Par Ani Paitjan
L’Arménie a officiellement inauguré la Police de Garde, une nouvelle division au sein du ministère de l’Intérieur, marquant une étape majeure dans la réforme du système de sécurité intérieure du pays. L’unité a débuté ses opérations le 1er novembre 2025, après plusieurs mois de préparation institutionnelle et de formation spécialisée.
Une réforme de fond pour moderniser la sécurité publique
La Police de Garde devient l’une des quatre branches de la police arménienne, remplaçant les Troupes intérieures instaurées en 1997. Selon le gouvernement, elle symbolise la volonté d’adapter le pays aux standards européens de sécurité intérieure et de mettre en place une structure plus moderne, ciblée et professionnelle.
Son mandat couvre un large éventail de missions : maintien de l’ordre public, protection des infrastructures d’importance stratégique, sécurité des personnalités sous protection d’État, soutien aux enquêtes criminelles, et intervention lors d’états d’urgence ou de catastrophes. L’objectif affiché : doter l’Arménie d’outils de sécurité plus efficaces tout en garantissant le respect des droits fondamentaux.
Le Premier ministre Nikol Pashinyan, présent lors de la cérémonie d’inauguration, a salué « l’ouverture d’un nouveau chapitre dans l’histoire de la police et du ministère de l’Intérieur ».
« Aujourd’hui, nous tournons une nouvelle page. Notre attente est que la Police de Garde devienne un service qualitativement nouveau – pour la République d’Arménie, pour ses citoyens, et pour ses propres membres », a-t-il déclaré.
Formation renforcée et respect des droits humains
Les autorités insistent sur la formation approfondie des agents avant leur déploiement. Aucun membre de la Police de Garde ne pourra être autorisé à recourir à la force sans avoir suivi une formation spécialisée complète.
Cette approche marque un tournant : jusqu’ici, les critères d’usage de la force n’étaient pas clairement définis dans la législation arménienne.
La vice-ministre de l’Intérieur Arpine Sargsyan a souligné que des préparations institutionnelles, opérationnelles et juridiques sont en cours :
« Nous créons le cadre d’une unité moderne de sécurité intérieure, fondée sur l’État de droit et le respect des droits humains. La Police de Garde opérera selon des normes internationales. »
Le gouvernement affirme que cette réforme permettra également de mieux organiser les rassemblements pacifiques, en distinguant les missions de la police ordinaire de celles d’une force spécialisée dans le maintien de l’ordre public.
Un cadre législatif repensé et une vision à long terme
La mise en place de la Police de Garde s’accompagne d’un nouveau cadre législatif spécifique, venant remplacer la loi de 1997 sur les Troupes intérieures. Cette réforme s’inscrit dans un plan de modernisation sur cinq ans, visant à rendre la sécurité intérieure plus transparente, responsable et conforme aux meilleures pratiques européennes.
Parmi les priorités :
- Allonger la durée de la formation des officiers ;
- Introduire des lignes directrices précises sur l’usage de la force ;
- Renforcer la responsabilité hiérarchique et réduire les risques d’abus ;
- Assurer un contrôle parlementaire accru sur les activités de maintien de l’ordre.
Une initiative saluée, mais controversée
Si le lancement de la Police de Garde est présenté comme une étape de modernisation démocratique, il n’échappe pas à la controverse politique.
Les partis d’opposition accusent le gouvernement Pachinian de vouloir accroître son contrôle sur les manifestations à l’approche des élections législatives de 2026. Certains estiment que cette réforme pourrait renforcer l’appareil sécuritaire au détriment des libertés civiles.
Les autorités rejettent ces accusations, affirmant au contraire que la création de la Police de Garde vise à garantir la sécurité des citoyens tout en favorisant la liberté d’assemblée dans un cadre mieux encadré et plus prévisible.
Une continuité dans la réforme de la police arménienne
Cette initiative constitue la seconde grande réforme policière en Arménie en quelques années. En 2019, le pays avait déjà introduit une nouvelle police de patrouille, dont la mise en œuvre s’est achevée en 2023, couvrant l’ensemble du territoire.
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