« Nous avons de profondes inquiétudes concernant le procès en cours à Bakou », a déclaré Artur Hovhannisyan, secrétaire du groupe parlementaire au pouvoir Contrat civil, lors de la séance de questions au Parlement.
Dans le cadre de ce procès jugé comme fictif, les procureurs azerbaïdjanais ont réclamé des peines allant de 16 ans de prison à la réclusion à perpétuité à l’encontre des anciens dirigeants politico-militaires de l’Artsakh (Haut-Karabakh).
Reprenant les propos du Premier ministre sur le sujet, Hovhannisyan a souligné que le climat de paix en cours devait créer des conditions favorables au retour de tous les Arméniens encore détenus en Azerbaïdjan.
« Un travail quotidien est mené dans cette direction. C’est pour nous une priorité absolue, et nous espérons que les processus à venir, centrés sur la paix, faciliteront le retour de tous nos compatriotes. »
Interrogé par un journaliste pour savoir si de tels actes étaient compatibles avec la démarche de paix qu’affiche Bakou, le député n’a pas donné de réponse directe, répétant simplement sa position :
« J’ai dit que nous avons de profondes inquiétudes quant au déroulement du procès à Bakou et quant à plusieurs déclarations venant d’Azerbaïdjan, qui n’ont en réalité rien à voir avec le processus de paix. Nous espérons que ces inquiétudes se dissiperont progressivement et que le processus de paix entrera dans une phase plus stable, permettant le retour de tous nos compatriotes. »
Selon les demandes présentées par le parquet de Bakou, la réclusion à perpétuité a été requise contre Arayik Harutyunyan, Levon Mnatsakanyan, Davit Manukyan, Davit Babayan et Davit Ishkhanyan.
Qui sont ces personnalités ?
Ces hommes sont parmi les principales figures de l’ancienne direction de la République autoproclamée d’Artsakh (Haut-Karabakh), dissoute de facto après la guerre de 2020 et les opérations militaires de septembre 2023. Arayik Harutyunyan était le dernier président élu de l’Artsakh, en fonction jusqu’à l’effondrement des institutions locales. Levon Mnatsakanyan a dirigé l’armée de défense du Karabakh pendant plusieurs années, tandis que Davit Manukyan et Davit Babayan occupaient des postes clés au sein du gouvernement — le premier dans les structures militaires, le second comme conseiller présidentiel et porte-parole. Davit Ishkhanyan, quant à lui, a présidé l’Assemblée nationale d’Artsakh avant sa dissolution.
Ces dirigeants sont considérés par Bakou comme responsables politiques et militaires des affrontements passés, mais Erevan et de nombreuses organisations internationales dénoncent des accusations à caractère politique, contraires au droit humanitaire et aux conventions internationales sur les prisonniers de guerre.
Le sort des prisonniers arméniens en Azerbaïdjan
Depuis la fin de la guerre de 2020, la question des prisonniers de guerre et des civils arméniens détenus en Azerbaïdjan demeure l’un des points les plus sensibles entre Erevan et Bakou. Selon les estimations d’ONG et de défenseurs des droits humains, plus de 80 Arméniens – soldats, volontaires et civils – ont été capturés au cours des affrontements, certains filmés au moment de leur capture.
Malgré plusieurs échanges supervisés par la Russie, la Croix-Rouge et l’Union européenne, des dizaines de détenus restent encore à Bakou, où ils font l’objet de procès souvent critiqués comme « politiques ». Des rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch ont déjà documenté des cas de tortures, de traitements inhumains et d’aveux forcés. Erevan affirme que ces détentions violent la Convention de Genève, qui exige la libération rapide de tous les prisonniers de guerre après un cessez-le-feu.
En raison de leur âge (plus de 65 ans), une peine de 20 ans de prison a été proposée pour Arkadi Ghukasyan, Bako Sahakyan et Madat Babayan. Des peines allant de 16 à 19 ans ont été requises contre Garik Martirosyan, Davit Allahverdyan, Levon Balayan, Vasili Beglaryan, Gurgen Stepanyan, Erik Kazaryan et plusieurs autres personnes.
L’audience du procès reprendra le 27 novembre.
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