Par Ani Paitjan
Le 19 septembre, des centaines de familles de l’Artsakh se rendent sur les tombes d’un fils, d’un père, d’un frère tombé au combat pendant la guerre de 2020 et l’invasion par l’Azerbaidjan le 19 septembre 2023. Au Yerablur, le panthéon des soldats Arméniens tombés au combat, les Artsakhiotes, sans patries et réfugiés en Arménie, nettoient les tombes, y déposent des gerbes de fleurs, s’asseyent sur la pierre froide, et pleurent en silence une vie précieuse, maintenant perdue.
“J’ai laissé mon mari là-bas. On n’aurait jamais cru qu’on nous dirait de partir de chez nous. La nuit du 23, on l’a enterre et on a tout abandonne,” raconte une femme Artsakhiote en larme.
La perte d’une terre
En ce jour de 2023, après neuf mois de blocus, l’Azerbaïdjan a lancé une attaque militaire contre l’Artsakh. Les opérations militaires ont duré une journée. L’offensive a fait 223 morts, dont 20 civils, parmi lesquels six mineurs. Au total, 120 000 habitants d’Artsakh ont été déplacés de force. Beaucoup d’entre eux n’ont pas pu transporter les corps de leurs proches lors de cet exode.
“Je vis maintenant dans la ville de Vanadzor avec mes deux enfants en bas âge. Que faire d’autre? Où aller? Je n’ai nulle part où aller. Je suis venue ici pour pleurer,” poursuit-elle, la gorge serrée.
Selon les données du Service de sécurité nationale, entre septembre 2023 et septembre 2025, 43 875 réfugiés ont quitté l’Arménie, mais 27 920 y sont revenus, ce qui signifie qu’environ 15 955 sont partis définitivement vers l’étranger. Ainsi, à la rentrée 2025, il reste près de 99 000 réfugiés installés en Arménie, dont plus de 16 000 ont déjà acquis la citoyenneté arménienne.
Deux femmes, avec un bouquet de fleurs en main, disent avoir perdu leur pays et avec lui, leur enfance, leurs cimetières ou les êtres aimés reposent. “ Dans la panique, on a reçu un appel, on nous a dit ‘enterrez vos proches’ et sortez, partez vite.”



Le 19 septembre – Journée du déplacement forcé du peuple d’Artsakh
Le Parlement d’Artsakh en exil a adopté, le 19 septembre, une modification législative établissant cette date comme la Journée du déplacement forcé et des revendications du peuple d’Artsakh.
Cette décision intervient en souvenir du 19 septembre 2023, jour où l’Azerbaïdjan a lancé une offensive militaire de grande ampleur contre la région, provoquant l’exode massif de la population arménienne.
Dans un communiqué, l’Assemblée nationale a rappelé que “ le 19 septembre est gravé dans la mémoire historique du peuple d’Artsakh comme le point de départ du déplacement forcé et de la lutte pour la survie “.
La nouvelle loi s’ajoute au corpus législatif encadrant les fêtes et journées de commémoration de la République d’Artsakh. Elle vise à souligner la continuité du combat mené par les habitants pour la défense de leurs droits et la quête d’une reconnaissance internationale.
La situation des Artsakhiotes en Arménie
Deux ans après l’exode de 2023, près de 100 000 réfugiés d’Artsakh vivent toujours en Arménie. Si l’État a immédiatement débloqué des aides financières – versements en espèces, subventions pour le loyer et programmes de logement – celles-ci ont été progressivement réduites et ciblées en 2025 vers les familles les plus vulnérables.
L’accès à un logement pérenne reste l’un des défis majeurs : un programme d’accession soutenu par l’État et des financements internationaux visent à aider des milliers de familles, mais les loyers élevés, surtout à Erevan, freinent la stabilisation. Sur le plan de l’emploi, la situation est préoccupante : le chômage touche encore près de la moitié des déplacés, avec de nombreux cas de sous-emploi et de surqualification, en particulier chez les femmes.
Dans le même temps, l’UNICEF et d’autres acteurs ont renforcé les services d’éducation, de santé et d’accompagnement psychosocial pour les enfants, mais les ruptures de scolarité et la vulnérabilité sociale demeurent. Des manifestations ont par ailleurs rappelé la fragilité de cette intégration, marquée par des inquiétudes matérielles mais aussi par la revendication du droit au retour.
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