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Nouvelles découvertes sur les « pierres-dragon » d’Arménie : un culte de l’eau révélé

Nouvelles découvertes sur les « pierres-dragon » d’Arménie : un culte de l’eau révélé

Par Ani Paitjan

Une équipe internationale d’archéologues arméniens et européens a publié ces derniers mois, dans la revue npj Heritage Science, une étude qui renouvelle la compréhension des vishapakars, ou « pierres-dragon », monuments préhistoriques emblématiques des hautes terres arméniennes. Grâce à une base de données enrichie et à des analyses statistiques inédites, les chercheurs confirment que ces colosses de pierre étaient liés à un culte de l’eau dès l’Âge du Cuivre.

Des données inédites

L’étude a répertorié 115 vishapakars en Arménie, dont plus de la moitié étaient jusque-là inconnus des publications scientifiques. Chaque pierre a été mesurée, géolocalisée et replacée dans son environnement naturel. Les résultats montrent une forte concentration des monuments près de sources, canaux d’irrigation anciens et zones humides d’altitude.

Deux pierres du site de Tirinkatar, situées à plus de 2 500 mètres, ont fourni des éléments de datation fiables : environ 4200–4000 av. J.-C.. Cela confirme que la tradition des vishapakars remonte bien au Chalcolithique et qu’elle précède de plusieurs millénaires les royaumes urartéens ou l’adoption du christianisme.

Des caractéristiques communes

Les vishaps, taillés dans l’andésite ou le basalte, mesurent jusqu’à cinq mètres de haut. Ils portent des motifs animaliers — poissons, béliers, parfois hybrides — et possèdent une base non décorée indiquant qu’ils étaient initialement érigés debout. La majorité sont aujourd’hui renversés au sol.

L’analyse révèle aussi une répartition bimodale en altitude : certains se trouvent à moyenne montagne, d’autres à très haute altitude. Cette distribution pourrait correspondre à des usages rituels distincts ou à un calendrier saisonnier lié aux cycles de l’eau.

L’étude dirigée par Vahe Gurzadyan et Arsen Bobokhyan de l’Université d’État d’Erevan, en collaboration avec des chercheurs de Berlin, Venise et Cornell (New York), confirme une hypothèse ancienne : ces pierres étaient liées à un culte de l’eau. Leur répartition géographique le prouve : elles apparaissent presque systématiquement près de sources, de canaux d’irrigation préhistoriques ou de zones marécageuses d’altitude.

Autrement dit, les vishaps sacralisaient les origines mêmes de l’eau, ressource vitale dans un environnement où les neiges éternelles des sommets assuraient la survie des vallées.

Réutilisations et continuité

Au fil des siècles, plusieurs vishapakars ont été réemployés. Certains portent des inscriptions urartéennes (IXe–VIe siècle av. J.-C.), d’autres des textes en alphabet arménien datant du Moyen Âge. Cette réutilisation montre que les pierres n’ont jamais cessé d’être perçues comme porteuses de sens.

Beaucoup d’historiens estiment que les vishaps ont influencé la tradition des khachkars, les croix de pierre arméniennes, même si le lien reste symbolique et non direct.

Un effort collectif ancien

L’ampleur du travail nécessaire pour tailler, polir et transporter ces blocs jusqu’à des altitudes parfois supérieures à 3 000 mètres démontre une organisation sociale complexe et un investissement collectif considérable. Pour les chercheurs, ce caractère monumental illustre la volonté de sacraliser l’origine de l’eau, ressource vitale pour les vallées.

Le site de Tirinkatar, avec ses douze vishaps, a d’ailleurs été inscrit sur la liste indicative de l’UNESCO, soulignant la valeur patrimoniale et la nécessité de préserver ces témoins uniques de la préhistoire caucasienne.

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