Par Catherine Odom
Traduction par Ani Paitjan
Le mari de Nairuhi Bayatyan, Ararat Sakanyan, est porté disparu depuis près de cinq ans, depuis le début de la deuxième guerre du Karabakh en 2020. Son absence a été particulièrement difficile pour leurs enfants, Monté, 6 ans, et Arpine, 15 ans.
Selon Bayatyan, Monté lui dit souvent qu'il irait servir à sa place si cela permettait à son père de rentrer.
Une photo de Monté tenant les jumelles de son père, attendant son retour, était présentée à l'exposition « Absent, mais pas oublié » à Goris ce week-end.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a organisé cette exposition pour commémorer la Journée internationale des personnes disparues (30 août) et rendre hommage à leurs familles.
Au Théâtre dramatique d'État de Goris étaient exposées des photos de personnes et d'objets liés aux personnes disparues lors de la récente guerre du Haut-Karabakh. Le CICR a déjà organisé des expositions similaires à deux reprises, d'abord à Armavir, puis à Vanadzor. Selon la Commission internationale pour les personnes disparues, près de 800 Arméniens sont toujours portés disparus depuis la première guerre du Karabakh (1988-1994), et près de 200 personnes ont disparu pendant la seconde guerre du Karabakh (2020-2023).
« Pour une famille dont un proche a disparu, la Journée des disparus, c’est tous les jours », a déclaré Daphnée Maret, cheffe de la délégation du CICR en Arménie, lors de son intervention à l'exposition vendredi. Elle a remercié les familles pour leur « courage de partager leur histoire personnelle de souffrance ».
Bayatyan confie à CivilNet qu'il est impossible de comprendre la disparition d'un proche sans l'avoir vécue de ses propres yeux. Malgré la douleur qu'elle ressent, elle essaie de garder espoir et de rester forte pour elle et ses enfants. Elle raconte à Monté des histoires sur son père, qu'il n'a pas revu depuis l'âge d'un an.
Roza Hayrapetyan, dont le fils a disparu en octobre 2020, également pendant la seconde guerre du Karabakh, a déclaré compter sur Dieu pour le ramener à la maison. Elle raconte que ses derniers mots furent : « Maman, je vais revenir.»
Le fils de Hayrapetyan a planté un mandarinier avant de partir servir, et elle s'en occupe maintenant en attendant son retour. Une photo de l'arbre était accroché au mur de l'exposition.
“Je me souviens toujours de ses derniers mots et je suis sûre qu'il reviendra, alors j'attends”, a déclaré Hayrapetyan par l'intermédiaire d'un interprète lors de l'événement vendredi. « Je crois aux miracles.»
Lusine Sargsyan a perdu contact avec son mari en octobre 2020. Lors de leur dernière conversation, il lui a assuré que « tout ira bien », a-t-elle déclaré par l'intermédiaire d'un interprète. Elle continue de croire que son mari rentrera sain et sauf, car elle « n'a rien entendu de négatif ».
Sarkissian a conservé certains vêtements de son mari posés sur le dossier d’une chaise dans sa maison depuis qu’il est parti servir en septembre 2020. Une photo de la chaise était exhibée lors de l'événement.

Il s'agit d'une période particulièrement délicate pour les familles de personnes disparues en Arménie. Le CICR fermera sa délégation à Bakou cette semaine à la demande des autorités azerbaïdjanaises. Certaines familles craignent donc qu'il n'y ait plus d'organisation tierce pour les aider à élucider le sort de leurs proches.
Outre les personnes disparues, un nombre indéterminé de civils arméniens ont été pris en otage par l'Azerbaïdjan depuis 2020. Bakou a précédemment reconnu détenir 23 prisonniers d'origine arménienne, dont huit anciens hauts responsables du Haut-Karabakh. Ces prisonniers sont privés de contacts réguliers avec leurs familles et n'ont pas accès à un procès équitable.
Le CICR est la seule organisation à être en contact avec les prisonniers arméniens en Azerbaïdjan, fournissant des nouvelles cruciales aux familles. Maret a déclaré que le CICR “continuera d'insister” pour maintenir ce contact, mais qu'il n'a pas encore conclu d'accord avec les autorités azerbaïdjanaises.
“Nous ne pensons pas que cela marquera la fin de notre capacité d'intervention”, a conclu Maret. “Tout le travail accompli ces dernières années et décennies ne sera ni complètement anéanti ni oublié.”
Maret a ajouté que le projet d'accord de paix paraphé par le Premier ministre Nikol Pashinyan et le président Ilham Aliyev le mois dernier stipulait que les deux parties continueraient à s'occuper des cas des personnes disparues pendant la guerre.
Cela permet aux familles des disparus d'attendre et d'espérer. Pour elles, cette incertitude douloureuse fait partie du quotidien.
“Vous vivez avec cela au quotidien”, a déclaré Bayatyan par l'intermédiaire d'un interprète. “Même si vous souriez, cela ne signifie pas que vous avez oublié.”
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