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Robert Kocharyan : “Je parle de corridor, pas de route” — l’ancien président ravive le débat sur la souveraineté et les accords récents

Robert Kocharyan : “Je parle de corridor, pas de route” — l’ancien président ravive le débat sur la souveraineté et les accords récents

Par Ani Paitjan

Lors d’une conférence de presse donnée le 7 octobre, l’ancien président arménien Robert Kocharyan a ravivé des débats aussi anciens que brûlants autour de la souveraineté du pays et des récents accords signés par le gouvernement de Nikol Pachinian. D’un ton à la fois critique et mesuré, il a mis en garde contre les risques d’une politique trop conciliante vis-à-vis de Bakou et trop dépendante des grandes puissances, notamment les États-Unis.

“Je parle de corridor, parce que je ne crois pas à ceux qui disent route”

Face aux journalistes, Kocharyan a expliqué pourquoi il persistait à employer le mot “corridor” pour désigner la voie censée relier les régions occidentales de l’Azerbaïdjan à l’enclave du Nakhitchevan en traversant le sud de l’Arménie.
« J’appelle cela un corridor, parce que je ne crois pas un mot de ceux qui parlent de route », a-t-il lancé. Selon lui, ce projet ne saurait être comparé à une simple route ordinaire, comme le prétend le gouvernement arménien. « Si c’est une simple route, pourquoi est-elle distinguée des autres ? Dans les propositions du Groupe de Minsk, il a toujours été question de rouvrir les communications, mais cette voie n’a été isolée qu’une seule fois : à Key West. À l’époque, en échange, le Haut-Karabakh devait être relié à l’Arménie par le corridor de Latchine. J’étais le négociateur, je savais ce que je donnais en contrepartie. »

Pour Kocharyan, cette distinction n’est pas qu’une querelle de mots. Derrière le vocabulaire se cache une question existentielle : celle de la souveraineté arménienne. Le terme “corridor”, martèle-t-il, traduit la volonté de l’Azerbaïdjan d’obtenir une voie extraterritoriale qui échapperait au contrôle d’Erevan. Le mot “route”, au contraire, implique un trajet ordinaire placé sous juridiction arménienne. Ce débat sémantique, en apparence technique, est en réalité au cœur du désaccord entre Bakou et Erevan depuis la fin de la guerre de 2020. Pour Bakou, le corridor est un lien stratégique entre ses territoires ; pour Erevan, il s’agit d’une atteinte directe à son intégrité territoriale.

Les accords du 9 novembre et du 8 août : deux visions du Karabakh

Au fil de la conférence, Robert Kocharyan a également dressé un parallèle entre deux textes clés de l’histoire récente : les accords du 9 novembre 2020 et ceux du 8 août 2025. Dans ses mots, la comparaison est cruelle. « Par rapport au document du 8 août, celui du 9 novembre peut aujourd’hui être qualifié de rêve », a-t-il affirmé.

Le premier texte, signé à l’issue de la guerre des 44 jours, avait certes acté la défaite militaire de l’Arménie, mais il reconnaissait encore l’existence politique et administrative de l’Artsakh, tout en garantissant la présence de forces russes de maintien de la paix. C’était, selon Kocharyan, un compromis dur, mais porteur d’espoir. Cinq ans plus tard, l’accord du 8 août a, à ses yeux, enterré cet espoir. Négocié dans un contexte géopolitique transformé et sous médiation occidentale, il a scellé la disparition de facto de la république du Haut-Karabakh et ouvert la voie à une normalisation qui, pour Kocharyan, s’est faite au détriment des intérêts arméniens. Là où l’accord de 2020 préservait un fil ténu d’autonomie, celui de 2025 incarne pour lui une capitulation diplomatique.

Ni rupture ni soumission face à Washington

Invité à dire s’il annulerait les accords de Washington s’il revenait au pouvoir, l’ancien président a choisi la voie du réalisme. « Les États-Unis ne sont pas un pays avec lequel on signe un document pour le rejeter six mois plus tard. C’est difficile », a-t-il admis. Mais il a aussitôt précisé que cela ne signifiait pas une soumission. « Cela ne veut pas dire qu’il faut faire tout ce qu’ils disent. Il y a des moyens diplomatiques : au lieu de dire que nous n’acceptons pas un texte, nous pouvons élargir le projet, montrer l’intérêt des États-Unis pour une initiative plus vaste. »

Kocharyan se positionne ainsi dans un équilibre délicat entre fermeté souveraine et prudence diplomatique. Il rejette la logique du rejet pur et simple, mais refuse aussi d’endosser une ligne qu’il juge trop docile envers Washington. Ses propos trahissent une vision pragmatique : dialoguer sans s’incliner, coopérer sans céder.

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