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En Arménie, un enfant sur quatre est en surpoids

En Arménie, un enfant sur quatre est en surpoids

Les enfants arméniens ne sont pas épargnés par l’un des maux du 21ème siècle; le surpoid. 

Dans un de ces articles, le média arménien Ampop Media revient sur le fléau mondial de l'obésité qui touche désormais les enfants arméniens. 

Il y a un an, le 4 mars 2024, à l’occasion de la Journée mondiale de l’obésité, le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe publiait cinq tendances en matière de surpoids et d’obésité chez les enfants des écoles primaires de la Région européenne.

Pour analyser ces tendances, l’OMS s’est appuyée sur les dernières données d’enquête sur l’obésité infantile de 33 pays, dont l’Arménie. L’étude a été menée auprès d’environ 411 000 enfants.

Dans les pays étudiés, dont l'Arménie, un enfant sur dix âgé de 6 à 9 ans ne mange pas de légumes ou en mange moins d’une fois par semaine. Seulement 43 % des enfants mangent des fruits frais tous les jours.

Le docteur en nutrition David Pipoyan, soulignant le rôle déterminant des mauvaises habitudes alimentaires dans le surpoids et l'obésité, recommande d'éviter l'abus de boissons gazeuses et surtout énergisantes, ainsi que d'aliments contenant du sel, du sucre et des graisses.

Les études scientifiques attestent que les enfants et les adolescents deviennent accros aux aliments ultra-transformés, c'est-à-dire aux aliments qui ont subi plusieurs étapes technologiques et qui contiennent du sel, du sucre, des graisses et divers additifs, notamment divers types de jus de fruits, de hamburgers, etc.

Et en Arménie, où la fameuse hospitalité arménienne est une question de principe, il faut à tout prix nourrir en abondance.

Une étude similaire  à celle de l’OMS a été menée en Arménie en 2019. Le centre médical d’Arabkir en est l’instigateur. Des filles et des garçons âgés de 7 à 8 ans ont été sélectionnés au hasard dans toutes les régions de la république. Selon les constats, 27,7 % des enfants de cet âge, soit un enfant sur quatre, sont en surpoids et 12,5 % d’entre eux sont obèses.

Marina Melkumova, coordinatrice des programmes de santé pour adolescents ausein du centre, note que le surpoids est plus aigu chez les garçons, parmi lesquels le problème est de 30%, et chez les filles de 25%.

“Ce qui est plus inquiétant, c'est que seulement 10% des parents d'enfants en surpoids ou obèses pensent et acceptent que leur enfant a réellement un problème de poids”, note le médecin.

Développer des habitudes alimentaires saines et être constant dans ce sens

“Les experts recommandent de se débarrasser de la croyance populaire selon laquelle « si vous pesez plus, vous perdrez du poids”. Au contraire, Melkumova insiste sur la formation de comportements alimentaires appropriés dès le plus jeune âge, au sein de la famille.

“J’ai vu des élèves de l’école primaire boire du soda dans la cour de l’école plusieurs fois le matin. Si ce même enfant voit des fruits et légumes coupés en tranches sur la table dès son plus jeune âge et les emmène à l'école avec lui, et pas nécessairement des bonbons, de la restauration rapide ou des boissons gazeuses, nous aurons des chiffres complètement différents", assure le médecin.

La nutritionniste estime que de bonnes habitudes alimentaires doivent être acquises dès la maternelle et l’école, mais elle voit ici un problème systémique.

“De nombreuses écoles ne disposent pas de cafétérias adéquates où les enfants peuvent manger des aliments sains. De plus, les pauses ne sont pas calculées de manière à ce qu'il ait le temps de manger un en-cas adéquat.”

Le rôle de la famille est essentiel dans cette affaire. Habituellement, dans les familles où des aliments exceptionnellement sains sont mis sur la table et où tout le monde mange des aliments sains, l'enfant acquiert automatiquement des comportements alimentaires corrects.

“Depuis 2005, nous menons une enquête sur les comportements de santé auprès des enfants en âge scolaire. Selon les résultats obtenus, la moitié des personnes interrogées ne prennent pas de petit-déjeuner. C’est sans aucun doute un échec de la famille,” déclare Melkumova.

Les mauvaises habitudes alimentaires sont la principale cause, mais pas la seule, du surpoids et de l’obésité. Dans certains cas, le problème peut être héréditaire, la conséquence d’une maladie ou, plus fréquemment, dû à l’inactivité physique.

Il a été scientifiquement prouvé que si l’un des parents est obèse, la probabilité que l’enfant soit en surpoids est de 40 %. Si les deux parents souffrent d’obésité, la probabilité atteint 70%.

Selon Mariam Mnatsakanyan, organisatrice en chef du Département de la santé publique du ministère de la Santé, 70% des décès prématurés chez les adultes sont liés au comportement alimentaire dans leur scolarité. 

L’industrie alimentaire et la publicité alimentaire jouent également un rôle important. Les adolescents d'aujourd'hui, mais les adultes aussi, ont souvent recours au fast food. Depuis la chute de l’Union soviétique et l'entrée dans le capitalisme, les habitudes alimentaires des Arméniens ont très vite basculées vers l’alimentation rapide. Entre shawarma, boissons extra-sucrés et burgers, la malbouffe a la part belle dans les rues du pays.

Il n’est pas possible d’interdire l’utilisation de cette industrie, mais il est possible de contrôler et d’imposer l’utilisation de moins de sel, de sucre et d’huile, et d’avoir et d’offrir des options alimentaires plus saines.

Dans une interview accordée à Ampop Media, Mariam Mnatsakanyan a particulièrement souligné le rôle négatif de la publicité destinée aux enfants : “Beaucoup de gens pensent que la crème glacée est destinée aux enfants, mais la crème glacée est l'un des aliments les plus nocifs qui ne devraient pas faire l'objet de publicité, elle ne devrait pas être destinée aux enfants.”

Selon une étude menée en 2021 l’organisation The European Consumer Organisation, 65 % des publicités destinées aux enfants concernent des produits interdits aux enfants. “On y trouve de la publicité pour des aliments malsains qui, selon l'OMS, ne sont pas autorisés auprès des enfants”, explique la représentante du ministère de la Santé.

Les experts estiment que la publicité pour les bonbons, les boissons gazeuses sucrées et les aliments riches en sel et en matières grasses devrait être sévèrement restreinte.

Selon Mnatsakanyan, comme ce secteur n'est actuellement pas réglementé par la législation du pays, le ministère de la Santé a lancé l'élaboration d'un projet de loi qui réglementerait ce secteur. Selon elle, les normes alimentaires scolaires ont déjà été révisées et, à l'avenir, il est prévu de passer à la loupe également les normes alimentaires servies dans les établissements préscolaires. Les normes scolaires étaient assez anciennes et ne reflétaient pas la situation actuelle. Par exemple, les caramels et le lait concentré étaient autorisés, alors qu'ils ont une teneur en sucre très élevée.

Chaque année, l’État alloue environ 100 millions de drams à la mise en œuvre de mesures visant à promouvoir un mode de vie sain.

Le ministère de la Santé mène également des campagnes de sensibilisation et un groupe de promotion d’un mode de vie sain a déjà été mis en place dans plusieurs écoles.

Cependant, l’inactivité physique, en particulier le fait de passer des heures au téléphone au lieu de jouer dehors, de regarder la télévision ou de mener une vie sédentaire, est un terrain fertile pour le surpoids ou l’obésité. Dans de nombreux cas, en plus des problèmes de santé, ces enfants ont également des problèmes psychologiques et développent des complexes.

L'éducatrice et psychologue Zaruhi Manukyan accorde une grande importance au facteur de l'activité physique. Selon elle, l’utilisation d’un téléphone dès le plus jeune âge limite le mouvement et provoque un dérèglement émotionnel chez l’enfant, et lorsque l’harmonie du développement émotionnel et mental d’un individu est perturbée, le métabolisme l’est également.

L'activité physique, le véritable jeu, a diminué. Les enfants du 21ème siècle mangent beaucoup et bougent peu. Les familles qui ne se soucient pas de l'équilibre alimentaire de leur enfant, qui le distraient avec des dessins animés et le forcent à dîner, ne réalisent peut-être pas à quel point ces comportement nuisent à leur progéniture. De nombreux facteurs peuvent affecter le métabolisme d'un enfant, notamment une ambiance familiale malsaine et tendue.

Pour éviter qu'un enfant ou un adolescent ne soit confronté à de tels phénomènes indésirables, il est temps pour le gouvernement de changer les habitudes des enfants mais cela n’est possible que s’il y a un changement dans le comportement et la mentalité des parents, premiers responsables du bien-être de leurs enfants.

Par Ani Paitjan

Source: Ampop Media

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