Clap de fin pour le Groupe de Minsk: Le président de l'Artsakh cela ne signifie pas la fin de la petite république

Par Ani Paitjan
Le président de l'Artsakh, Samvel Shahramanyan, a déclaré lundi que tous les pouvoirs de la république non reconnue – législatif, exécutif et judiciaire – continuaient d'exister et que la question de l'élection d'un président « n'était pas close ».
S'exprimant au cimetière militaire de Yerablur à Erevan lors d'une cérémonie marquant le 34e anniversaire de la déclaration d'indépendance du Haut-Karabakh, Shahramanyan a déclaré aux journalistes que « si nécessaire, nous réglerons la question [de l'élection d'un président] ».
Shahramanyan a été élu président le 9 septembre 2023, après un amendement constitutionnel permettant à l’Assemblée nationale de choisir le chef de l’État au lieu d’élections directes. Il succède à Arayik Harutyunyan, élu au suffrage universel en avril 2020 mais qui démissionne trois ans plus tard.
Actuellement, le parlement en exil d’Artsakh ne tient pas de sessions, tandis que le gouvernement arménien maintient qu’il n’existe qu’un seul gouvernement légitime sur son territoire : celui de la République d’Arménie.
Shahramanyan a réaffirmé que le droit des Arméniens du Karabakh à revenir demeure fondamental. Après un blocus de neuf mois, l’Azerbaïdjan lance une offensive militaire en septembre 2023, entraînant l’exode de toute la population arménienne du Haut-Karabakh. «Notre droit de retourner dans notre lieu de naissance, notre patrie, n’est pas sujet à négociation », a-t-il affirmé.
Il a souligné que les autorités arméniennes comme la communauté internationale ont des responsabilités dans la garantie de ce droit.
Le Premier ministre Nikol Pachinian a toutefois déclaré que le retour des Arméniens du Karabakh ne figurait pas dans son agenda politique, affirmant que leur avenir se trouve en Arménie.
Les propos de Shahramanyan interviennent alors que la communauté internationale reconnaît le droit au retour de la population déplacée. En mars 2025, le parlement suisse a adopté une résolution contraignante demandant au gouvernement d’accueillir un forum de paix sur le Haut-Karabakh, avec pour objectif explicite de garantir le « retour sûr, collectif et digne » des Arméniens sur leur terre natale. Cette initiative a conduit à la formation d’un comité parlementaire de 19 membres chargé de développer des mécanismes de retour.
Le Parlement européen a également soutenu ce principe dans deux résolutions adoptées en 2024, tandis que la Cour internationale de Justice a statué en novembre 2023 que l’Azerbaïdjan devait permettre le « retour sûr, sans entraves et rapide » des Arméniens déplacés.
L’initiative menée par la Suisse commence à prendre de l’ampleur internationale. Plus de 110 membres du Parlement britannique l’ont soutenue en juin 2025, insistant sur la nécessité de protéger les droits et le patrimoine de la population déplacée. Le 1er juillet, des parlementaires suisses ont informé des membres du Congrès américain de l’initiative de paix, affirmant que le retour des Arméniens du Karabakh n’était pas seulement une question juridique mais aussi une exigence morale.
Mais un retour des Arméniens sur leur terre est-il réaliste? Probablement pas au vu de la situation actuelle.
Aujourd’hui, sans mécanisme accepté par l’Azerbaïdjan, sans présence internationale et avec une réinstallation azerbaïdjanaise en cours, le retour des Arméniens exigé politiquement par le Parlement européen reste hautement improbable à court terme, malgré l’obligation posée par la Cour internationale de justice.
Dissolution du Groupe de Minsk
Le dirigeant d’Artsakh a également commenté la dissolution du Groupe de Minsk de l’OSCE, l’organe qui avait assuré la médiation des négociations sur le conflit du Haut-Karabakh pendant plus de trois décennies. Le Conseil ministériel de l’OSCE a voté à l’unanimité, le 1er septembre, pour mettre fin au processus, à la demande conjointe de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Cette décision a suivi la déclaration du 8 août, négociée par les États-Unis à Washington, et signée par Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliev, parallèlement à l’initialisation d’un accord de paix bilatéral.
La présidente en exercice de l’OSCE, Elina Valtonen, a salué cette décision comme un « accord historique », tandis que le secrétaire général Feridun H. Sinirlioğlu l’a présentée comme la preuve de ce que la diplomatie peut accomplir. Mais les critiques soulignent que le Groupe de Minsk n’a pas réussi à assurer une paix juste et que sa fin survient après l’offensive de 2023 de l’Azerbaïdjan qui a entraîné le nettoyage ethnique des Arméniens du Haut-Karabakh.
L’Arménie a accepté la dissolution du groupe sous la pression de Bakou, qui cherche à consolider sa victoire et à effacer toute référence institutionnelle au Haut-Karabakh.
Pendant plus de trois décennies, le Groupe de Minsk de l’OSCE avait été l’arène, parfois symbolique, parfois décisive, des négociations sur le Haut-Karabakh. Créé en 1992 et coprésidé par la France, la Russie et les États-Unis, il avait pour mission de trouver une issue pacifique à l’un des conflits les plus persistants de l’espace post-soviétique.
Bakou en position de force
Depuis la guerre de 2020, l’Azerbaïdjan considérait que le Groupe de Minsk avait perdu toute pertinence. La reconquête militaire de vastes territoires avait changé la donne, et Bakou affirmait que le conflit était « réglé ». À ses yeux, continuer à parler du Haut-Karabakh dans un cadre multilatéral revenait à nier sa souveraineté.
Dès 2021, la critique s’est faite insistante, et après l’offensive éclair de septembre 2023, qui a provoqué l’exode de l’ensemble de la population arménienne du Karabakh, la position azerbaïdjanaise est devenue catégorique : il fallait tourner la page. Pour Bakou, dissoudre le Groupe de Minsk signifiait consolider la victoire militaire et imposer un nouveau récit — celui d’un Karabakh désormais intégré sans ambiguïté au territoire national.
Un espace de médiation disparu
La fin du Groupe de Minsk n’est pas seulement un geste administratif. Elle marque aussi la disparition d’un cadre institutionnel où la voix arménienne pouvait encore trouver un écho international.
Pour Erevan, ce forum, bien que souvent critiqué pour son inefficacité, permettait au moins de maintenir vivante la question du statut, des droits et de la sécurité des Arméniens du Karabakh.
Désormais, cette fenêtre est fermée. L’Arménie perd l’un de ses rares leviers diplomatiques, et la question du Karabakh risque d’être traitée uniquement comme une affaire intérieure de l’Azerbaïdjan.
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