Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Noël Barrot, a reçu son homologue turc, M. Hakan Fidan, le 2 avril.
Cette rencontre était l’occasion pour les deux parties d’aborder les questions d'actualité internationale telles que la guerre Russie-Ukraine, les violences dans le Moyen-Orient et la stabilité dans le Caucase.
En ce qui concerne le Caucase, les ministres ont tous deux appuyé sur le fait que la normalisation des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan devait assurer à la région un avenir de paix, d’intégration et de coopération. Et ce, “dans le respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté des deux Etats”.
Ce même jour, lors de son audition à la Commission des Affaires étrangères, Monsieur Barrot avait déclaré:
“Nous avons salué l’annonce de l’aboutissement des négotiations sur le traité de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Plus rien ne s’oppose à sa signature. D’ici là, la France continuera à soutenir indéfectiblement la résilience et la souveraineté de l’Arménie. La détermination du gouvernement de Nikol Pachinian à maintenir le cap de l’indépendance, de la démocratie et de la paix est remarquable alors que la Russie ne cache pas son hostilité.
Dans ce contexte, nous suivons avec attention les procès d’intention dans le Haut-Karabakh qui a débuté le 17 janvier au tribunal militaire de Bakou et nous prêtons une attention tout particulière aux inquiétudes des organisations des droits de l’homme quant à l’équité des procès et au traitement des accusés. Nous appelons à la libération de tous les détenus arbitraires en Azerbaïdjan et formons le vœu que le processus de normalisation entre les deux pays permette la libération des prisonniers et des détenus.”
Lors de son audition devant l’Assemblée nationale, a déclaré que la nouvelle exigence de l’Azerbaïdjan d’une révision de la Constitution de l’Arménie “n’est pas acceptable et retarde la signature alors que le processus diplomatique a connu une avancée majeure avec l’accord des deux parties.”
Le 13 mars dernier, les ministres azerbaïdjanais et arméniens des Affaires étrangères avaient annoncé que les négociations sur le texte du traité de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie étaient achevées. Deux points restaient en suspens: le retrait des observateurs de l’UE de la frontière arméno-azerbaïdjanaise et de la renonciation mutuelle aux revendications devant les instances internationales. Ces exigences posées par Bakou ont été acceptées par Erevan.
Après cette annonce, le ministre des Affaires étrangères azerbaïdjanais, Jeyhun Bayramov, avait annoncé qu’il espérait que l’Arménie accepte, en outre deux préconditions: que l’Arménie supprime de sa Constitution une référence à la région du Karabakh et la dissolution du groupe de Minsk, en charge depuis 1992 de la résolution pacifique du conflit.
“En parallèle se poursuivent les procès des Arméniens du Haut-Karabakh. La France, mais aussi l’UE qui s’est rendue lors d’une mission dans la région, suit la situation de toutes les personnes détenues arbitrairement avec attention et appelle à leur libération dans le cadre du processus de normalisation en cours. Le Sud-Caucase doit devenir un espace de paix et de prospérité. L’UE peut jouer un rôle pour contribuer à l’ouverture des frontières, au désenclavement de cette région au bénéfice des populations de la région. C’est pourquoi nous appelons au respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale dans le cadre de ce traité de paix entre ces deux pays, ” a poursuivi Barrot.
Officiellement, l’Azerbaïdjan détient actuellement 23 prisonniers de guerre et détenus arméniens. Ils ont été capturés après l’attaque éclair de l’Azerbaïdjan en septembre 2023 sur la petite république de l’Artsakh, qui a conduit à l’exil forcé de plus de 100 000 Arméniens de leur terre.
L’Azerbaïdjan n’a pas perdu de temps pour répondre aux déclarations du ministre français. “Nous rejetons fermement les allégations formulées par le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères,” a Aykhan Hajizadeh, porte-parole du ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères, selon APA, l’agence de presse azerbaïdjanaise.
“Remettre en question la demande légitime de modification de la Constitution arménienne, qui contient des revendications territoriales azerbaïdjanaises, débattues depuis deux ans et demi, tout en la présentant comme une nouvelle condition préalable, est inacceptable. Si la France, comme elle le prétend, soutient effectivement la signature rapide d'un accord de paix, elle devrait encourager l'Arménie à prendre les mesures appropriées,” a-t-il poursuivi.
En ce qui concerne les prisonniers arméniens, Hajizadeh a répliqué que l’Azerbaïdjan était dans son droit d’enquêter sur “les crimes et de les poursuivre.”
Et d’ajouter que Bakou “exige de la France qu'elle mette fin à ses actions qui nuisent à la paix et compromettent la stabilité dans la région.”
Par Ani Paitjan
Civilnet











