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Procès de Bagrat Galstanyan : les avocats dénoncent des preuves falsifiées

Procès de Bagrat Galstanyan : les avocats dénoncent des preuves falsifiées

Par Ani Paitjan

Le 2 octobre, lors de l’audience préliminaire, les avocats de la défense ont dénoncé l’utilisation de preuves qu’ils jugent falsifiées et ont demandé la récusation des cinq procureurs publics chargés du dossier.

La séance s’est tenue au tribunal de première instance d’Erevan (siège de Shengavit), sous la présidence du juge Karen Farkhoyan. L’avocat Hovhannes Khudoyan a expliqué que sa demande repose sur une pièce centrale : un enregistrement audio présenté comme une conversation entre l’archevêque et Hovhannes Avetisyan.

Un enregistrement contesté

Pour l’accusation, cet enregistrement incrimine clairement l’archevêque. Mais pour la défense, il s’agit d’une simple discussion théorique sur les défis sécuritaires du pays. « Une partie de la conversation a été sortie de son contexte afin de lui donner un sens différent », a affirmé Khudoyan, dénonçant un « faux manifeste » instrumentalisé contre son client.

Selon lui, ces extraits tronqués ont été repris dans des communiqués du Comité d’enquête, dans des interviews télévisées du procureur général et même dans la procédure visant la levée de l’immunité parlementaire d’un député de l’opposition.

« Des procureurs devenus diffamateurs »

Bagrat Galstanyan a dénoncé ce qu’il appelle une « manipulation judiciaire ». « Les procureurs ne sont pas des accusateurs, mais des diffamateurs », a-t-il lancé. Il a aussi fustigé l’utilisation de passages évoquant « l’exécution de deux personnes » et « l’emprisonnement de quinze autres », qu’il juge sortis de leur sens initial.

Il a dit espérer que les procureurs se récusent eux-mêmes pour « libérer leurs enfants et descendants de tous les malheurs futurs ».

La contre-attaque de l’accusation

Les procureurs, eux, ont refusé toute récusation. L’un d’eux, Hayk Hovhannisyan, a accusé la défense de recourir à la « sophistique », c’est-à-dire à des raisonnements fallacieux. « Répéter mille fois le mot “falsification” ne transforme pas en faux ce qui ne l’est pas », a-t-il plaidé.

Une atmosphère électrique

L’audience a été marquée par des échanges houleux entre avocats et procureurs. Finalement, le tribunal a rejeté la demande de récusation, jugeant qu’elle ne respectait pas les conditions légales.

Bagrat Galstanyan n’est pas un accusé ordinaire. Archevêque de l’Église apostolique arménienne, il est devenu l’une des figures les plus médiatiques de l’opposition depuis le lancement du mouvement « Սրբազան պայքար » (« Lutte sacrée »). Ce mouvement est né dans la foulée des contestations contre le gouvernement de Nikol Pachinian, accusé par ses opposants d’avoir affaibli l’État arménien après la guerre de 2020 et les défaites militaires face à l’Azerbaïdjan.

Au cours de l’été 2024, Galstanyan avait mobilisé des dizaines de milliers de personnes dans les rues d’Erevan pour dénoncer la politique du Premier ministre. Ses partisans le présentent comme un homme de foi transformé en leader politique malgré lui, tandis que le pouvoir y voit un agitateur instrumentalisant son statut religieux. C’est dans ce climat de polarisation que s’est ouvert son procès, qui le concerne lui et 17 de ses soutiens.

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