Par Ani Paitjan
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a, pour la première fois ce mardi, déclaré qu’il reconnaissait le génocide perpétré par l’Empire ottoman contre les Arméniens, les Assyriens et les Grecs au début du XXe siècle, rapporte The Times of Israel.
Interrogé par le podcasteur Patrick Bet-David sur les raisons pour lesquelles Israël ne reconnaît toujours pas le génocide arménien, Netanyahou a répondu :
« Je pense que nous le reconnaissons. La Knesset a adopté une résolution à ce sujet », bien que cette résolution n’ait jamais eu force de loi.
À la question de savoir pourquoi aucun Premier ministre israélien ne l’avait encore reconnu, il a répliqué :
« Je viens tout juste de le faire. Voilà. »
La résolution du Knesset a-t-elle une force légale?
Le Knesset, le Parlement israélien, n’a pas officiellement reconnu le génocide arménien avec la force d’une loi, malgré plusieurs discussions et résolutions symboliques au fil des années.
Le Knesset a organisé plusieurs débats et adopté des résolutions non contraignantes reconnaissant les événements de 1915 comme un génocide. Toutefois, ces textes n’ont aucune valeur légale et ne constituent pas une reconnaissance officielle par l’État israélien. Ces résolutions restent donc symboliques.
Pressions de la Turquie
La position du gouvernement israélien a été depuis toujours plutôt claire, ignore la reconnaissance du génocide des Arméniens. Le pouvoir exécutif israélien, notamment le ministère des Affaires étrangères et le cabinet du Premier ministre, a historiquement évité d’adopter une position officielle sur la question, principalement pour préserver ses relations diplomatiques et stratégiques avec la Turquie et l’Azerbaïdjan.
Certaines tentatives ont été lancées comme en juin 2018. Le Knesset était sur le point d’organiser un vote officiel sur la reconnaissance du génocide arménien. Cette proposition avait été portée par des députés de plusieurs partis, notamment de l’opposition, et bénéficiait d’un large soutien au sein de la société civile israélienne et même dans certains cercles politiques.
Le vote prévu a été annulé à la dernière minute, officiellement sous la pression du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Plusieurs facteurs géopolitiques ont été mis en avant. Parmi ceux-ci, les relations sensibles avec la Turquie. Malgré des tensions, Israël cherchait encore à maintenir un canal diplomatique avec Ankara, notamment pour des raisons commerciales et sécuritaires.
À ce jour, seuls 34 gouvernements dans le monde ont officiellement reconnu le génocide arménien.
Pendant de nombreuses années, Israël a considéré Ankara comme un partenaire stratégique en matière commerciale et, parfois, sécuritaire. Cela expliquait en partie sa réticence à reconnaître officiellement le génocide. Israël faisait ainsi partie de la majorité silencieuse.
Mais dans le contexte du génocide à Gaza, les relations entre les deux pays ont atteint un niveau historiquement bas. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan est perçu comme un soutien ouvert du Hamas et l’un des principaux détracteurs d’Israël sur la scène internationale.
Relations étroites avec l'Azerbaïdjan
Enfin, les relations étroites entre Israël et l'Azerbaïdjan pèsent dans la balance de la non-reconnaissance. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont devenues l’un des partenariats les plus stratégiques et discrets du Caucase. Fondées sur une coopération énergétique et militaire intense, elles permettent à Israël de recevoir plus de 60 % de son pétrole via Bakou, tandis que l’Azerbaïdjan bénéficie d’un accès privilégié aux technologies de défense israéliennes, notamment des drones et des systèmes de surveillance sophistiqués.
Cette alliance s’étend également au renseignement : la position géographique de l’Azerbaïdjan en fait un point d’observation clé pour Israël face à l’Iran.
Cette relation, mutuellement avantageuse mais hautement sensible, explique en grande partie pourquoi Israël évite encore aujourd’hui de reconnaître officiellement le génocide arménien, par crainte de compromettre un partenariat régional vital.
The Times of Israel souligne également qu’en Israël, beaucoup estiment que le caractère unique de la Shoah empêche la reconnaissance du génocide arménien. Ils craignent que cette reconnaissance place l’extermination d’un tiers des Juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale au même rang que d’autres génocides commis au cours de l’Histoire.
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