Par Ani Paitjan
Malgré des progrès diplomatiques notables, le chemin vers une paix durable entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan demeure semé d’embûches. C’est le constat dressé par le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, lors de la présentation préliminaire du budget de l’État pour 2026 devant le Parlement. Selon lui, plusieurs questions sensibles et non résolues continuent d’entraver la normalisation des relations entre les deux pays du Caucase.
Un processus de paix fragile
Évoquant la volonté de transformer les engagements verbaux en mécanismes institutionnels de paix et de bon voisinage, le ministre a insisté sur l’importance du volet humanitaire dans les négociations.
« Nous devons évoquer ici la question de la libération des personnes retenues en otage et des prisonniers détenus à Bakou, ainsi que la nécessité d’élucider le sort des personnes portées disparues », a-t-il déclaré, rappelant que ces drames humains restent au cœur des discussions bilatérales.
Depuis la fin de la guerre de 2020 et la chute de Stepanakert en 2023, plusieurs dizaines d’Arméniens — civils et militaires — demeurent détenus en Azerbaïdjan. Officiellement, Bakou reconnaît environ 23 prisonniers arméniens, mais Erevan et diverses ONG internationales estiment que leur nombre est bien supérieur.
Des organisations comme Human Rights Watch et le Comité international de la Croix-Rouge ont documenté des cas de mauvais traitements, de détentions arbitraires et de procès politiques visant d’anciens responsables du Haut-Karabakh. Erevan dénonce régulièrement une violation du droit international humanitaire, les prisonniers de guerre étant jugés comme des criminels ordinaires par les tribunaux azéris.
Le poids du passé et la méfiance mutuelle
Mirzoyan a reconnu que, au-delà de ces obstacles concrets, une méfiance profonde persiste entre les sociétés arménienne et azerbaïdjanaise — un héritage douloureux de décennies d’hostilités.
« Il s’agit sans aucun doute des manifestations de méfiance réciproque qui existent entre nos deux peuples », a-t-il affirmé, évoquant « l’histoire d’hostilité et de sang versé » qui continue de marquer les relations bilatérales.
Cette méfiance s’alimente aussi du sort incertain des disparus. Des milliers de familles arméniennes attendent encore de connaître le destin de leurs proches, portés disparus depuis la première guerre du Karabakh dans les années 1990 ou les récents affrontements de 2020-2023. Malgré les efforts du CICR et de certaines missions internationales, la coopération en matière d’identification des corps et de restitution reste limitée.
Une diplomatie patiente, pas à pas
Pour le chef de la diplomatie arménienne, la solution réside dans une approche graduelle et une volonté politique partagée.
« L’Arménie, convaincue de la nécessité de construire un environnement pacifique et coopératif autour d’elle, poursuivra pas à pas la résolution de toutes ces questions », a-t-il assuré.
Ces propos interviennent alors que les négociations de paix connaissent des avancées prudentes : les parties ont échangé plusieurs projets de traité, et les discussions sur la délimitation des frontières et la réouverture des communications régionales se poursuivent avec la médiation de l’Union européenne et des États-Unis.
Mais tant que les questions humanitaires — notamment celle des prisonniers de guerre, des disparus et des réfugiés — ne seront pas réglées, le processus de paix restera incomplet.
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