Les travaux au poste-frontière d’Alican, situé à la frontière entre l’Arménie et la Turquie, sont achevés à près de 90%, selon l’agence de presse gouvernementale turque Anadolu. Cette avancée technique intervient dans un contexte politique sensible, alors que les deux pays, séparés par plus de trente ans de fermeture frontalière, tentent prudemment de normaliser leurs relations.
D’après Anadolu, les travaux se poursuivent simultanément du côté turc, dans le district de Karakoyunlu de la province d’Iğdır, et du côté arménien, au poste-frontière de Margara, dans la région d’Armavir. À Alican, des bâtiments destinés aux procédures douanières et administratives sont en cours de finalisation. Des panneaux et affiches ont également été installés le long de la route menant à la frontière, afin de présenter la ville d’Iğdır et sa région aux voyageurs en provenance d’Arménie — un détail symbolique pour une frontière restée longtemps hermétique.
Le gouverneur de la province d’Iğdır, Ercan Turan, s’est rendu sur place pour évaluer l’état d’avancement des travaux, signe de l’attention portée par Ankara à ce dossier.
Une frontière fermée depuis 1993
La frontière terrestre entre l’Arménie et la Turquie est fermée unilatéralement par Ankara depuis 1993, en réaction à la première guerre du Haut-Karabakh et en soutien à l’Azerbaïdjan. Depuis lors, les relations diplomatiques entre les deux pays sont inexistantes, et la frontière est devenue l’un des symboles les plus visibles de l’isolement régional de l’Arménie.
Plusieurs tentatives de rapprochement ont toutefois eu lieu au fil des décennies, notamment avec les protocoles de Zurich en 2009, restés lettre morte. Un nouveau cycle de dialogue s’est ouvert en 2021, dans un contexte régional transformé par la guerre de 44 jours de 2020. Depuis, Erevan et Ankara ont engagé des discussions par l’intermédiaire de représentants spéciaux, puis à des niveaux plus élevés, incluant les ministres des Affaires étrangères et les dirigeants des deux États.
Des gestes symboliques, mais pas encore de calendrier
Le pont Alican–Margara n’a été ouvert qu’une seule fois ces dernières années, en février 2023, lorsque l’Arménie a envoyé une aide humanitaire et des équipes de secours en Turquie à la suite du séisme dévastateur qui avait frappé le sud du pays. Cet épisode avait alors été perçu comme un geste humanitaire fort, mais aussi comme un moment de détente diplomatique rare entre les deux voisins.
Les deux gouvernements ont depuis annoncé un accord de principe visant à ouvrir la frontière aux citoyens de pays tiers et aux détenteurs de passeports diplomatiques. Toutefois, aucune date précise n’a encore été communiquée, alimentant le scepticisme quant au rythme réel du processus de normalisation.
Du côté arménien, les autorités ont indiqué que le poste-frontière de Margara est déjà pleinement prêt à fonctionner, laissant entendre que l’ouverture dépend désormais davantage de décisions politiques que de contraintes techniques.
Une normalisation aux enjeux régionaux
Cette avancée intervient alors que le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan a déclaré, le 14 janvier, que «des évolutions sont à prévoir » dans les relations avec la Turquie. Ses propos s’inscrivent dans un discours plus large sur la diversification économique, la résilience régionale et le déblocage des voies de communication dans le Caucase du Sud.
Au-delà de la relation bilatérale, l’ouverture partielle ou totale de la frontière arméno-turque aurait des implications économiques et géopolitiques majeures: désenclavement de l’Arménie, nouvelles routes commerciales, redéfinition des équilibres régionaux, mais aussi articulation avec le processus de paix arméno-azerbaïdjanais et les intérêts des acteurs extérieurs, notamment la Russie, l’Union européenne et les États-Unis.
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