Pour l’Arménie, l’intégration européenne ne relève pas d’un simple positionnement diplomatique conjoncturel. Elle constitue un choix de société, ancré dans une dynamique citoyenne et inscrit dans une trajectoire politique de long terme. C’est le message qu’a porté le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, lors de son intervention du 28 janvier à la session de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE).
S’exprimant devant les parlementaires européens, Mirzoyan a rappelé que la volonté de rapprochement avec l’Union européenne s’est récemment traduite par des actes institutionnels forts. Au printemps dernier, l’Assemblée nationale arménienne a en effet adopté une loi lançant officiellement le processus d’adhésion à l’Union européenne — une étape symbolique majeure, même si elle ne préjuge pas encore d’un calendrier précis ni de l’issue du processus.
« Le soutien du gouvernement et de l’Assemblée nationale montre clairement que notre vision de l’intégration européenne n’est pas uniquement un objectif politique, mais un choix sociétal issu d’une initiative citoyenne », a souligné le chef de la diplomatie arménienne.
Une trajectoire européenne construite dans la durée
Cette déclaration s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis le début des années 2000, l’Arménie a progressivement renforcé ses liens avec les institutions européennes, notamment à travers son adhésion au Conseil de l’Europe en 2001, puis la signature en 2017 de l’Accord de partenariat global et renforcé (CEPA) avec l’Union européenne. Ce cadre juridique a permis d’approfondir la coopération dans des domaines clés tels que la gouvernance, la justice, l’économie ou encore les droits fondamentaux.
Un nouveau jalon a été posé en décembre 2025, lorsque l’Agenda stratégique du partenariat Arménie–UE a été adopté à Bruxelles. Selon Mirzoyan, ce document complète le CEPA et marque une montée en gamme du partenariat, désormais qualifié de stratégique.
« Cet agenda reflète la volonté démocratique du peuple arménien d’assurer son avenir au sein de la famille des nations européennes, comme expression authentique de nos valeurs et de notre identité », a-t-il affirmé.
Coopération sectorielle, mobilité et programmes européens
Concrètement, l’Arménie et l’Union européenne travaillent aujourd’hui à approfondir leur coopération dans plusieurs domaines opérationnels. Parmi les priorités évoquées figurent l’intégration sectorielle, la libéralisation du régime des visas, ainsi que la participation accrue de l’Arménie aux programmes européens dans les domaines de l’éducation, de la recherche, de l’innovation ou de la mobilité des jeunes.
« Nous espérons poursuivre et intensifier nos efforts conjoints », a déclaré le ministre, tout en reconnaissant que ces avancées nécessitent du temps, des réformes internes et une convergence progressive avec les normes européennes.
Démocratie, État de droit et pressions extérieures
Dans un contexte régional marqué par des tensions géopolitiques persistantes, Mirzoyan a également insisté sur l’importance des valeurs démocratiques comme fondement de l’État arménien. Selon lui, l’attachement à la démocratie, aux droits de l’homme et à la primauté du droit constitue aujourd’hui un marqueur central de l’identité politique de l’Arménie.
« Nous réaffirmons aujourd’hui un choix fait il y a 25 ans », a-t-il déclaré, en référence à l’orientation européenne amorcée au début des années 2000. Il a toutefois reconnu que ce chemin reste semé d’obstacles : pressions extérieures, instabilité régionale et défis internes continuent de peser sur le processus de transformation du pays.
Malgré ces difficultés, Mirzoyan a souligné que l’Arménie n’est pas seule dans cette trajectoire. « Les citoyens arméniens le savent. Le Conseil de l’Europe et cette Assemblée sont à nos côtés », a-t-il affirmé, exprimant sa gratitude pour la solidarité politique et institutionnelle affichée par les partenaires européens.
Un pari politique et sociétal
Au-delà des déclarations diplomatiques, le discours du ministre arménien met en lumière un pari stratégique : celui d’ancrer durablement l’Arménie dans l’espace politique, juridique et normatif européen, non seulement par des accords, mais par une adhésion progressive de la société elle-même à ce projet.
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