Par Ani Paitjan
L’Arménie a transféré vers la Syrie deux ressortissants syriens condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité pour leur participation à la guerre de 44 jours de l’automne 2020 au Haut-Karabakh. Les deux hommes, Yousef Alabed al-Haji et Muhrab Mohammad al-Shkheri, ont été remis le 13 janvier aux autorités syriennes, via le territoire de la Turquie, afin d’y poursuivre l’exécution de leurs peines, a annoncé le ministère arménien de la Justice.
Selon les autorités arméniennes, ce transfert s’inscrit dans le cadre des mécanismes de coopération judiciaire internationale existants entre États et a été réalisé conformément aux procédures légales en vigueur. Il ne s’agit donc pas d’une libération, mais d’un transfert de détenus vers leur pays de citoyenneté.
Condamnations pour terrorisme et crimes de guerre
Arrêtés après la guerre, les deux hommes avaient été condamnés en 2021 par la justice arménienne pour terrorisme international, mercenariat, ainsi que pour violations graves du droit international humanitaire commises dans le cadre d’un conflit armé. Les charges portaient notamment sur leur participation directe aux hostilités et sur des actes visant des civils.
Leur condamnation s’inscrivait dans une série de procédures judiciaires engagées par l’Arménie à l’encontre de combattants étrangers impliqués dans le conflit de 2020, un volet judiciaire rarement mis en avant dans le traitement international de la guerre du Haut-Karabakh.
Le recours aux mercenaires syriens, un fait documenté
Dès les premières semaines de la guerre, de nombreuses sources indépendantes avaient fait état du transfert de combattants syriens vers l’Azerbaïdjan via la Turquie. Ces informations ont ensuite été confirmées par plusieurs organisations internationales.
Dans un rapport publié en 2021, le Groupe de travail des Nations unies sur l’utilisation de mercenaires a indiqué disposer de « sources crédibles » attestant du recrutement et du déploiement de combattants syriens dans la zone du conflit. Le rapport faisait état de promesses de rémunération mensuelle pouvant atteindre 2 000 dollars, un montant considérable dans le contexte économique syrien.
Des enquêtes menées par des médias internationaux tels que The Guardian, BBC ou Le Monde, ainsi que par des ONG comme Human Rights Watch, ont également documenté ces transferts. Selon ces sources, les combattants auraient suivi des entraînements militaires en Syrie avant d’être acheminés vers le front, parfois sans passeports ni documents officiels.
Allégations de crimes et discours de haine
Les autorités arméniennes affirment que certains mercenaires auraient reçu des consignes explicites appelant à une violence extrême, y compris contre des civils. Des témoignages et des enregistrements examinés dans le cadre d’enquêtes judiciaires font état d’appels à ne faire aucun prisonnier, à tuer des Arméniens, et même à des incitations financières, avec des primes promises pour chaque victime.
Ces éléments recoupent les préoccupations exprimées par des mécanismes onusiens, qui ont souligné le risque accru de crimes de guerre et d’atteintes systématiques aux droits humains lorsque des mercenaires sont déployés dans des conflits armés, en particulier dans des zones à forte tension ethnique.
Une question toujours sensible sur la scène internationale
Si le rôle des mercenaires syriens dans la guerre de 2020 est aujourd’hui largement documenté, il demeure un sujet politiquement sensible. L’Azerbaïdjan et la Turquie ont à plusieurs reprises rejeté ces accusations, les qualifiant de «désinformation», malgré l’accumulation de rapports concordants émanant d’acteurs internationaux.
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