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Les habitants d’Erevan respirent un air plus pur depuis deux jours

Les habitants d’Erevan respirent un air plus pur depuis deux jours

Par Ani Paitjan

Depuis hier, les habitants d’Erevan respirent un air nettement plus propre. La municipalité indique qu’un vent fort venu du nord a purifié l’atmosphère, et que les indicateurs de qualité de l’air sont désormais presque comparables à ceux observés en été.

À noter qu’avant l’arrivée de ce vent du nord, le 8 décembre, les indices de qualité de l’air à Erevan avaient atteint des niveaux considérés comme malsains pour les personnes appartenant aux groupes sensibles.

Les données recueillies par les capteurs de la mairie sont affichées sur la carte en ligne de la municipalité, sous forme de cercles colorés accompagnés de chiffres. Au cours des deux derniers jours, ces indicateurs apparaissent en vert, ce qui signifie que l’air est propre. Auparavant, ils étaient rouges et violets, indiquant une qualité de l’air malsaine, voire très malsaine.

Un répit bienvenu après des semaines d’air étouffant

Cette amélioration ponctuelle intervient après plusieurs semaines de mauvaise qualité de l’air à Erevan, largement documentées par les plateformes de surveillance indépendantes, notamment IQAir.
Depuis début novembre, la capitale arménienne figurait régulièrement parmi les villes affichant une pollution élevée aux particules fines PM2,5, avec des indices oscillant le plus souvent entre 120 et 180, et parfois au-delà.

Pour rappel, selon les standards internationaux utilisés par IQAir et l’OMS :

  • 0–50 : bonne qualité de l’air
  • 51–100 : qualité modérée
  • 101–150 : malsaine pour les groupes sensibles
  • 151–200 : malsaine
  • 200+ : très malsaine à dangereuse

Or, durant une grande partie de novembre et début décembre, Erevan se situait fréquemment dans les zones rouge et violette, bien au-delà du seuil considéré comme sûr. Les niveaux de PM2,5 mesurés dépassaient régulièrement 5 à 7 fois les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.

Les deux derniers jours, avec des indicateurs repassés dans le vert, marquent donc une exception notable, davantage liée à des conditions météorologiques favorables qu’à un changement structurel.

Une colère citoyenne de plus en plus visible

Cette situation a provoqué une mobilisation croissante de citoyens, d’écologistes et de collectifs urbains ces derniers mois. Plusieurs manifestations et rassemblements ont eu lieu à Erevan, notamment devant la mairie et dans le centre-ville, pour dénoncer l’inaction des autorités face à la pollution atmosphérique.

Les protestataires réclament plus de transparence sur les données environnementales,
des contrôles renforcés des chantiers et des industries, une limitation du trafic automobile et une véritable politique de verdissement urbain.

Sur les réseaux sociaux, la pollution de l’air est devenue un sujet récurrent, souvent accompagnée de photos de smog hivernal, de témoignages de parents inquiets pour la santé de leurs enfants, ou de comparaisons avec d’autres capitales de la région.

Pourquoi Erevan est particulièrement touchée

La mauvaise qualité de l’air à Erevan résulte d’une combinaison de facteurs structurels profondément ancrés. 

La capitale est située dans une cuvette entourée de reliefs, une configuration géographique qui, en hiver, favorise les phénomènes d’inversion thermique et empêche les polluants de se disperser, les maintenant au niveau du sol. 

À cette contrainte naturelle s’ajoute l’augmentation rapide du trafic routier observée ces dernières années, avec un parc automobile largement composé de véhicules anciens et fortement polluants, souvent dépourvus de normes antipollution strictes. 

La multiplication des chantiers de construction dans la ville contribue également à la dégradation de l’air, en générant d’importantes quantités de poussières et de particules fines, dans un contexte où les mécanismes de contrôle sont encore jugés insuffisants. 

En période hivernale, le recours accru au chauffage, qu’il s’agisse de gaz, de combustibles solides ou parfois de solutions improvisées dans certains quartiers, accentue encore la pollution atmosphérique. 

Enfin, les activités industrielles et minières situées en périphérie d’Erevan jouent elles aussi un rôle non négligeable, notamment lorsque les vents ramènent vers la capitale un air déjà chargé en polluants.

Un soulagement temporaire, pas une solution

Si le vent du nord a offert à Erevan un court répit, les experts et les autorités locales reconnaissent que la météo ne peut pas être une stratégie environnementale. Les annonces de restrictions accrues pour les promoteurs et l’extension des normes environnementales aux sites miniers vont dans le sens des revendications citoyennes, mais leur mise en œuvre concrète sera déterminante.

Les autorités municipales affirment ne pas vouloir s’en remettre uniquement à la nature et cherchent à prendre des mesures concrètes.

Lors de la prochaine session du Conseil municipal, des modifications seront apportées à deux décisions : des restrictions supplémentaires seront imposées aux promoteurs immobiliers afin de réduire les émissions polluantes, et les normes obligatoires d’aménagement s’appliqueront également aux sites miniers.

Selon le maire Tigran Avinyan, le problème de la qualité de l’air est en grande partie lié à la situation géographique d’Erevan.

La création de grandes ceintures vertes autour de la ville est envisagée comme une solution de long terme. Reste à savoir si ces projets pourront suivre le rythme de l’urbanisation et répondre à une urgence sanitaire désormais bien visible.

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