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Sur la télévision russe, des menaces explicites contre l’Arménie ravivent les tensions avec Moscou

Sur la télévision russe, des menaces explicites contre l’Arménie ravivent les tensions avec Moscou

Par Alexander Pracht

Réécriture par Ani Paitjan

Lors d’une émission diffusée dimanche sur la télévision d’État russe, le présentateur vedette Vladimir Solovyov a tenu des propos d’une rare virulence à l’encontre de l’Arménie, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’une intervention militaire russe. Des déclarations qui s’inscrivent dans un contexte de dégradation continue des relations entre Erevan et Moscou.

«Ce qui se passe en Arménie est pour nous bien plus douloureux que ce qui se passe au Venezuela. Perdre l’Arménie serait un énorme problème», a déclaré Solovyov à l’antenne. «Nous devons clarifier nos objectifs. Le temps des jeux est terminé. Au diable le droit international et l’ordre mondial.»

L’animateur a également affirmé que si la Russie avait pu justifier le lancement d’une «opération militaire spéciale» en Ukraine pour des raisons de sécurité, elle pourrait employer le même raisonnement ailleurs. Cette expression est celle utilisée par les autorités russes et les médias pro-gouvernementaux pour désigner l’invasion à grande échelle de l’Ukraine entamée en février 2022.

Aucune réaction officielle n’a été enregistrée dans l’immédiat du côté du gouvernement arménien ni du ministère des Affaires étrangères.

Vladimir Solovyov, voix influente du paysage médiatique russe

Figure centrale du paysage médiatique russe, Vladimir Solovyov anime une émission politique quotidienne sur une chaîne publique et dirige également sa propre chaîne. Proche du Kremlin, il est souvent considéré comme un relais des lignes idéologiques du pouvoir russe. Ses propos figurent parmi les appels publics les plus explicites à une action directe contre l’Arménie diffusés sur les médias d’État ces dernières années.

Une alliance historique aujourd’hui fragilisée

Ces déclarations interviennent alors que les relations entre l’Arménie et la Russie traversent une phase de profonde tension. Depuis l’indépendance arménienne en 1991, Moscou a longtemps été le principal partenaire sécuritaire d’Erevan. L’Arménie est membre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), accueille une base militaire russe à Gyumri et dépend largement du gaz russe pour son approvisionnement énergétique.

Mais cette alliance traditionnelle s’est fragilisée à la suite de la guerre de 2020 au Haut-Karabakh, puis des offensives azerbaïdjanaises ultérieures. À Erevan, de nombreux responsables politiques et une partie de l’opinion publique estiment que la Russie n’a pas rempli ses obligations de sécurité, malgré la présence de forces de maintien de la paix russes dans la région jusqu’en 2023.

Le virage diplomatique d’Erevan vers l’Occident

Dans le même temps, le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian a amorcé un rapprochement prudent avec l’Union européenne et les États-Unis, cherchant à diversifier ses partenariats et à réduire sa dépendance stratégique vis-à-vis de Moscou. Une évolution perçue en Russie comme une perte d’influence dans le Caucase du Sud, région considérée comme faisant partie de sa sphère d’intérêts historiques.

Un précédent de rhétorique hostile

Ce n’est pas la première fois que Vladimir Solovyov adopte un ton hostile envers l’Arménie. En juin dernier, il avait attaqué le Premier ministre Pachinian sur une chaîne publique russe, le qualifiant de «Turkol» et avertissant que l’Arménie «pourrait cesser d’exister en tant qu’État indépendant».

Des tensions médiatiques aux réponses institutionnelles

À la suite de précédentes émissions jugées offensantes, le gouvernement arménien avait annoncé envisager des mesures législatives et techniques pour limiter la diffusion de la propagande des chaînes d’État russes dans l’espace médiatique national. Erevan et Moscou sont liés par un accord bilatéral qui oblige les deux parties à s’abstenir de discours de haine et de rhétorique hostile sur les chaînes publiques. Dans ce cadre, trois chaînes de télévision d’État russes sont diffusées gratuitement en Arménie, un accord renouvelé pour la dernière fois en 2021.

Cependant, selon les autorités arméniennes, cette disposition est régulièrement violée par la partie russe. En janvier dernier, Erevan avait convoqué l’ambassadeur de Russie pour protester officiellement contre des propos tenus à la télévision d’État. Cette démarche faisait suite à une émission animée par Dmitri Kisseliov, au cours de laquelle ce dernier avait repris les revendications territoriales de l’Azerbaïdjan à l’égard de l’Arménie et relayé la rhétorique du président Ilham Aliyev. Kisseliov avait alors conclu son intervention par une menace, suggérant que la Russie pourrait couper les livraisons de gaz à l’Arménie si le pays poursuivait son rapprochement avec l’Union européenne.

Une pression politique et symbolique accrue

Dans ce climat de défiance croissante, les propos de Vladimir Solovyov apparaissent moins comme une sortie isolée que comme un nouvel épisode d’une pression politique et médiatique exercée sur l’Arménie, à un moment où celle-ci tente de redéfinir sa place et ses alliances dans un Caucase du Sud profondément instable.

Lire aussi: Cartographier la désinformation visant l’Arménie: des récits aux réseaux organisés

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