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Pashinyan : « Le corridor de Zanguezour n’existera pas dans nos accords avec l’Azerbaïdjan »

Pashinyan : « Le corridor de Zanguezour n’existera pas dans nos accords avec l’Azerbaïdjan »

Par Ani Paitjan 

À Strasbourg, devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Nikol Pashinyan a voulu être catégorique : « L’expression “corridor de Zanguezour” n’existe pas, n’a jamais existé et soyez sûrs qu’elle ne figurera dans aucun document convenu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. »

La déclaration du Premier ministre arménien répondait à la question d’un député conservateur européen, qui affirmait que ce corridor ferait partie du traité de paix actuellement en négociation entre Erevan et Bakou. Pashinyan n’a pas laissé passer l’affirmation : « Où avez-vous lu l’expression “corridor de Zanguezour” ? » a-t-il lancé, avant de rappeler qu’aucun des textes examinés à Washington ne contenait ce terme.

Une querelle de vocabulaire aux lourdes implications

Le « corridor de Zanguezour » est une notion largement utilisée par l’Azerbaïdjan depuis la guerre de 2020. Bakou désigne ainsi une route traversant la province arménienne du Syunik, région charnière qui sépare l’Azerbaïdjan de son exclave du Nakhitchevan. Pour les autorités azerbaïdjanaises, l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020 aurait ouvert la voie à l’établissement d’un tel passage.

Erevan, en revanche, refuse catégoriquement cette terminologie. Pour Pashinyan et son gouvernement, parler de « corridor » reviendrait à légitimer une remise en cause de la souveraineté arménienne. L’Arménie préfère évoquer l’ouverture de routes de transit, sous son contrôle et sa juridiction, dans le cadre plus large du déblocage des communications régionales.

« Si par “corridor de Zanguezour” on entend une partie quelconque du territoire arménien, personne n’a le droit d’imposer ce nom sans l’accord de l’Arménie », a insisté le Premier ministre, rappelant qu’il avait demandé directement au président azerbaïdjanais Ilham Aliev de montrer sur une carte de quel passage il s’agissait. « Ce serait une violation flagrante de l’accord sur la reconnaissance mutuelle de la souveraineté », a-t-il martelé.

Washington : des promesses de réouverture, pas de corridors

L’allusion à Washington n’est pas anodine. Début septembre, une nouvelle série de négociations s’est tenue dans la capitale américaine, sous l’égide de responsables américains et européens. L’objectif affiché : donner une impulsion décisive au traité de paix arméno-azerbaïdjanais, en clarifiant notamment les principes relatifs aux frontières et aux communications régionales.

À l’issue de ces discussions, Erevan et Bakou se sont accordés sur un principe central : rouvrir les voies de communication dans la région, mais uniquement sur la base du respect de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de la réciprocité. En d’autres termes, il ne s’agissait pas d’un corridor extraterritorial, mais bien d’une réouverture de routes et de chemins de fer contrôlés par les juridictions nationales.

Pour Pashinyan, cette distinction est fondamentale : « Les accords de Washington ne prévoient aucun corridor. Ils parlent de communications, de transit, de circulation, mais dans le respect total des souverainetés nationales », a-t-il souligné.

Une bataille de mots qui conditionne la paix

Si le débat peut sembler technique, il révèle en réalité le cœur du différend entre les deux pays. Pour Bakou, obtenir un « corridor » constituerait une victoire géopolitique en reliant directement l’Azerbaïdjan continental à son exclave. Pour Erevan, accepter ce terme reviendrait à céder une partie de sa souveraineté et à créer un précédent dangereux.

En insistant sur l’absence du mot « corridor » dans les textes de Washington, Pashinyan cherche donc à verrouiller le langage diplomatique et à éviter toute interprétation ambiguë. Car dans le Caucase, les mots ne sont jamais neutres : ils dessinent les lignes de la future carte politique.

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