Accueil Flux

Aucun progrès enregistré dans la lutte contre la corruption au cours de l’année écoulée — selon Transparency International

Aucun progrès enregistré dans la lutte contre la corruption au cours de l’année écoulée — selon Transparency International

Par Ani Paitjan

Depuis 2003, le 9 décembre marque chaque année la Journée internationale de lutte contre la corruption dans de nombreux pays à travers le monde. Comme le montrent les études et rapports publiés à ce propos, malgré les efforts déployés par les gouvernements, les parlements, les institutions anticorruption, les médias, la société civile et les organisations internationales, la corruption demeure un défi mondial majeur. Elle mine la confiance des citoyens envers les institutions publiques et met particulièrement en péril les valeurs et les structures démocratiques.

Selon les données publiées début 2025, l’indice de perception de la corruption pour l’Arménie en 2024 reste inchangé par rapport à 2023 : 47 points. Ce score confirme qu’aucune avancée n’a été enregistrée cette année dans la lutte contre la corruption.

Mais ce chiffre n’est pas qu’un simple indicateur : il est entendu par TI comme un signal préoccupant pour un pays aspirant à une intégration européenne, un signe que les efforts ne suffisent pas — du moins pour l’instant.

L’Arménie face au défi de la bonne gouvernance

Depuis la Révolution de Velours en 2018, le gouvernement arménien a promis une transformation profonde des institutions, une justice plus indépendante et une tolérance zéro envers la corruption, considérée comme l’un des maux structurels ayant miné l’État durant des décennies. Les premières années ont été marquées par une forte attente publique : de nombreuses enquêtes visant d’anciens hauts responsables ont été ouvertes, nourrissant l’espoir d’un changement durable.

Cependant, selon le chef des programmes de TI-Arménie, Varuzhan Hoktanyan, le pays est désormais « en phase de stagnation ». Hoktanyan ajoute que ce n’est pas tant l’absence de lois qui pose problème, que l’absence d’une culture de mise en œuvre — autrement dit, beaucoup de réformes existent « sur le papier », mais beaucoup moins sont réellement appliquées. 

Concrètement, il estime que la lutte contre la corruption exige une « approche systémique » et surtout « une vraie volonté politique, pas simplement des mots». 

Les experts mitigés et inquiets

Les limites des progrès formels : le regard de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

Le rapport 2025 de l’Istanbul Anti-Corruption Action Plan (IAP), coordonné par l’OCDE, reconnait que l’Arménie a entrepris des réformes notables : renforcement du contrôle des déclarations de patrimoine, renforcement des règles sur les conflits d’intérêts, diminution des marchés publics attribués sans appels d’offres, et développement d’un cadre légal pour la confiscation des actifs d’origine illicite.

Néanmoins, l’OCDE avertit que ces progrès restent fragiles tant que l’application pratique reste lacunaire : indépendance des organes spécialisés anticorruption, efficacité des poursuites, protection des lanceurs d’alerte, transparence dans l’attribution des marchés publics sont encore des points faibles. 

Selon le rapport, l’Arménie montre des améliorations dans 6 des 9 domaines surveillés (politique anticorruption, déclaration d’actifs, intégrité des marchés publics, poursuites, etc.) — mais l’issue dépend de la capacité et de la volonté à appliquer les mesures. 

Le diagnostic de TI : stagnation, manque de résultats tangibles, nécessité d’un revirement

Pour TI, la période immédiatement post-2018 a bien marqué des “progrès sérieux” — souvent considérés comme les plus importants réalisés par l’Arménie en matière de lutte anticorruption depuis 2012. Mais aujourd’hui : « Nous n’avons pas de culture du respect des lois qui ont été adoptées » — ce manque de mise en œuvre réelle maintient l’Arménie dans un état d’impunité. 

TI craint que, si la situation se prolonge, l’optimisme initial soit remplacé par la désillusion, et que la corruption — loin d’être éradiquée — se pérennise de façon structurelle. 

Dans l’entretien de 2025 repris par TI, Hoktanyan précisait que pour juger si la corruption est systémique en Arménie — c’est-à-dire ancrée dans les structures même de l’État — il faudrait une étude approfondie et indépendante : ce n’est pas encore le cas, ce qui laisse planer un “risque majeur”. 

Pourquoi ces constats aboutissent à un bilan mitigé

Même si l’Arménie a adopté des lois et réformes institutionnelles — ce qui montre une volonté formelle de changer — l’écart entre « cadre légal » et « application réelle » reste important. Beaucoup d’observateurs dénoncent un manque de « culture de mise en œuvre».

Les réformes — bien que bénéfiques sur le papier — restent fragiles si elles ne sont pas accompagnées d’une volonté politique constante, d’institutions indépendantes, d’un système judiciaire robuste et d’une société civile libre.

Pour l’instant, l’amélioration se voit surtout dans les indicateurs techniques (déclarations, lois, contrôles), moins dans des résultats concrets : condamnations effectives, restitution d’actifs, transparence véritable de l’administration, etc.

Le public et les experts restent sceptiques quant à la capacité de l’État à garantir une lutte constante et impartiale — ce qui affaiblit la confiance et compromet la pérennité des réformes.

Défis institutionnels, attentes d’Europe, enjeux de 2026

L’année 2026 sera déterminante pour l’Arménie, avec d’abord les élections législatives, puis les municipales — un test essentiel pour la consolidation de la démocratie. Pourtant, plusieurs risques majeurs pèsent sur l’intégrité du processus électoral.

Le principal défi concerne la transparence du financement politique. À la suite des modifications législatives de 2024, les finances des partis deviennent inaccessibles durant la période électorale — non seulement pour le public, mais aussi pour les instances de contrôle. Par ailleurs, les contributions de tiers — médias affiliés, fondations, organisations d’observation — ne sont ni réglementées ni limitées, ouvrant la voie à des financements illégaux et à des influences étrangères. L’abus des ressources administratives reste généralisé et impuni, faussant la compétition politique. Les enquêtes liées à d’éventuels financements illégaux du parti au pouvoir sont souvent abandonnées, sapant encore davantage la confiance envers les institutions judiciaires.

À l’approche de 2026, la priorité du gouvernement, du Parlement et des institutions doit être d’assurer des élections libres, transparentes et légales, non seulement le jour du vote mais aussi durant les périodes pré- et post-électorales. Les questions de corruption politique doivent être clairement réglementées pour garantir la protection durable de la démocratie et de la souveraineté du pays.

Suivez-nous sur Telegram Telegram

Lire la suite

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez en premier nos résumés hebdomadaires.

En vous abonnant, vous acceptez notre Politique de confidentialité .

CivilNet interdit l'utilisation de ses articles et photos sans attribution appropriée, ainsi que le téléchargement et la republication sur d'autres plateformes de ses contenus et vidéos portant sa marque. Toute utilisation partielle des vidéos CivilNet nécessite l'accord préalable de CivilNet.

315 Arden Ave, bureau 30, Glendale, Californie 91203

+1(818)749-450 [email protected]

1 avenue du Nord, bureau 30, Erevan 0010, Arménie

+374(10)500-119

CIVILNET © 2011-2026. Tous droits réservés.

Développé par MATEMAT