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Paix sous pression : l’ICG alerte sur le verrou constitutionnel exigé par l’Azerbaïdjan

Paix sous pression : l’ICG alerte sur le verrou constitutionnel exigé par l’Azerbaïdjan

Par Ani Paitjan

Un accord de paix est sur la table entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Prêt, mais toujours sans signature. Dans son briefing Europe n°98, publié le 5 septembre 2025, l’International Crisis Group — ONG indépendante fondée en 1995 et référence en prévention des conflits — décrit avec précision ce paradoxe : un texte finalisé, une région à bout de souffle, et pourtant un verrou politique qui tient bon.

Le rapport montre où ça coince. D’un côté, Bakou exige d’Erevan un signal juridique clair sur l’absence de revendications territoriales. De l’autre, la frontière héritée de l’URSS reste un champ d’incidents potentiels, pendant que les dossiers humanitaires s’enlisent et que l’ouverture des liaisons régionales bute sur la question de souveraineté. Autrement dit, la paix n’est pas un slogan : elle se joue désormais à la virgule près des constitutions, aux bornes des cartes, et au rythme de gestes concrets capables de contenir l’escalade.

Un accord prêt… mais suspendu à un verrou politique

Selon l’ICG, le texte d’un accord de paix est finalisé entre Erevan et Bakou. Pourtant, l’Azerbaïdjan refuse de signer tant que l’Arménie ne retire pas de ses textes fondamentaux toute mention interprétée comme une revendication sur le territoire azerbaïdjanais. Autrement dit, la question constitutionnelle arménienne est devenue le nœud du dossier : pour passer du papier à la signature, il faudra un signal juridique clair venant d’Erevan. 

Une fenêtre d’opportunité fragile

ICG présente une conjoncture paradoxale : les bénéfices d’une paix seraient considérables — ouverture de frontières, désenclavement économique, normalisation régionale — mais la méfiance reste élevée après les séquences de 2020 et 2023, la militarisation accélérée et l’érosion des formats de médiation traditionnels. Dans ce contexte, la moindre escarmouche frontalière peut reconfigurer l’agenda politique et faire dérailler les avancées accumulées à huis clos. D’où l’urgence de garde-fous concrets pour empêcher l’escalade.

Les pierres d’achoppement

Le briefing distingue plusieurs points durs. D’abord, la portée des révisions constitutionnelles attendues côté arménien, que Bakou veut explicites et irréversibles. Ensuite, la délimitation et la démarcation d’une frontière héritée de l’URSS, jalonnée de segments contestés où chaque incident nourrit l’argumentaire de l’autre. S’ajoutent des dossiers humanitaires (prisonniers, disparus, déminage) et l’ouverture des liaisons de transport : les deux États en acceptent le principe, mais chacun exige des modalités respectant pleinement sa souveraineté — autrement dit, pas de régimes « extraterritoriaux » ambiguës. Pris ensemble, ces sujets entretiennent une vulnérabilité structurelle du processus. 

Ce que l’ICG préconise

Pour transformer un accord « prêt à signer » en paix exécutable, ICG plaide pour des engagements publics et vérifiables de non-recours à la force, adossés à des lignes directes et des mécanismes conjoints d’enquête en cas d’incident. Le rapport appelle à une feuille de route technique pour la démarcation, avec appui tiers si nécessaire, à des gestes humanitaires immédiats (échanges, clarifications sur les disparus, coopération au déminage) afin de réinjecter de la confiance, et à l’ouverture progressive des routes et voies ferrées sous contrôle souverain de chaque État. Enfin, il recommande un accompagnement international coordonné – États-Unis, Union européenne et partenaires – centré sur la mise en œuvre plutôt que la rivalité d’influence. 

Pourquoi cela compte maintenant

L’ICG insiste : un traité formel ne suffira pas. Il faudra un calendrier réaliste, des garanties de sécurité visibles et des avancées humanitaires rapides pour élargir l’espace politique de la réconciliation des deux côtés. À défaut, la paix restera réversible, au gré des cycles de pression militaire et des surenchères internes. À l’inverse, si le verrou constitutionnel se desserre et si les mécanismes de confiance prennent corps à la frontière, la région peut basculer d’un statu quo instable vers une normalisation inédite depuis trois décennies.

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