En 2024, le taux de pauvreté en Arménie s’est établi à 21,7 %

Par Ani Paitjan
Le taux de pauvreté en République d’Arménie a atteint 21,7 % en 2024, selon les nouvelles données conjointement publiées par Armstat et la Banque mondiale. La pauvreté extrême, elle, s’élève à 0,6 %, confirmant une légère amélioration par rapport à 2023, où elle était de 1,1 %.
Des écarts marqués entre villes et campagnes
Derrière ces chiffres nationaux, les contrastes territoriaux demeurent forts. Dans les zones urbaines, 19,3 % des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté (dont 0,6 % en extrême pauvreté). En milieu rural, la proportion grimpe à 26 %, avec 0,7 % d’extrême pauvreté. Ces écarts reflètent toujours la dépendance des campagnes aux revenus agricoles et la lente diversification économique des régions.
La pauvreté relative, mesurée par rapport au niveau de vie médian, s’établit à 19,8 %, tandis que la pauvreté « subjective » — celle ressentie par les ménages eux-mêmes — est nettement plus faible : 6,4 %.
Des chiffres révisés sur la base du nouveau recensement
Le rapport souligne toutefois que les données de 2024 ne peuvent être comparées directement aux années précédentes. Les pondérations de l’échantillon ont été ajustées à partir du recensement de 2022, ce qui modifie la méthodologie d’estimation. Armstat prévoit d’ailleurs de réviser les statistiques de 2022 et 2023, qui seront intégrées dans le rapport analytique « Le profil social et la pauvreté en Arménie, 2025 ».
Un recul progressif, mais une pauvreté encore présente
Selon la Banque mondiale, la proportion de la population vivant sous la ligne nationale de pauvreté était de 23,7 % en 2023. En 2010, elle s’élevait encore à 35,8 %, ce qui traduit une amélioration sur le long terme, même si la progression reste lente et fragile.
Les comparaisons internationales dressent également un tableau nuancé :
- Avec un seuil de 3,65 $ US par jour (parité de pouvoir d’achat de 2021), la Banque mondiale estime à 1,9 % la part des Arméniens vivant dans la pauvreté en 2023.
- En revanche, en appliquant le seuil supérieur des 8,30 $ US par jour, considéré comme indicateur des classes moyennes dans les pays à revenu intermédiaire, la proportion grimpe à 56,9 %.
- En zone rurale, ce taux atteint même 63,3 %, contre 52,6 % en zone urbaine.
Ces données confirment que si la pauvreté extrême recule, une grande partie de la population reste vulnérable aux chocs économiques — qu’il s’agisse d’inflation, de sécheresse ou de fluctuation du marché du travail.
Une tendance à suivre de près
Selon le rapport « Poverty & Equity Brief » de la Banque mondiale (octobre 2025), le redressement post-pandémie et la hausse du salaire moyen ont permis à plusieurs ménages de franchir la ligne de pauvreté. Cependant, la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires en 2024 a freiné cette dynamique, notamment dans les provinces d’Ararat, de Shirak et de Tavush.
Les experts soulignent également que la méthodologie arménienne repose sur l’enquête Integrated Living Conditions Survey (ILCS), qui évalue les besoins essentiels des ménages selon la méthode dite du « Cost of Basic Needs » — c’est-à-dire le coût minimum pour couvrir alimentation, logement, transport et santé.
En perspective
Le gouvernement arménien mise désormais sur de nouveaux programmes sociaux ciblés et sur l’augmentation du salaire minimum pour réduire les inégalités. Mais pour les économistes, le véritable enjeu reste la création d’emplois stables dans les régions et la réduction de la dépendance à l’émigration.
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