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Un ancien détenu arménien dénonce des procès factices et des années sans droits en Azerbaïdjan

Un ancien détenu arménien dénonce des procès factices et des années sans droits en Azerbaïdjan

Gevorg Sujyan, récemment libéré après plusieurs années de détention en Azerbaïdjan, a livré un témoignage rare sur ce qu’il décrit comme une captivité marquée par l’arbitraire, des procès simulés et l’absence totale de garanties juridiques. Son récit éclaire une réalité souvent méconnue du grand public, dans le contexte encore très tendu du conflit arméno-azerbaïdjanais.

Sujyan fait partie des quatre Arméniens rentrés en Arménie le 14 janvier 2026, à la suite d’un échange de prisonniers entre Erevan et Bakou. En contrepartie de leur libération, l’Arménie a transféré à l’Azerbaïdjan deux ressortissants syriens condamnés à la prison à perpétuité pour avoir combattu comme mercenaires aux côtés de l’armée azerbaïdjanaise lors de la guerre du Haut-Karabakh en 2020.

Lors d’une prise de parole en direct sur Facebook après son retour, Sujyan a affirmé que les autorités azerbaïdjanaises lui avaient clairement expliqué que sa détention n’était pas liée à une infraction pénale concrète, mais à des considérations politiques. «Ils m’ont dit que je n’étais pas coupable, mais que je devais rester détenu tant que des problèmes entre les deux États n’étaient pas réglés», a-t-il raconté.

Une justice de façade

Selon son témoignage, les procédures judiciaires auxquelles il a été soumis à Bakou n’avaient rien d’un procès équitable. Il affirme n’avoir jamais eu accès à un avocat avant les audiences, ne pas avoir été informé des charges retenues contre lui et avoir été conduit au tribunal dans des conditions humiliantes, parfois les yeux bandés.

« Les audiences étaient purement formelles », explique-t-il. « Les juges et les procureurs parlaient entre eux, ignoraient tout ce que nous disions, puis nous renvoyaient en prison. » Les avocats, lorsqu’ils étaient présents, n’auraient joué qu’un rôle symbolique, sans réelle possibilité de défendre les détenus.

Sujyan affirme également que les accusations reposaient sur des témoignages fabriqués. Selon lui, les procureurs reconnaissaient ouvertement pouvoir produire des témoins à volonté, y compris des personnes qui ne l’avaient jamais rencontré.

Capturé après la fin des combats

Gevorg Sujyan et Davit Davtyan ont été arrêtés le 11 novembre 2020, soit un jour après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu mettant fin à six semaines de guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ils transportaient alors de l’aide humanitaire vers le Haut-Karabakh, une région au cœur du conflit. Malgré cela, les deux hommes ont été condamnés par un tribunal azerbaïdjanais à 15 ans de prison.

En détention, Sujyan décrit une pression psychologique constante, alimentée par une propagande anti-arménienne omniprésente. « Ils parlent de paix à l’extérieur, mais à l’intérieur des prisons, l’hostilité est permanente », explique-t-il. Il souligne toutefois que le comportement du personnel pénitentiaire variait : certains gardiens se montraient violents, tandis que d’autres faisaient preuve d’une forme de solidarité humaine discrète.

Une paix impossible sans libération des détenus

Pour Sujyan, la détention persistante de prisonniers arméniens est incompatible avec les discours officiels de Bakou sur la réconciliation. «Il ne peut pas y avoir de paix tant que des personnes sont détenues comme otages», estime-t-il, comparant la situation à celle d’un enfant kidnappé dont la libération serait un préalable à tout apaisement.

Il a salué le rôle du Comité international de la Croix-Rouge, qui lui a permis de recevoir des livres, des vêtements et des produits de première nécessité pendant sa détention. Il affirme également qu’un manuscrit écrit en prison lui a été confisqué et n’a jamais été restitué. « Je l’écrirai à nouveau», promet-il. «Il y aura un livre. Et peut-être un film.»

Selon les autorités arméniennes, 19 Arméniens restent aujourd’hui détenus en Azerbaïdjan, dont plusieurs anciens responsables politiques et militaires du Haut-Karabakh. Certains ont déjà été condamnés, d’autres attendent toujours leur jugement — un sujet qui demeure l’un des principaux points de friction entre Erevan et Bakou.

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