Par Ani Paitjan
Dans les prochains jours, l’Arménie verra arriver plusieurs milliers de tonnes de carburant en provenance d’Azerbaïdjan. Essence «premium», essence «regular», mais aussi diesel: pour la première fois, l’offre importée se veut large et, surtout, moins chère. L’annonce a été faite par le ministre de l’Économie, Gevorg Papoyan, lors d’un échange avec la presse.
Selon les premières estimations communiquées par le ministre, le prix de ces carburants pourrait être inférieur d’environ 80 drams par litre (21 cents en dollars américains) par rapport aux tarifs actuellement pratiqués sur le marché arménien. Une différence loin d’être anodine dans un pays où le coût de l’énergie pèse lourdement sur les ménages comme sur les secteurs productifs.
«Cette fois, il y a du premium, du regular et du diesel. Et si nos calculs se confirment, le prix sera sensiblement plus bas que celui auquel les consommateurs sont habitués», a expliqué Papoyan. Le carburant devrait arriver «dans les tout prochains jours», a-t-il précisé.
Un processus désormais “normalisé”
Pour le ministre, l’importation de carburant azerbaïdjanais n’est plus un événement exceptionnel. «Le processus est désormais sur les rails», a-t-il affirmé, soulignant qu’il s’agit à présent d’un mécanisme commercial classique, sans intervention directe de l’État. Les nouvelles cargaisons sont importées par les mêmes entreprises que lors de la précédente opération.
Le 10 décembre dernier, deux sociétés avaient déjà franchi le pas : Mega Trade LLC, exploitant du réseau de stations-service Ran Oil, et Shisha World LLC. Ce sont elles qui avaient assuré la première importation d’essence azerbaïdjanaise vers l’Arménie.
Papoyan a par ailleurs invité les autres importateurs à revoir leurs stratégies et à négocier avec leurs fournisseurs. Objectif affiché: renforcer la concurrence et tirer les prix vers le bas.
Une baisse aux effets très concrets
Au-delà des chiffres, le ministre a insisté sur les conséquences directes que cette baisse pourrait avoir sur l’économie réelle, notamment dans l’agriculture. Le diesel, carburant clé pour les engins agricoles, est au cœur de cette équation.
«Si l’on parle d’une baisse de 80 drams, cela signifie qu’un tracteur qui labourera les champs en mars dépensera environ 20% de moins en carburant, en termes de coût», a-t-il illustré. Une économie qui, à grande échelle, pourrait alléger les charges des agriculteurs et, à terme, se répercuter sur les prix alimentaires.
Selon Papoyan, des prix plus compétitifs sur le carburant peuvent contribuer à améliorer le bien-être général des citoyens, dans un contexte où l’inflation et le coût de la vie restent des préoccupations majeures.
Un précédent logistique et politique
Le mois de décembre a déjà marqué un tournant symbolique. Pour la première fois, un train transportant environ 1 300 tonnes d’essence de la société azerbaïdjanaise SOCAR est arrivé en Arménie via la Géorgie. Le convoi, composé de 22 wagons, a ouvert la voie à ce nouveau schéma d’approvisionnement régional.
Cette évolution s’inscrit aussi dans un contexte diplomatique plus large. Le 6 décembre, à Doha, lors d’une table ronde consacrée à la paix durable entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le conseiller du président azerbaïdjanais, Hikmet Hajiyev, avait confirmé que l’exportation de pétrole et de produits pétroliers vers l’Arménie faisait l’objet de discussions.
La Géorgie, maillon clé de ce corridor énergétique, a de son côté annoncé qu’elle ne prélèverait aucun droit de transit pour la première livraison de produits pétroliers azerbaïdjanais à destination de l’Arménie — un signal politique fort en faveur de la coopération régionale.
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