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“Large potentiel de normalisation avec la Turquie”, selon le ministre arménien des Affaires étrangères

“Large potentiel de normalisation avec la Turquie”, selon le ministre arménien des Affaires étrangères

Antalya, Turquie – En marge du Forum diplomatique d'Antalya, qui s'est tenu du 11 au 13 avril, le correspondant de CivilNet, Arshaluys Mghdesyan, s'est entretenu avec le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan. Ils ont abordé les relations entre l'Arménie et la Turquie, le processus de paix avec l'Azerbaïdjan, actuellement au point mort, et les perspectives de coopération régionale.

Mirzoyan a déclaré que les perspectives d'engagement entre l'Arménie et la Turquie allaient bien au-delà du simple rétablissement des relations diplomatiques. Il a souligné qu’il y avait des progrès dans la coopération technique, les intérêts régionaux communs et la reprise du dialogue, même si des questions demeurent non résolues.

Sa rencontre avec le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a porté sur l'état d'avancement des efforts de normalisation. Si certains accords ont déjà été mis en œuvre, comme les évaluations conjointes des infrastructures frontalières de Margara-Alijan et la coopération pour la restauration du pont historique d'Ani, d'autres, comme l'ouverture de la frontière terrestre aux ressortissants de pays tiers et aux détenteurs de passeports diplomatiques, restent lettre morte.

Mirzoyan s'est néanmoins montré optimiste quant au processus. ‘Il ne s'agit pas d'un engagement minimal ou d'une simple coexistence. Il existe une compréhension commune de la possibilité d'une coopération à bien plus grande échelle, dans les domaines économique, des transports et même de l'énergie”, a-t-il déclaré. Il a également noté que sur certaines questions internationales, notamment celles concernant le Moyen-Orient, l'Arménie et la Turquie partagent des points de vue étonnamment similaires.

Mirzoyan a reconnu que le rythme de la normalisation a parfois été influencé par le processus de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, que la Turquie suit de près. Il a toutefois affirmé que l'évolution des relations arméno-turques ne devait pas dépendre de l'évolution de la situation avec l'Azerbaïdjan. ‘Nous pensons que l'amélioration des relations arméno-turques aura une influence positive sur le processus arméno-azerbaïdjanais, et non l'inverse.”

Mirzoyan a également rencontré le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères, Jeyhun Bayramov, à Antalya. Il s'agissait de leur première rencontre depuis que les deux gouvernements ont confirmé publiquement début mars leur accord sur le texte d'un traité de paix. Il a déclaré que la conversation avait réaffirmé les positions des deux parties, mais n'avait abouti à aucune avancée.

Il a souligné que le traité de paix, une fois signé et ratifié, ne serait que le début d'un processus de normalisation plus large. L'accord prévoit la création d'une commission bilatérale chargée de surveiller la mise en œuvre et de résoudre les différends. “Des défis surgiront, mais le traité posera les bases d'une gestion conjointe”, a-t-il déclaré.

Bakou a toutefois conditionné sa volonté de signer à deux exigences : la dissolution du Groupe de Minsk de l'OSCE et des modifications constitutionnelles en Arménie. Le Groupe de Minsk de l'OSCE, co-présidé par les États-Unis, la France et la Russie dans le cadre de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a été créé au début des années 1990 comme instance officielle de médiation internationale pour résoudre le conflit du Haut-Karabakh. Bien que largement inactif ces dernières années, il demeure une structure politiquement sensible.

Mirzoyan a déclaré que l'Arménie était prête à poursuivre la dissolution officielle du groupe conjointement avec l'Azerbaïdjan une fois le traité signé, car le groupe n'aurait plus aucun rôle à jouer. Concernant les modifications constitutionnelles, il a rejeté les allégations selon lesquelles la Constitution arménienne contiendrait des revendications territoriales contre l'Azerbaïdjan, invoquant plutôt les documents fondateurs azerbaïdjanais faisant référence à des revendications contre l'Arménie.

Il a indiqué que le traité serait examiné par la Cour constitutionnelle arménienne et s'est dit confiant que la Cour le jugerait conforme à la Constitution, citant une décision similaire rendue en 2023 sur la démarcation des frontières.

Malgré le texte convenu, aucune date n'a été fixée pour la signature du traité. « Nous sommes prêts à le faire prochainement », a déclaré Mirzoyan. « Bakou ne fait pas preuve de cette volonté de réciprocité. »

Interrogé sur l'impasse dans laquelle se trouvait le processus, il a rejeté l'idée d'une impasse. « Tout sera mis en œuvre pour éviter une telle issue », a-t-il déclaré, soulignant l'approche constructive de l'Arménie, notamment ses propositions visant à débloquer les axes de transport régionaux.

Il a présenté un plan selon lequel chaque pays conserverait sa souveraineté sur ses infrastructures tout en accordant à l'autre l'accès au réseau ferroviaire. L'Arménie, a-t-il indiqué, a proposé à l'Azerbaïdjan l'utilisation des routes passant par Meghri, avec des contrôles aux frontières simplifiés, des systèmes de scannage modernes, des wagons scellés, des déclarations douanières électroniques et des mécanismes d'assurance pour répondre aux préoccupations de sécurité. Bien que l'Azerbaïdjan ait initialement réagi positivement, Mirzoyan a déclaré que les derniers signaux en provenance de Bakou étaient plus « calmes », sans explication claire.

« Nous devons rester engagés », a-t-il déclaré. « Le dialogue, aussi difficile soit-il, est la seule voie à suivre.»

L'Arménie et la Turquie ont entamé des négociations officielles de normalisation début 2022, après des années de fermeture des frontières et de relations glaciales résultant de différends historiques et du conflit du Haut-Karabakh. Depuis, des envoyés spéciaux ont tenu plusieurs cycles de négociations, aboutissant à des progrès limités, notamment des accords visant à rétablir le fret aérien direct et à préparer une éventuelle ouverture des frontières. Cependant, le processus reste fragile et lent, la Turquie liant son rythme à l'évolution des relations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Par Elene Muradyan

Traduction par Ani Paitjan

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