Par Arshaluys Mghdesyan
La participation de l’État dans des entreprises privées ne relève pas d’un renoncement au libre marché, mais de la nécessité de protéger l’intérêt public et la sécurité nationale dans des secteurs stratégiques. C’est ce qu’a déclaré Babken Tounian, vice-président de la commission permanente des questions économiques de l’Assemblée nationale, dans un entretien accordé à CivilNet Business.
Depuis la révolution de 2018, l’État a acquis, sous différentes formes, des participations dans plusieurs grandes entreprises: Viva Armenia, le combinat cuivre-molybdène de Zanguezour, Lydian Armenia, et a récemment engagé un processus de nationalisation de la société Réseaux électriques d’Arménie (ENA). Les actions du gouvernement visant à établir un contrôle sur ENA ont débuté immédiatement après que son propriétaire, Samvel Karapetyan, a exprimé publiquement son soutien à l’Église en juin, au plus fort des tensions croissantes entre les autorités laïques et religieuses.
C’est également à cette période que, parallèlement aux déclarations publiques du Premier ministre Nikol Pashinyan, ont commencé les actions des autorités et des forces de l’ordre à l’encontre de Samvel Karapetian et de ses autres entreprises en Arménie.
En juillet, l’Institut d’arbitrage de la Chambre de commerce de Stockholm a estimé que les mesures visant à instaurer un contrôle étatique et une éventuelle nationalisation d’ENA contrevenaient aux engagements internationaux de l’Arménie en matière d’investissement.
Selon Babken Tunyan, ENA n’est pas une entreprise ordinaire: «Ce n’est pas une organisation comme les autres. Il s’agit non seulement de l’économie, mais aussi de la sécurité du pays.» Il souligne que les problèmes de gestion au sein d’ENA se sont accumulés pendant des années et sont devenus visibles pour les citoyens: «Lorsque les coupures d’électricité se répètent et que les gens endommagent leurs équipements, cela révèle déjà un problème systémique.»
Tunyan rejette l’idée selon laquelle les développements autour d’ENA porteraient un coup sévère au climat d’investissement du pays. «Ce sont plutôt les schémas opaques de longue date, le clientélisme et l’absence de primauté du droit qui ont nui à l’environnement d’investissement en Arménie», a-t-il affirmé.
Selon lui, la principale différence avec les années précédentes réside dans la transparence des processus actuels autour d’ENA. «Tout cela se déroule dans un cadre ouvert, avec des déclarations publiques et des actions visibles», a déclaré Tunyan.
Pourquoi l’État détient-il des participations dans de grandes entreprises?
D’après Babken Tunyan, des discussions sont actuellement en cours au sein des structures étatiques afin de déterminer l’objectif du maintien des participations publiques dans des entreprises privées.
«La question que se posent les gens est très simple: voulons-nous percevoir des dividendes pour le budget ou renforcer les mécanismes de contrôle?», a-t-il expliqué, ajoutant que le contrôle ne nécessite pas forcément une participation importante. «S’il s’agit de contrôle, il n’est pas indispensable de détenir 15 ou 20 % des parts; cela peut être 1%, voire zéro», a-t-il précisé.
Le député a indiqué qu’une exit strategy (stratégie de sortie) est actuellement à l’étude concernant les participations de l’État dans les entreprises privées. Les autorités sont enclines à utiliser ces parts pour introduire les entreprises sur le marché des capitaux, avec pour objectif final de les céder au public via des IPO (introductions en bourse).
Selon lui, l’émission d’actions peut à la fois accroître la transparence et stimuler le développement du marché des capitaux. «Notre objectif est que les actions se retrouvent entre les mains du plus grand nombre possible de citoyens, et non de un ou deux acteurs seulement», a souligné Tounian.
Il estime que la logique à long terme de la participation de l’État doit être clairement définie et rendue publique prochainement. Il a évoqué le début de l’année 2026 comme échéance: «L’État doit montrer clairement quelle est sa vision et ce qu’il compte faire des participations qu’il détient», a conclu Babken Tunyan.
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