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Décès de militaires en Arménie: l’armée peine à expliquer les mesures de prévention

Décès de militaires en Arménie: l’armée peine à expliquer les mesures de prévention

Par Ani Paitjan

Alors que les décès de soldats en dehors des combats continuent de susciter l’inquiétude en Arménie, le chef d’état-major des forces armées, Edvard Asryan, assure que des mesures sont prises pour prévenir ces drames, sans toutefois en préciser la nature. Les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années des problèmes persistants de violence et de protection des militaires.

En Arménie, les décès de soldats en temps de paix restent un problème préoccupant. Suicides présumés, violences entre militaires, accidents ou problèmes de santé : les circonstances de ces morts soulèvent régulièrement des questions sur les conditions de vie au sein de l’armée et sur la responsabilité des autorités militaires.

Interrogé mercredi 4 novembre par des journalistes sur les mesures prises pour prévenir ces décès, le chef d’état-major des forces armées arméniennes, Edvard Asryan, a assuré que des actions étaient engagées, sans en donner les détails.

« Il me faudrait beaucoup de temps pour expliquer tout ce qui est fait », a-t-il répondu.

Selon lui, un groupe de travail interministériel a été constitué et plusieurs institutions publiques participent aux efforts visant à réduire le nombre de décès parmi les militaires. Le chef d’état-major a toutefois évité de préciser les mesures concrètes mises en œuvre.

Il a également souligné que ces décès préoccupaient la hiérarchie militaire autant que la société arménienne.

Des décès qui se poursuivent en dehors des combats

La question est particulièrement sensible en Arménie, où le service militaire est obligatoire pour les hommes. Depuis janvier 2026, sa durée a été ramenée de 24 à 18 mois pour les nouvelles recrues. Les militaires déjà en service au moment de l'entrée en vigueur de la réforme restent soumis à l'ancienne durée.

Dans ce pays marqué par plusieurs décennies de conflit avec l’Azerbaïdjan, la sécurité des soldats ne se limite pourtant pas aux risques liés aux affrontements militaires.

Selon l’organisation arménienne de défense des droits humains Helsinki Citizens’ Assembly–Vanadzor (HCAV), aucun décès provoqué par une violation du cessez-le-feu n’avait été enregistré dans les forces armées arméniennes depuis février 2024, à la date de son rapport publié en juillet 2026. Les décès recensés depuis lors étaient survenus en dehors des combats.

Photo: Chef d’état-major des forces armées, Edvard Asryan.
Photo: Chef d’état-major des forces armées, Edvard Asryan.

L’organisation souligne que les problèmes de protection des militaires persistent malgré cette accalmie sur le front.

Le 14 août dernier, le ministère arménien de la Défense faisait état de 11 décès de militaires depuis le début de l’année, dont cinq parmi les appelés effectuant leur service obligatoire. Sept autres décès ont ensuite été signalés, selon les informations rapportées par CivilNet.

Ces chiffres officiels ne reflètent cependant pas nécessairement l’ensemble des décès recensés par les organisations indépendantes, en raison de différences dans les méthodes de comptabilisation.

Des statistiques qui révèlent un problème persistant

Dans un rapport publié en juillet 2026, Helsinki Citizens’ Assembly–Vanadzor indiquait avoir recensé 30 décès de militaires au cours des sept premiers mois de l’année, dont 11 considérés officiellement comme liés au service et 19 comme sans lien avec celui-ci.

Parmi ces 30 décès, l’organisation recensait huit cas de suicide et trois homicides, soit plus d’un tiers du total.

Sur une période plus longue, les chiffres montrent que le phénomène n’est pas nouveau.

D’après cette organisation, le nombre de décès en dehors des combats a ainsi augmenté d’environ 43 % entre les deux périodes de huit ans. Cette comparaison doit toutefois être interprétée avec prudence, notamment en raison de l’évolution du contexte militaire et du périmètre des forces concernées.

L’organisation estime que ces données témoignent de problèmes structurels persistants dans la protection du droit à la vie des militaires.

Violences, pressions et suicides présumés

Lors de son échange avec les journalistes, Edvard Asryan a évoqué plusieurs causes possibles de décès : conflits interpersonnels, difficultés financières, problèmes de santé, accidents de la circulation ou circonstances sans lien direct avec le service militaire.

Les journalistes ont toutefois insisté sur les suicides présumés, plusieurs cas ayant été signalés ces derniers mois.

Le chef d’état-major a mis en garde contre toute conclusion prématurée. Selon lui, qualifier immédiatement un décès de suicide peut être dangereux, les circonstances devant d’abord être établies par les enquêtes.

Cette prudence intervient dans un contexte où les organisations de défense des droits humains alertent depuis longtemps sur les violences et les relations hiérarchiques abusives au sein de certaines unités militaires.

Le phénomène du bizutage militaire, qui peut prendre la forme d’humiliations, de pressions psychologiques ou de violences physiques entre soldats, figure notamment parmi les problèmes évoqués par les défenseurs des droits humains.

En juillet 2026, après le décès d’un militaire ayant entraîné l’ouverture d’une procédure pénale pour incitation au suicide par négligence, HCAV avait rappelé l’importance de prévenir les violences et d’assurer une protection effective des soldats. Deux militaires avaient été arrêtés dans le cadre de cette enquête.

Des enquêtes qui soulèvent aussi des questions de sécurité nationale

La veille des déclarations d’Edvard Asryan, le 3 novembre, le président du Comité d’enquête arménien, Artur Poghosyan, avait lui-même abordé la question des suicides dans l’armée devant le Parlement.

Lors des discussions préliminaires sur le budget de l’État pour 2027, il avait annoncé son intention de saisir le Service de sécurité nationale concernant des circonstances découvertes dans plusieurs enquêtes.

Qualifiant la question de problème de sécurité nationale, il avait indiqué que certaines investigations avaient permis d’établir des faits nécessitant une attention particulière. Plusieurs personnes ont été placées en détention dans le cadre des procédures.

Artur Poghosyan a néanmoins précisé que ces éléments ne concernaient pas l’ensemble des suicides enregistrés dans l’armée. Il a annoncé que le public serait prochainement informé des conclusions des investigations concernées, sans dévoiler davantage de détails.

La responsabilité de l’institution militaire en question

Au-delà des circonstances individuelles, ces décès soulèvent une question plus large : dans quelle mesure l’institution militaire est-elle responsable de la sécurité physique et psychologique de ses soldats ?

Les autorités distinguent les décès directement liés au service militaire de ceux survenus dans d’autres circonstances, notamment en raison de problèmes personnels ou d’accidents.

Cette distinction est contestée par Helsinki Citizens’ Assembly–Vanadzor, qui considère que chaque décès de militaire doit faire l’objet d’un examen tenant compte de l’obligation de l’État de protéger la vie des personnes servant dans ses forces armées.

Pour l’organisation, la prévention nécessite des mécanismes de contrôle efficaces, une meilleure identification des situations à risque et des mesures concrètes contre les violences au sein des unités.

Si le chef d’état-major assure que les autorités travaillent à réduire ces décès, ses déclarations du 4 novembre laissent plusieurs questions sans réponse : quelles mesures ont été adoptées, comment sont-elles appliquées dans les unités militaires et comment leur efficacité est-elle évaluée?

Autant d’interrogations qui restent essentielles pour les familles des soldats.

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