Par Ani Paitjan
L’Azerbaïdjan souhaite que la prochaine rencontre du format régional « 3+3 » se tienne sur son territoire, avant qu’une réunion ultérieure n’ait lieu en Arménie. Jeyhun Bayramov, ministre des Affaires étrangères d’Azerbaïdjan, l’a annoncé à Bakou lors d’une conférence de presse commune avec son homologue iranien Abbas Araghchi. Il affirme que Bakou ne voit aucune raison valable pour Erevan de refuser une proposition qui, selon lui, s’inscrit dans un contexte régional profondément transformé.
Revenant sur les discussions engagées après la réunion organisée en Turquie en 2024, Bayramov a rappelé que l’Azerbaïdjan avait déjà suggéré cette alternance. À l’époque, la partie arménienne n’avait pas accepté la séquence proposée, freinant toute avancée. Désormais, insiste le ministre, les délégations arméniennes et azerbaïdjanaises se rencontrent déjà sur les territoires de l’un et de l’autre, en signe d’évolution politique depuis les hostilités récentes. Il estime donc « illogique » qu’Erevan oppose aujourd’hui un refus.
L’Iran, qui cherche à jouer un rôle de puissance stabilisatrice dans le Sud-Caucase, soutient ouvertement ce schéma de réunions successives en Azerbaïdjan puis en Arménie. Abbas Araghchi a assuré que Téhéran encouragera toute initiative permettant de raffermir les liens entre les deux voisins, considérant que la réouverture des voies de dialogue peut contribuer à réduire le risque de nouvelles escalades.
Ce cadre diplomatique appelé « 3+3 » a émergé dans le sillage de la guerre du Haut-Karabakh de 2020. L’idée, avancée d’abord par l’Azerbaïdjan et la Turquie puis rejoint par d’autres puissances régionales telles que l’Iran et la Russie, vise à regrouper dans une même structure les trois États du Sud-Caucase — Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie — avec les trois grands voisins influents de la région. Pour Bakou et Ankara, cette plateforme constitue un moyen de limiter les ingérences de puissances extérieures, notamment occidentales, dans les dossiers sécuritaires et économiques du Caucase.
Ce positionnement géopolitique n’est pas dénué de controverse. Si l’Arménie participe aux réunions, elle demeure prudente face à un format où la Turquie et l’Azerbaïdjan occupent un rôle dominant alors que la question du Haut-Karabakh, bien que gelée sur le terrain, reste douloureusement ouverte. La Géorgie, pour sa part, refuse pour l’instant de s’asseoir à une même table que la Russie tant que l’occupation de ses régions d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud n’est pas réglée. L’absence de Tbilissi réduit d’ailleurs la portée du format, amputé de l’un des trois États fondateurs du Caucase du Sud.
Malgré ces limites, trois rencontres ont déjà eu lieu : d’abord à Moscou en décembre 2021, ensuite à Téhéran en octobre 2023, puis à Istanbul en octobre 2024 au niveau ministériel. Toutes ont mis en lumière la volonté des pays participants de peser davantage sur les équilibres régionaux sans passer par des mécanismes européens ou transatlantiques.
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