Lors d’une conférence de presse tenue le 13 janvier, le ministre arménien de la Défense, Suren Papikyan, a livré plusieurs éclairages sur des dossiers sensibles: l’intégration des anciens militaires de l’Armée de défense de l’Artsakh, l’évolution des effectifs de l’armée arménienne dans un contexte de réforme du service militaire, ainsi que la participation de représentants des forces de sécurité à la marche organisée le 6 janvier à l’initiative du Premier ministre Nikol Pashinyan.
Le devenir des unités de l’Armée de défense de l’Artsakh
Interrogé par CivilNet, Suren Papikyan a été amené à répondre à une question centrale depuis la chute de l’Artsakh en septembre 2023 : pourquoi les brigades et régiments de l’Armée de défense de l’Artsakh, pourtant considérés comme des unités de combat structurées et expérimentées, n’ont-ils pas été intégrés en tant que formations complètes au sein des Forces armées de la République d’Arménie?
Après l’offensive éclair de l’Azerbaïdjan et l’exode de la population arménienne du Haut-Karabakh, des milliers de militaires — officiers compris — se sont retrouvés sans statut clair. Nombre d’entre eux ont été exclus du système militaire arménien, notamment en raison de leur enregistrement administratif en Artsakh, identifiable par le code «070» dans leurs documents, et du fait qu’ils n’étaient pas juridiquement considérés comme citoyens arméniens au moment des faits.
Face à cette critique, le ministre a contesté la formulation même de la question. Il a rappelé que l’Armée de défense de l’Artsakh disposait d’un «statut distinct», laissant entendre qu’elle ne faisait pas formellement partie des Forces armées arméniennes, malgré des décennies de coopération militaire étroite et de coordination de facto.
Suren Papikyan a par ailleurs évité de répondre directement sur la possibilité de maintenir ces unités en tant que structures de combat cohérentes. Il a invoqué les «intérêts de l’État» et souligné que certaines questions pouvaient avoir un impact sur «la réputation de l’Arménie». Le ministre a également rejeté toute accusation de discrimination envers les ressortissants de l’Artsakh, affirmant que toute personne disposant de la citoyenneté arménienne peut servir dans l’armée sans restriction.
Recrutement et réforme du service militaire
La conférence de presse a également porté sur les enjeux de recrutement dans un contexte de réforme. À partir de 2026, l’Arménie prévoit une réduction de la durée du service militaire obligatoire, ce qui soulève la question de la capacité de l’armée à maintenir ses effectifs.
Pour répondre à cette préoccupation, Suren Papikyan a présenté les chiffres du programme «Défenseur de la Patrie», un dispositif visant à encourager le service militaire contractuel. Depuis son lancement, 4 234 militaires ont rejoint ce programme: 863 en 2023, 1 594 en 2024 et 1 777 en 2025.
Selon le ministre, la dynamique est jugée suffisante. Il a indiqué qu’une hausse d’environ 10% est attendue en 2026 par rapport à l’année précédente, et de 84% par rapport à la première année du programme, estimant que ces chiffres permettront de compenser les ajustements du service obligatoire.
La marche du 6 janvier et la présence des forces de sécurité
Un autre point ayant suscité des interrogations concerne la marche organisée le 6 janvier par le Premier ministre Nikol Pashinyan, présentée comme un événement à caractère religieux. Des membres de la police militaire y ont été aperçus, ce qui a soulevé des questions sur la frontière entre sphère politique, religieuse et sécuritaire.
Interrogé à ce sujet, Suren Papikyan avait justifié la présence de la police militaire par le caractère «non politique, religieux» de l’événement. Toutefois, dans une autre réponse, il avait expliqué sa propre participation en tant que «responsable politique», évoquant explicitement son rôle politique.
Confronté à cette apparente contradiction, le ministre n’a pas clarifié la nature exacte de l’événement, mais a réaffirmé qu’il y avait participé en tant que responsable politique, soulignant qu’il ne pouvait être dissocié de sa fonction.
Concernant les agents de la police militaire, Souren Papikyan n’a pas exclu que leur présence ait eu, en plus d’une dimension religieuse personnelle, une «finalité opérationnelle», sans toutefois préciser de quelle nature il s’agissait.
Un cadre juridique strict
Ce point est d’autant plus sensible que, selon la législation arménienne, les compétences opérationnelles et de renseignement de la police militaire sont strictement limitées au cadre des forces armées. Elles ne s’appliquent pas aux événements civils. En milieu civil, le maintien de l’ordre et la sécurité relèvent exclusivement de la police nationale, placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur.
Ces déclarations, livrées sans réponses pleinement explicites sur certains points clés, illustrent les tensions persistantes autour de la gestion de l’après-Artsakh, de la réforme de l’armée et de la séparation entre pouvoir politique, religieux et sécuritaire en Arménie.
Civilnet











