artsakh employés est de 21 824. Cela signifie que 6 913 des résidents d'Artsakh ayant un emploi ont quitté leur emploi. 3 032 salariés sont inscrits auprès des institutions administratives de l'État.
Selon le Comité des recettes de l'État, les habitants de l'Artsakh sont principalement impliqués dans les secteurs du commerce de gros et de détail, de la réparation d'automobiles et de motos, de la fabrication, de la construction, de l'éducation, des soins de santé et des services sociaux à la population. Au 21 janvier, le nombre de résidents de l'Artsakh qui sont entrepreneurs était de 1 415.
Le nombre de résidents de l'Artsakh employés par salaire:
Jusqu'à 250 euros/mois: 5 206 personnes
250 euros et plus: 16 618 personnes
Selon Metakse Hakobyan, ancienne députée de l'Assemblée nationale de l'Artsakh, ces chiffres créent un malentendu sur l'emploi des résidents de l'Artsakh. Si, par exemple, une personne dans une famille de cinq personnes travaille et reçoit plus de 250 euros, disons 495 euros, alors la famille ne peut pas et “payer le loyer et couvrir ses frais de subsistance”.

Selon Metakse Hakobyan, l’une des raisons pour lesquelles les habitants de l’Artsakh ne trouvent pas de travail réside dans leur incapacité à répondre aux exigences du secteur privé.
“Environ 70% des personnes valides en Artsakh travaillaient dans le secteur public, et aujourd'hui les capacités de ces personnes sont adaptées au travail dans le système public. Même dans le cas d'un comptable ou d'un avocat, les exigences du secteur privé sont différentes de celles du secteur public”, explique Metakse Hakobyan, soulignant également l'obstacle que représente l'obligation d'obtenir la citoyenneté, tant dans le service militaire que dans le secteur public.
Dans quelle mesure les programmes du gouvernement visant à fournir des emplois aux habitants de l’Artsakh sont-ils efficaces?
Le ministère du Travail et des Affaires sociales d'Arménie a mis en œuvre deux programmes d'emploi pour les résidents de l'Artsakh.
Le principal programme est le programme “Soutien à l’organisation de formations de courte durée et à l’acquisition d’une expérience professionnelle pour les personnes déplacées de force du Haut-Karabakh en 2023”, auquel ont participé 1 800 habitants de l’Artsakh. Ce programme se poursuivra en 2025.
En 2024, le programme “Restauration du niveau de vie des réfugiés du Haut-Karabakh et des plus vulnérables de leurs communautés d'accueil” a également été mis en œuvre, dans le cadre duquel 106 bénéficiaires ont reçu un soutien pour acquérir une expérience professionnelle.
Selon le vice-ministre du Travail et des Affaires sociales Ruben Sarkissian, les indicateurs parlent de l'intégration continue des résidents de l'Artsakh. Selon lui, si l'on prend également en compte le modèle d'emploi direct des habitants de l'Artsakh, au total, 5 588 habitants de l'Artsakh ont trouvé un emploi grâce à ces programmes.
Par Siranush Adamyan
Traduction par Ani Paitjan
Civilnet











