L’importation de carburant en provenance d’Azerbaïdjan a déjà des effets visibles sur le marché arménien. Depuis la mi-décembre 2025, les prix de l’essence et du diesel ont enregistré une baisse notable, a annoncé le Premier ministre Nikol Pachinian dans une publication sur Facebook, présentant cette évolution comme l’un des «bénéfices concrets de la paix».
Selon le chef du gouvernement, l’Arménie a commencé à importer principalement de l’essence premium de production azerbaïdjanaise à partir de la deuxième quinzaine de décembre. Une arrivée qui a rapidement fait pression sur les prix : le litre d’essence premium, vendu auparavant autour de 510 drams (environ 1,15 euros), peut désormais être acheté à environ 430 drams (0,97 euros), soit une baisse de 15%.
Le diesel n’est pas en reste. Pachinian a indiqué que des livraisons de carburant diesel ont également eu lieu il y a quelques jours, entraînant une diminution d’environ 2% de son prix sur le marché intérieur. Quant à l’essence dite « régulière », son prix aurait reculé d’environ 8 % par rapport au mois de décembre, passant d’un minimum de 500 drams (1,13 euros) le litre à 460 drams (1,04 euros).
Pour le Premier ministre, ces évolutions s’inscrivent dans un cadre plus large. «Ce sont les résultats de l’agenda de la paix, les bénéfices concrets de la paix», a-t-il affirmé, liant directement la baisse des prix à la normalisation progressive des relations économiques entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Un commerce sous tension politique
La question des échanges de carburants entre les deux pays reste toutefois hautement sensible. Depuis l’annonce de ces importations, des critiques ont émergé de part et d’autre de la frontière. En Arménie, certains dénoncent le fait que l’achat de carburant azerbaïdjanais reviendrait à transférer des ressources financières à un pays perçu comme une menace sécuritaire. En Azerbaïdjan, des voix expriment des inquiétudes similaires, accusant ces exportations de renforcer les capacités militaires arméniennes.
Des accusations que Nikol Pachinian rejette fermement. Selon lui, ces craintes ne reposent plus sur la réalité actuelle : «Une paix est établie entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et cette paix deviendra de plus en plus institutionnelle», a-t-il assuré, estimant que les scénarios de confrontation ne sont plus pertinents dans le cadre des relations bilatérales actuelles.
Au-delà de la dimension géopolitique, le Premier ministre a également pointé des enjeux économiques internes. Il a accusé certains acteurs du marché arménien du carburant — longtemps accusé d’être fortement concentré, voire dominé par des monopoles — d’alimenter les critiques. Selon Pachinian, ces entreprises, parfois soutenues par des partenaires étrangers, auraient profité pendant des années d’une position dominante, désormais fragilisée par l’ouverture du marché et l’arrivée de nouveaux fournisseurs.
«Ces acteurs sont aujourd’hui contraints de baisser leurs prix, et ce sont les citoyens arméniens qui en bénéficient», a-t-il souligné, laissant entendre que la disparition progressive de ces monopoles est inévitable.
transition économique à l’épreuve de l’opinion
Dans un pays où la question de la sécurité nationale reste centrale et où la mémoire du conflit demeure vive, l’importation de carburant azerbaïdjanais dépasse largement le cadre d’un simple ajustement de prix. Elle cristallise les tensions entre considérations économiques, perceptions sécuritaires et volonté politique de normalisation.
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