Les décès dans l’armée ont diminué: un recul notable, mais des questions persistantes

Par Ani Paitjan
En 2025, les cas de décès dans les forces armées arméniennes ont nettement diminué, selon le rapport du parquet général. Neuf décès de militaires liés au service ont été enregistrés, soit une baisse d’environ 67 % par rapport à 2024, où 27 cas avaient été recensés.
Le rapport souligne qu’aucun cas d’homicide n’a été enregistré au sein des forces armées en 2025 — un élément notable dans un contexte où, historiquement, des affaires de violences internes et de morts suspectes ont régulièrement alimenté le débat public en Arménie.
D’après le parquet, sur les neuf décès recensés, six sont survenus au sein de l’armée : quatre cas sont liés à des situations de provocation au suicide, un à une négligence de service, et un à une faute médicale. Par ailleurs, un décès a été enregistré dans les rangs de la réserve territoriale (milice), et deux autres parmi les soldats conscrits des troupes frontalières du Service de sécurité nationale.
Un phénomène ancien, enraciné dans des problèmes structurels
Les décès dans l’armée arménienne ne constituent pas un phénomène nouveau. Depuis les années 2000, et plus encore après la guerre des Quatre Jours en 2016 puis la guerre de 2020 au Haut-Karabakh, les organisations de défense des droits humains et les médias locaux ont régulièrement signalé des cas de suicides, de violences entre soldats, ainsi que des morts dans des circonstances parfois controversées.
Ces incidents ont souvent été liés à des problèmes structurels persistants : discipline informelle, rapports de domination entre conscrits (souvent désignés comme du « hazing » ou violences internes), conditions de service difficiles, ainsi qu’un encadrement insuffisant dans certaines unités.
La pression psychologique, un facteur clé
Parmi les causes évoquées de manière récurrente figure la pression psychologique exercée sur les jeunes conscrits. La majorité des soldats effectuant un service obligatoire, souvent à un âge très jeune, se retrouvent confrontés à un environnement exigeant, parfois brutal, et éloigné de leur cadre familial.
Les quatre cas de « provocation au suicide » recensés en 2025 s’inscrivent dans cette problématique plus large. Ce type de qualification juridique renvoie généralement à des situations de harcèlement, d’humiliation ou de pressions répétées, susceptibles de pousser un soldat à mettre fin à ses jours. Ces cas sont particulièrement sensibles dans l’opinion publique et donnent lieu à des appels réguliers à renforcer les mécanismes de prévention et de soutien psychologique.
Des réformes engagées, mais encore incomplètes
Ces dernières années, les autorités arméniennes ont entrepris plusieurs réformes visant à améliorer les conditions de service et à réduire les abus. Des efforts ont été faits pour renforcer le contrôle interne, améliorer la transparence des enquêtes et introduire des dispositifs de soutien psychologique pour les militaires.
Cependant, les observateurs estiment que ces réformes restent partielles. Les familles de victimes, ainsi que certaines ONG, continuent de dénoncer des lacunes dans les enquêtes, un manque de confiance dans les institutions et une culture du silence persistante au sein de certaines unités.
Une baisse encourageante, mais fragile
En 2025, la répartition des militaires impliqués dans des infractions montre que les officiers représentaient 10,6 % des cas (contre 15,2 % en 2024), les sous-officiers 2,4 % (contre 2,2 %), les militaires sous contrat 38 % (contre 30,8 %), et les conscrits 48,5 % (contre 52 %).
La baisse globale du nombre de décès constitue un signal positif, mais elle ne suffit pas à elle seule à dissiper les inquiétudes. La question des conditions de service, du bien-être psychologique des soldats et de la prévention des violences internes reste au cœur des préoccupations.
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