“Le groupe de Minsk de l’OSCE doit être préservé à tout prix,” a déclaré le second président d’Arménie, Robert Kocharian lors d’une conférence de presse le 17 février. “Si le Groupe de Minsk est dissous maintenant, il sera extrêmement difficile de mettre en place un nouveau format international,” a-t-il poursuivi.
Il a qualifié de “folie” le fait de prendre, dans un monde en pleine mutation, des mesures qui pourraient causer des pertes irréparables au processus de négociation.
“Qu’est-ce qui vous dérange dans le Groupe de Minsk dans son état actuel? C'est un format de négociation, qu'il le reste. Si un autre format de négociation est créé, alors que celui-ci soit dissous”, a déclaré Kocharyan.
Après la guerre du Karabakh de 2020, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a demandé à plusieurs reprises à l’OSCE de dissoudre le groupe de Minsk. En 2024, Aliyev a déclaré spécifiquement : “ La partie azerbaïdjanaise a soulevé cette question et il n’y a aucune raison pour que la partie arménienne ne soit pas d’accord.”
En janvier 2025, Nikol Pashinyan a également annoncé que la République d’Arménie était prête à envisager la possibilité de demander à l’OSCE de dissoudre le Groupe de Minsk.
Le Groupe de Minsk de l’OSCE est la principale assemblée de résolution du conflit du Karabakh depuis 1992. Plusieurs options pour résoudre le conflit ont été présentées grâce à la médiation des trois pays coprésidents du Groupe de Minsk : la Russie, les États-Unis et la France.
Kocharian a affirmé que même si la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan est théoriquement possible, le cadre actuel des négociations ne permet pas d’aboutir à une solution véritable et durable. Selon lui, l’un des plus grands défis est que l’Arménie négocie avec l’Azerbaïdjan sans médiateur. “Aucun État ne garantira en fin de compte l’accord de paix”, a déclaré Kocharian.
Le plan Lavrov : une occasion manquée
Kocharian a affirmé qu’en 2019, le Premier ministre Nikol Pachinian avait ignoré une “proposition intéressante” qui constituait une offre acceptable et avait en fait déclaré qu’il “souhaitait partir de zéro”.
Kocharian fait référence à une proposition faite par la Russie en 2019 concernant le règlement de la question du Karabakh, connue sous le nom de “plan Lavrov”.
Le “plan Lavrov », baptisé du nom du Ministres des Affaires étrangères russe qui l’avait élaboré, proposait de restituer d’abord cinq districts adjacents à l’Azerbaïdjan, puis les deux autres, sans garantie d’un futur référendum. Il prévoyait également le déploiement de forces de maintien de la paix exclusivement russes le long des frontières administratives de l’ancien Oblast autonome du Haut-Karabakh (NKAO) et du corridor reliant le Karabakh à l’Arménie, ainsi que le déblocage des liaisons de transport.
Auparavant, les principes de Madrid de 2007, présentés par les médiateurs du groupe de Minsk de l’OSCE, et le plan de Kazan de 2011 envisageaient de déterminer le statut juridique final du Haut-Karabakh par le biais d’un référendum basé sur la composition ethnique de 1988. Dans le cadre du plan Lavrov, la date du référendum était laissée à une date indéterminée. L’Azerbaïdjan a insisté sur le fait qu’un tel référendum ne pouvait violer sa constitution.
Le troisième président Serge Sarkissian n’a effectivement pas accepté le plan Lavrov, refusant de le faire après la guerre des quatre jours de 2016 au Karabakh. Cependant, plus tard (après avoir perdu le pouvoir et suite à la défaite de l’Arménie dans la deuxième guerre du Karabakh) il avait déclaré que s’il avait encore été au pouvoir il aurait finalement accepté le plan Lavrov.
Lors d’une séance de l’Assemblée nationale mercredi dernier, Nikol Pashinyan a admis pour la première fois qu’un document était sur la table des négociations en 2019.
“Ce qui a été mis sur la table en juin 2019 était le résultat et le résumé des négociations menées avant moi. Le titre du document indiquait clairement : « Présidents d’Arménie et d’Azerbaïdjan”, a-t-il déclaré, soulignant qu’il “n’a jamais été président de l’Arménie”.
Au cours de la conférence de presse d’aujourd’hui, Robert Kocharian a exprimé sa conviction qu’en rejetant cette proposition et en déclarant qu’il entamait les négociations de “son propre point de vue”, Pachinian avait conduit les pourparlers dans une impasse.
Kocharyan a fait valoir qu’à l’époque, une excellente occasion s’était présentée et que cela aurait permis d’entamer des négociations. Qu’elles auraient ou non donné des résultats était une autre question, mais il y avait une chance d’éviter la guerre.
Selon Kocharian, Nikol Pashinyan a continué à mener une politique erronée même après la défaite de l’Arménie dans la guerre de 2020, qui a finalement conduit à la perte du Haut-Karabakh.
Kocharian estime que la plus grave erreur de Pachinian a été de reconnaître le Karabakh comme faisant partie de l’Azerbaïdjan lors des négociations sous la médiation de l’UE à Prague en octobre 2022.
“C’était à un moment où la Russie était confrontée à des revers en Ukraine. Avec cette décision, selon moi, le mandat de médiation de la Russie a été annulé. La Russie était le médiateur sur la question du Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en vertu de la déclaration du 9 novembre”, a noté Kotcharian.
En réponse aux observations selon lesquelles la Russie n’avait pas fourni de soutien à l’Arménie avant même la déclaration de Prague, malgré les attaques répétées contre le territoire souverain arménien par l’Azerbaïdjan – notamment en septembre 2022 – Kocharian a déclaré : Personne ne peut dire que l’Arménie n’a jamais officiellement approché la Russie dans le cadre de relations bilatérales.”
“Nous avons nous-mêmes discrédité l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective). C’est nous qui avons engagé des poursuites pénales contre [l’ancien secrétaire général de l’OTSC, ndlr.] Iouri Khachaturov. L’attitude générale envers l’OTSC était inacceptable”, a-t-il déclaré.
Après la révolution de 2018 en Arménie, une procédure pénale a été engagée contre le secrétaire général de l’OTSC de l’époque, Iouri Khachaturov, concernant la violente répression des manifestations à Erevan après les élections présidentielles de 2008, alors qu’il était chef d’état-major général des forces armées arméniennes.
Traduction par Ani Paitjan
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